Vincent Beetschen est membre de Progana, 
une coopérative de producteurs bio. Il cultive 
du soja bio pour la fabrication du tofu bio.

Soja suisse: la fève frileuse apprivoisée

Cultures Les agriculteurs bio ont pris goût au soja, qui offre de grands atouts pour l’assolement et sur le plan économique. Ainsi que pour l’alimentation humaine.

Quand on écoute Vincent Beetschen (43 ans), agriculteur bio, parler soja au bord de son champ, on se rend très vite compte que ce producteur en sait long sur cette légumineuse asiatique. Il nous apprend qu’elle s’est bien adaptée chez nous, avec une production de 2,2 tonnes par hectare (ha) en moyenne pluriannuelle. Le côté pénible, c’est l’enherbement: il faut investir jusqu’à 30 heures par hectare pour la lutte manuelle contre les adventices (plantes indésirables), tâche souvent incontournable dans l’agriculture bio à laquelle s’ajoute le binage mécanique. Le fait que Vincent Beetschen cultive quand même du soja prouve que cela en vaut la peine. C’est une culture parfaitement adaptée aux exploitations bio; et elle est même rentable quand on maîtrise la technique culturale.
Vincent Beetschen gère des vignobles et une exploitation de grandes cultures à Bursins, dans le canton de Vaud. Il a renoncé au bétail. «Pas de bétail, cela signifie aussi pas de fumier», relève-t-il. Les producteurs doivent donc trouver un autre engrais, surtout pour les apports en azote.
En général, on l’obtient dans le cycle de rotation des cultures par le semis d’une variété de légumineuses, plantes capables de «piéger» l’azote de l’air et de le stocker dans le sol. Il peut s’agir de haricots, de petits pois, de trèfle, de luzerne ou de soja. «Dans la culture biologique, il faut veiller à un assolement aussi varié que possible», explique Matthias Klaiss (40 ans), collaborateur à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), à Frick (AG). Le chercheur suit le projet «Soja alimentaire biologique suisse» avec son collègue Maurice Clerc. «Le soja permet aux agriculteurs bio de diversifier leur exploitation et leur revenu, et il est d’autant plus intéressant qu’on n’a pas besoin d’épandre d’engrais. De nos jours, on pourrait se passer de soja alimentaire importé.»

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Tofu bio 100% suisse 

La station de recherche Agroscope de Changins (VD), cultive depuis plus de 30 ans avec succès du soja destiné à l’alimentation humaine. On le dit savoureux, assez riche en protéines et bien adapté aux conditions qui prévalent en Suisse. Originaire du Sud-Est asiatique, cette plante s’est acclimatée chez nous grâce au travail des sélectionneurs.
Soutenu par le Fonds Coop pour le développement durable et Bio Suisse, le projet porte ses fruits: dans les champs de Vincent Beetschen, les plants de soja prospèrent et produisent en abondance les précieuses petites fèves. Coop peut ainsi proposer un tofu bio entièrement produit en Suisse. Les variétés ont été sélectionnées à Changins; les plantes poussent dans les zones de grandes cultures adaptées, en Suisse; la semence vient de Guin (FR); les fèves sont recueillies et nettoyées dans le moulin Rytz, à Biberen (BE), et la fabrication du tofu a lieu chez un voisin tout proche, au Liechtenstein, chez Hilcona, un fabricant de produits alimentaires appartenant au groupe Coop.

La fève de soja: ses composantes

Des actes pour le bien-être de tous

www.des-paroles-aux-actes.ch/233
Toutes les paroles aux actes
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Marius Affolter, Yannick Andrea
Publication:
lundi 16.10.2017, 13:11 heure

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