Le talent en héritage: la comédienne Sarah Biasini (39 ans) poursuit la longue tradition artistique de sa famille.

Vie de scène

Interview À l’affiche d’une comédie de Bénabar, Sarah Biasini sera en tournée romande. Une comédienne grave et pétillante, fille de… Romy Schneider.

Même si elle s’est fait un nom, impossible, lorsqu’on rencontre Sarah Biasini, de ne pas penser aussitôt à sa mère. Surtout quand elle sourit, que ses fossettes se creusent et ses yeux gris-bleu frisent. Et comme elle sourit souvent…Mais il suffit qu’elle s’exprime pour que l’envie de chercher Romy en elle se dissipe. Sarah est spontanée, ouverte à l’échange et entière dans ce qu’elle affirme. C’est une femme d’aujourd’hui, qui s’interroge sur notre capacité à passer indifférents devant ceux qui dorment dehors et revendique le droit de se divertir une minute par jour au moins, pour oublier que la vie est souvent compliquée.
Sarah Biasini arpentera les scènes de Vevey, Morges, Genève, La Tour-de-Trême, en novembre dans une comédie de Bénabar, «Je vous écoute».

Qu’allez-vous mettre dans votre baluchon de tournée?
Seulement l’indispensable. C’est ce que j’aime justement dans la tournée. Cela m’oblige à revenir à l’essentiel. À me souvenir que pour être bien partout, je n’ai pas besoin de grand-chose. Du moment que je dispose de mes affaires de toilette, de ma bouteille de parfum, d’un livre, d’un carnet et de stylos, je me sens bien.

Vous écrivez?
Pas mal. Je n’ai jamais tenu de journal, mais depuis quelques années, j’ai besoin de noter sur papier les pensées qui me traversent l’esprit. Cela me fait du bien. D’ailleurs, mes carnets me sont précieux. Si je les perdais, je serais bien embêtée. Bien plus que si mon ordinateur tombait en panne! Écrire chaque jour me permet de garder une trace du temps qui passe. C’est important pour moi. D’ailleurs je ne jette jamais mes anciens agendas.

Vous aimez la vie nomade qu’implique une tournée?
Je ne me sens jamais aussi bien que dans une gare ou un aéroport! C’est pour moi la promesse d’un ailleurs, de nouveaux paysages, d’autres nourritures, de rencontres,  d’aventures, quoi! Quand en plus, je bouge avec des personnes que j’aime bien, et c’est le cas avec cette pièce, je suis super heureuse. Je sais qu’on va bien rigoler, qu’on va partager souvent des dîners à rallonge.

Vous êtes une gourmande?
Terrible! Aussi bien de sucré que de salé. Je suis obligée de me restreindre, sinon je pèserais 70 kg. Je commence à aimer cuisiner pour mes amis. Rien d’extraordinaire: des plats «maison», risotto,  bœuf bourguignon, lasagnes et des desserts. Je regrette souvent de n’avoir pas appris à cuisiner avec ma tante de Lausanne. Heureusement, j’ai des amis indulgents.

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L’art nous fait sentir moins seuls»

Sarah Biasini (39 ans)

Vous connaissez la Suisse, alors?
J’y ai joué plusieurs fois. Mais j’ai surtout de grands souvenirs à Lausanne. La sœur de mon grand-père paternel, d’origine italienne, y vivait. On venait la voir chaque année une quinzaine de jours. J’adorais cette femme. Elle était très généreuse. Elle cuisinait – très bien – pour les immigrés italiens et parfois les clodos de son quartier. Elle les recevait dans sa salle à manger. Séra – son diminutif – était une figure; tout le monde savait qu’on pouvait venir manger chez elle pour rien du tout. Les gens donnaient ce qu’ils pouvaient.

Des racines italiennes par votre père, allemandes et autrichiennes par votre mère, mais Française d’origine, vous êtes une vraie Européenne. C’est quoi l’Europe pour vous?
Un espoir de paix. On a tendance à l’oublier, mais c’est pour cela que l’Europe a été construite au départ. Et puis, il me semble que l’Europe est la bonne échelle pour rivaliser face à la Russie, à l’Amérique du Sud, sans parler des États-Unis. Mais je ne vais pas vous parler de politique, car je suis assez désabusée. Je ne crois plus aux promesses des politiciens.

