L’énergie communicative de Soprano, 38 ans, sur scène depuis vingt ans.

«Mon quotidien? Celui d’un papa»

Soprano Le rappeur qui tord le cou aux clichés sur la musique urbaine se confie avant son concert au festival Sion sous les étoiles, ce samedi.

Il est Marseillais, d’origine comorienne. Et c’est un rappeur, mais un «rappeur positif». Son but: faire passer de bons messages dans ses chansons, faire réfléchir à l’état du monde. Pas de textes fielleux et grossiers chez lui. Musicalement, il n’hésite pas non plus à aller au-delà du rap traditionnel: le sien est souvent chanté, avec des sons festifs, très proche de la variété. Le public adore, surtout les jeunes. Saïd M’Roumbaba, de son vrai nom, a encore gagné en popularité depuis la sortie, en octobre dernier, de son album «L’Everest». Mais sans que ça lui monte à la tête et qu’il se la joue star. Pas lui.

Vous pensez pouvoir monter encore plus haut à l’avenir?
À chaque nouvel album, j’essaie de me dépasser, de me fixer des buts aussi élevés que possible. Quand tu atteins un objectif, tu t’ennuies si tu n’en as pas d’autres. J’essaie d’innover, de prendre des risques pour continuer à aimer ce que je fais et pour que le public me suive encore. Il se passe toujours des choses dans le monde et dans ma vie, ce sont des sources d’inspiration qui ne se tariront pas. Mais quand je vois un artiste comme Stromae, je me dis que j’ai encore du chemin à parcourir sur le plan créatif.

Dans la chanson «Mon Everest», sur votre dernier album, vous dites que vous avez dû vous battre plus qu’un autre pour réussir. Que voulez-vous dire?
Le fait de venir d’un certain quartier, d’être black, musulman, d’avoir des parents qui parlaient très mal le français – du coup, j’ai parfois des difficultés à bien m’exprimer – font que les gens ont eu des a priori sur moi et se sont tenus à distance. Ça a été difficile. Mais pour les jeunes avec les mêmes handicaps qui envoient leur CV à des entreprises, c’est pire! Je suis aussi confronté aux idées que les gens se font de moi en tant que rappeur: ils pensent que je suis violent, vulgaire. Ils sont surpris quand ils écoutent mes morceaux. Je suis obligé, plus qu’un autre, de montrer que ma musique peut toucher tout le monde.

Les clichés qu’on a sur le rap, ça vous énerve?
Ce qui me dérange, c’est qu’on puisse croire que le rap, ce n’est que de la violence, de la haine et de la vulgarité. C’est comme le rock ou la variété, il y a de tout et pour tout le monde. Il n’y a pas qu’une seule catégorie, et c’est bien. Parfois, pour rigoler, il m’arrive d’écouter avec mes potes des morceaux de rap violents de Booba, c’est comme regarder un film du genre de «Scarface», mais par rapport à mon caractère, ma famille, mes idées et mes valeurs, c’est difficile pour moi de chanter des choses vulgaires et haineuses.

«

Ce qui m’a le plus touché, c’est quand des gens m’ont dit: tu m’as sauvé la vie»

Vous voulez transmettre de bons messages aussi parce que vous êtes un modèle pour de nombreux jeunes?
Je le suis, oui, et je ne m’en rendais pas compte au début. Avec ce qui se passe actuellement en France et aux États-Unis, notamment, c’est important de dire aux jeunes des choses positives, par exemple qu’il faut casser les clichés et les amalgames, savoir vivre ensemble.

On vous félicite pour les messages que vous faites passer?
Oui, tous les jours. Ce qui m’a le plus touché, c’est lorsque des gens m’ont dit: «Tu m’as sauvé la vie.» Une phrase comme ça te fait réfléchir. On ne se rend pas forcément compte à quel point la musique peut être importante pour les gens et qu’elle les accompagne dans leur quotidien. Ce qui est aussi très émouvant, ce sont les messages d’enfants hospitalisés qui disent avoir repris du courage en écoutant mes chansons.

Le succès: du talent, du travail ou de la chance?
Les trois. À mes débuts avec mon groupe Psy 4 de la Rime, on a eu la chance qu’Akhenaton, du groupe IAM, nous mette en lumière et que notre musique se vende bien. Et je travaille beaucoup, comme le rappelle souvent ma femme. Certains artistes ont du talent, mais pas de succès. Avoir des singles qui ont marché m’a apporté la reconnaissance. Plus que des artistes, le public veut des hits. Heureusement, j’en ai beaucoup.

