Quand les hommes cessent d’assimiler la vie sexuelle à un instrument de conquête et de domination, une autre dimension de la vie amoureuse se révèle à eux.

Sexualité masculine: des préjugés 
aux subtilités

L’homme «sexuellement» évolué est celui 
qui n’a pas peur d’exprimer sa dimension 
féminine. Analyse avec le sexologue canadien Claude Crépault, qui a sorti un livre sur le sujet. 


Quarante ans de recherches en sexologie combinées avec une expérience de terrain, en cabinet, l’en ont convaincu: la sexualité humaine, celle de la femme comme celle de l’homme, est sous la dépendance d’un système psychique sophistiqué.
Voilà pourquoi, las de voir foisonner les livres sur la subtilité de la sexualité féminine seulement, le sexologue Claude Crépault, cofondateur du département de sexologie de l’Université de Québec à Montréal, publie La Sexualité masculine, chez Odile Jacob, où il manifeste son agacement de voir les hommes considérés comme des phallus ambulants, simples jouets de leurs instincts. «Chez l’homme aussi, les choses sexuelles en apparence banales sont porteuses de significations conscientes et inconscientes», souligne-t-il. Allant jusqu’à affirmer que le degré de complexité de la sexualité serait plus élevé chez l’homme que chez la femme.

«

L’homme utilise 
la sexualité pour 
se rassurer 
intimement»

La preuve? L’homme plus que la femme utilise la sexualité pour se rassurer intimement, réparer son estime de lui-même, et surmonter un état dépressif ou une angoisse. Ce qui traduirait la grande fragilité de l’identité masculine.
Selon Claude Crépault, devenir un homme est un chemin aride et bien plus semé d’embûches que celui qui conduit à devenir une femme. Et pour cause! Pour accéder à la masculinité, le garçon doit renoncer à s’identifier pour partie à sa mère, dont il est issu, et donc taire ses traits féminins pour se comporter comme on l’attend vu son genre, audacieux, téméraire, agressif.

Pour l’homme, l’acte sexuel est plombé de préjugés, de craintes et de défis divers, dont il s’agit de se débarrasser.

«D’où l’importance qu’il accorde à son pénis et à sa fonctionnalité», relève le sexologue. Perdre quelque chose que l’on possède, en l’occurrence un pénis, est plus anxiogène que d’envier ce qu’on n’a pas (autrement dit d’être une fille!).
Le fait que les hommes auraient plus souvent envie de faire l’amour que les femmes ou qu’ils auraient plus souvent que les femmes des goûts sexuels atypiques viendrait de là: d’une fragilité de leur identité. Voilà qui change la donne, non? Mais comment reconnaître un homme bien dans son jeans, capable d’envisager la relation sexuelle avec l’autre comme un échange érotique et ludique et non comme une manière de réconforter sa virilité? A sa dimension féminine. Précision du spécialiste en sexologie.

L'avis du spécialiste

L’homme évolué sait lâcher prise

Coopération. Vous étudiez la sexualité masculine depuis quarante ans. Qu’est-ce que pour vous un homme évolué?
Claude Crépault. C’est un homme qui dans une relation sexuelle accorde autant d’importance à son plaisir qu’à celui de sa partenaire. Après les années de revendications féministes sur le droit au plaisir féminin, j’ai vu beaucoup d’hommes accorder plus d’importance au plaisir de leur partenaire qu’au leur. Ce qui est symptomatique d’une perturbation dans leur sexualité et donc dans leur identité. Comme si faire jouir une femme leur permettait de garder le pouvoir sur elle.

Vous voulez dire que la libération sexuelle des femmes a perturbé les hommes?
Non, les femmes ont eu raison de réclamer des relations égalitaires. Les hommes n’ont, pendant trop longtemps, pas pensé au plaisir féminin. Mais y accorder de l’importance ne veut pas dire ne plus en accorder au sien propre. Un homme qui se sent suffisamment masculin n’a pas peur de s’abandonner au plaisir que lui procure une femme.

«

Les femmes 
ont eu raison 
de réclamer 
des relations 
égalitaires»

Quelles sont vos principales recommandations aux hommes pour qu’ils accèdent à une sexualité épanouie?
Il faut qu’ils deviennent plus flexibles, qu’ils apprennent à jouer des rôles différents au sein d’un couple constitué, ce qui est le plus difficile. L’une des principales causes d’usure sexuelle dans le couple réside dans le fait que les hommes ont tendance à «madoniser» leur compagne et à ne plus pouvoir jouer avec elles à des jeux sexuels ni à partager des fantasmes. Pour moi, l’homme évolué accepte son corps, mais il est capable de déborder du rôle masculin traditionnel. Il n’est pas féminin pour autant, mais il est capable de lâcher prise, d’introduire de l’imaginaire dans sa réalité plutôt que de faire vivre son imaginaire à côté de sa réalité.

Vous parlez dans votre livre de l’avenir de l’homme polychrome. De quoi s’agit-il? Qui est-il? J’ai établi une typologie des hommes en fonction de leur genre, plus ou moins viril, de leur rapport à la femme, plus ou moins machiste, et de leur mode d’érotisation, plus ou moins centré sur la performance de leur pénis. Je pense que l’homme de demain aura de moins en moins besoin de s’enfermer dans sa masculinité. Il sera plus polyvalent dans sa façon d’être. Il conservera son identité masculine mais sera à l’aise dans l’inversion des rôles avec une femme. Au lit aussi!

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Getty Images
Publication:
lundi 02.09.2013, 11:30 heure

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