Jugez-vous l’art et les différentes formes d’expression artistique assez puissants pour mobiliser la conscience des gens?
Selon moi, le rôle de l’art est d’abord d’offrir du divertissement, la possibilité de s’évader, de rigoler, d’oublier ses soucis. Écouter de la musique me fait partir. Lire, voir une pièce de théâtre ou un film aussi. D’ailleurs, la journée parfaite pour moi, c’est quand je peux m’adonner à ces quatre plaisirs-là. Les œuvres d’art ont une autre vertu: celle de nous faire sentir moins seuls sur terre. C’est bouleversant de se retrouver entre humains autour de ressentis communs. Comme si, tout à coup, quelqu’un vous mettait la main sur l’épaule pour vous dire : «Allez, on va s’en sortir. On est ensemble.»

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Une gare, un aéroport, c’est pour moi la promesse d’un ailleurs, d’aventures, quoi!»

Sarah Biasini (39 ans)

Vous aimez quitter la réalité?
Pour moi, c’est indispensable. C’est ma nature. Pourtant, j’ai conscience d’être née au bon endroit de la planète. D’être libre de faire exactement ce que je veux de mes journées. Je travaille suffisamment pour en vivre, j’ai un toit sur ma tête, je sais ce que je vais manger ce soir. À Paris, on ne peut plus faire semblant de ne pas voir les familles qui dorment sur le trottoir.

Vous ne vous sentez jamais prisonnière de ce que vous représentez… aussi? La fille de Romy Schneider?
J’essaie de ne pas y penser. Pourtant je sens que les gens que je rencontre cherchent à retrouver quelque chose d’elle en moi. Comment leur en vouloir? C’est normal. Ma mère a eu une telle carrière, elle a tourné des films tellement importants, qu’elle a marqué. Elle a marqué d’autant plus qu’elle est morte dans la fleur de l’âge après avoir traversé beaucoup de drames personnels. Si je ne voulais pas qu’on me parle d’elle, je n’avais qu’à faire un autre métier. Il y a des jours où je regrette ce choix d’ailleurs, parce que tout à coup cela me pèse d’être renvoyée à elle. Mais je pense que c’est dur pour n’importe quel enfant qui choisit de faire le même métier que son père ou sa mère.

Quand avez-vous décidé de devenir comédienne?
Le métier de ses parents, c’est le premier métier auquel on pense quand on est un enfant. En tout cas, j’y ai pensé jeune. D’autant que le métier de comédien a aussi été celui de ma grand-mère (Magda Schneider), de mon grand-père, de mon arrière-grand-mère paternelle.
À l’adolescence, je me disais régulièrement en voyant un bon film que cela me plairait de jouer.
C’est un métier pas dégueulasse comme me dit souvent mon grand-père paternel.
On ne travaille pas, on joue! Bien sûr, cela requiert de la concentration et de la discipline, mais n’empêche qu’on joue!

Votre père a été d’accord avec ce choix?
Il a réagi comme je réagirais moi, si j’ai un enfant un jour: en m’accompagnant dans mon désir. À partir du moment où il m’a sentie motivée par mon projet, il m’a fait confiance et soutenue. Ce qui lui importait est que je me dirige vers quelque chose qui me plaise.

Comment vous projetez-vous dans cinq ou dix ans?
J’aimerais continuer à vivre comme aujourd’hui.
Jouer, tourner, rencontrer des gens intéressants, découvrir d’autres lieux.
Je me verrais aussi bien vivre loin de Paris. Plus je vieillis et plus j’aspire au calme et au silence.

Sarah Biasini: «Comédienne? On ne travaille pas, on joue!»

Comédienne par passion

Dans l’œil de mire des médias avant même de naître – en 1977 – Sarah Biasini est la fille de Romy Schneider (décédée en 1982) et Daniel Biasini. Après des études à Los Angeles, elle revient en France et tourne dans la série «Julie, chevalier de Maupin», avec Pierre Arditi. Depuis, Sarah alterne théâtre, téléfilms et cinéma.
Elle sera dans la pièce de Bénabar «Je vous écoute», à Vevey (Reflet) le 9.11, à Morges (Beausobre) le 10.11, à Genève (BFM) le 11.11 et à La Tour-de-Trême (CO2) le 12.11.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Luc Roux, Bertrand Rindoff Petroff
Publication:
lundi 24.10.2016, 14:05 heure



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