Et qu’en pensent vos parents?
Quand, l’an dernier, ma chanson «Le Diable ne s’habille plus en Prada» est sortie, ma mère était à Madagascar pour rendre visite à ses cousines. Elle a vu des gens danser dans la rue sur mon single et vanter mon texte. Elle m’a appelé pour me dire qu’elle était fière de moi. Quand ta mère te dit ça, tu es sur un nuage. En novembre dernier, j’ai gagné un NRJ Music Award, mon père était fou de joie. Enfant, je ne faisais pas cet effet-là à mes parents... Je leur ai causé beaucoup de soucis, parce que je traînais, je faisais des bêtises et je ne prenais pas l’école au sérieux.

Lors de notre interview à Lausanne: «C’est important de dire aux jeunes des choses positives.»

Votre musique est à la fois joyeuse et grave. Parce que, comme vous le dites dans la chanson «Mon Everest», vous êtes «un mélancolique qui se soigne»?
Mes premiers albums solo étaient marqués par la dépression, j’étais très mélancolique. Aujourd’hui, je suis heureux: j’ai trois enfants, une femme, une carrière et un public magnifiques, des salles de concert qui se remplissent, des albums qui se vendent bien. Écrire m’a soigné, m’a permis de réfléchir à la vie, même si en moi il y a quelque chose qui ne se soigne pas. Mais je ne peux pas laisser la mélancolie prendre le dessus; ça serait injuste envers les gens qui m’entourent et ceux qui n’arrivent pas à accéder à leurs rêves et à résoudre leurs problèmes. J’espère donner de la force à ceux qui se sont reconnus dans mes chansons.

Cette mélancolie vient d’où?
C’est ma personnalité. Ce que je vois autour de moi me touche. Par exemple, je ne peux pas ne pas penser à tout ce qui se passe dans le monde en ce moment. Certaines personnes me disent que je
devrais seulement produire des morceaux joyeux comme «En feu», un de mes derniers singles, mais je n’y arrive pas. Ma mère est comme ça, elle aussi. Elle aide des gens, et voir leurs problèmes la rend triste.

Quand on a atteint le sommet, on risque de redescendre. Ça vous fait peur?
Oui, j’y pense beaucoup. Encore plus maintenant, parce qu’à chaque album, je monte. Depuis mes débuts, je n’ai jamais connu de flop, je ne sais pas comment je réagirais si mon prochain disque ne marchait pas, si les salles ne se remplissaient pas. Donc, bien sûr, ça me fait très, très peur. Ce qui me réconforte, c’est que je ne pense pas avoir changé. Depuis le début, j’ai les mêmes valeurs, je suis entouré des mêmes personnes, mes repères sont toujours là. Si je dois tomber, je le ferai proprement, même aux yeux du public, parce que je n’ai jamais été bling-bling, je n’ai jamais exhibé des symboles matériels de ma réussite.

À quoi ressemble votre quotidien quand vous n’êtes pas sous le feu des projecteurs?
À celui d’un papa. Je suis souvent à la maison, à Marseille, avec mes enfants, sinon on va au parc, en vacances. Je passe aussi du temps avec mes potes, parce que quand je suis en tournée, je ne les vois pas beaucoup, on va ensemble au ciné, au resto. J’ai une vie normale.

Vous faites à manger à votre famille?
Je suis une catastrophe en cuisine! Quand j’étais petit, j’avais brûlé tellement de fois des frites surgelées que ma mère et ma sœur avaient collé sur la porte un papier sur lequel elles avaient écrit: «Saïd est interdit dans cette pièce.» Même pour faire des pâtes, j’appelle ma femme! À son grand désarroi. Elle aurait bien aimé que je puisse préparer des bons petits plats. Une fois, j’ai essayé et elle a dit: «Je ne veux plus que tu refasses la cuisine!» (Rires)

À «Sion sous les étoiles»

Soprano est né en 1979 à Marseille, de parents comoriens. Il a deux sœurs et deux frères. En 1995, il monte avec deux cousins et un ami le groupe Psy 4 de la Rime. En 2007, Soprano sort son premier album solo, «Puisqu’il faut vivre». Seul, il dépasse la notoriété qu’il avait avec son groupe. En octobre 2016 paraît son 5e album, «L’Everest», qu’il présentera au festival Sion sous les étoiles le 15 juillet. Ce disque regorge de tubes: «En feu», «Mon Everest» ou «Le Diable ne s’habille plus en Prada». Soprano réalisera «un rêve de gosse» le 7 octobre 2017: il jouera au stade Vélodrome de Marseille, antre de son équipe de foot adorée l’OM.

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texte:
Myriam Genier
Photo:
Keystone, Darrin Vanselow
Publication:
lundi 10.07.2017, 13:50 heure



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