1 von 10


De Sibérie en Australie, en passant par le désert de Gobi.









Mais pourquoi repartez-vous?

Sarah Marquis a plus de vingt ans d’aventure en solo sur les chemins du monde. Mais à peine revenue d’un périple de trois ans, la revoilà en route.

Après une escale suisse, vous voilà à nouveau en Australie: vous ne tenez décidément pas en place!
C’est l’appel du large qui se concrétise plus rapidement avec les années…

Pourtant, vous étiez revenue de mille jours et de mille nuits, en solitaire, de la Sibérie en Australie via Mongolie, Chine, Laos, Thaïlande. Ça ne suffisait pas? Il vous faut vraiment repartir?
J’arrive à trouver un équilibre entre les longues périodes de solitaire, où je vis un peu comme un animal proche de la terre, et ces moments où je reviens, dans une sorte de vie normale, où je suis en contact avec des personnes, pour parler de ce que j’ai fait – c’est vraiment des extrêmes! Mais après une période où j’ai rencontré beaucoup de monde, il faut que je puisse retrouver la terre, c’est
indispensable.

Vous racontez aussi, dans votre dernier livre, combien vous êtes marquée par des régions hostiles. Il vous faut être en état de survie pour vous sentir vivre?
Non, pas du tout. En fait, en passant par les étapes des premiers mois de marche, des étapes qui sont «nettoyeuses», c’est comme si on enlevait les peaux protectrices qu’on se met dans la vie de tous les jours contre le bruit, les agressions extérieures, le stress. Et quand on va dans la nature, c’est l’inverse qui se passe. On enlève donc ces peaux pour arriver à survivre et pour comprendre ce qui se passe dans cet environnement-là. C’est donc simplement un changement d’environnement, où on a besoin d’autres capacités.

«

C’est cela l’essentiel. De s’imaginer que ça peut s’arrêter et se dire…»

Partir à l’aventure, comme vous le faites, c’est aussi traverser la peur, des peurs. Face aux éléments, face aux hommes, face aux animaux…
Mais c’est tout simplement se trouver hors de sa zone de confort. Soit on décide de vivre dans son petit jardin, qu’on connaît, et on essaie de s’y épanouir, ou bien on se demande ce qu’il y a derrière. Et quand on passe la porte de son jardin, il y a tout le reste. Et ça, on peut le percevoir de l’intérieur comme quelque chose de terrifiant, et puis, une fois qu’on le vit, en faisant un pas l’un après l’autre, on remarque qu’on est justement construit pour faire face à ce genre de problèmes. Quand on est en zone inconnue, on doit plonger au fond de soi-même, pour se reconstruire, pour aller chercher les outils qu’on a mais qu’on n’utilise pas dans son jardin, et donc le fait d’être face à soi-même et face à des choses nouvelles nous amène à gérer de nouvelles situations dont la peur, et à découvrir d’autres mécanismes. On a des capacités qui sont inimaginables. On n’utilise que le 10% de ce qu’on peut faire…

Mais vers quel défi allez-vous, quelles limites voulez-vous franchir, jusqu’où voulez-vous aller hors de ce «jardin»?
C’est une question totalement intellectuelle alors que ma démarche est instinctive. Pour moi, il y a l’excitation d’un terrain nouveau, d’une découverte de nature incroyable, de m’y reconnecter. Le reste, c’est de l’ordre du détail. J’y vais un jour après l’autre, seconde après seconde, un pas après l’autre.
Et qu’est-ce qui se passe… C’est peut-être des Mongols à cheval qui viennent dans ma tente la nuit, ou des trafiquants de drogue, c’est un beau lever de soleil, une fleur après la pluie dans le désert… Ce ne sont pas de grosses joies ni de grandes peurs mais des petits bonheurs. Et à force de se peler les peaux, la beauté devient, elle nous entoure – si je vois un petit scarabée qui sort de derrière une
pierre, ma journée est incroyable! C’est ce qui nourrit mon être.

Dans les pages de son dernier livre

Partir à l’aventure, c’est apprendre à vivre, à voir plus intensément…
Totalement et c’est enfin utiliser notre corps à une plus grande capacité. Quand on le met à contribution, il faut qu’il se déshabitue, qu’il se désadapte, qu’il imagine – tout mon être se concentre pour affronter ce que j’ai devant moi – et c’est ça qui m’intéresse. Et quand je dis que mon corps est un laboratoire, il y a plus loin, il y a la question philosophique, le rapport entre l’esprit et le corps, la force de l’esprit sur le corps. Et là c’est un chemin qui est bien plus grand qu’une expédition, c’est une histoire de vie.

Vous ne vous imaginez donc pas sédentaire?
Non, je ne crois pas que la sédentarité me conviendrait. Mais on ne peut pas parler comme ça, on ne sait pas, la vie est surprenante. Je ne veux pas me mettre dans une sorte de box alors qu’on sait bien que la vie décide de votre sort quand elle veut comme elle veut.

Vous essayez de vivre au présent…
Je vis chaque instant et j’essaie d’apprécier chaque moment. Et puis après qu’importe: je peux mourir demain, ça ne me pose pas de problème, je n’aurai pas de regret. C’est cela l’essentiel. De s’imaginer que ça peut s’arrêter et se dire: est-ce que j’ai utilisé chaque seconde dans ma vie?

Le «petit arbre» où elle revient

4 dates: dans la vie d’une aventurière

1972

Naissance de la future exploratrice et aventurière, auteur, conférencière.

1989

Elle a 17 ans quand elle décide d’aller explorer la Turquie à cheval. Le début de vingt ans d’expéditions.

2010

Départ de Sibérie, à pied, en solitaire, pour l’Australie. Trois ans, six pays traversés.

2014

Son livre «Sauvage par nature» paraît aux éditions Michel Lafon. Son site: www.sarahmarquis.ch

Commentaires (3)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Jean-Dominique Humbert

Rédacteur en chef adjoint

Photo:
SP
Publication:
lundi 15.09.2014, 16:05 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?