Soraya Ksontini (31 ans) partage sa vie entre la musique et des études d’anthropologie, ici chez elle, à Lausanne.

«Sur scène, les masques tombent»

La Vaudoise d’origine tunisienne Soraya Ksontini distille une pop métissée aux accents électro. En français, anglais et arabe. Elle se produira ce 27 à Cully, puis en France. Rencontre.

Coopération. Vous chantez sur scène depuis l’âge de 17 ans. D’où vous vient cette vocation?
Soraya Ksontini. J’ai commencé le piano et le chant au conservatoire à 5-6 ans et mon hobby, c’était de chanter avec un micro et d’enregistrer plein de trucs sur mon radiocassette! En piano, j’ai fait quinze ans de classique. Ma sensibilité et ma musicalité viennent de là. Avoir débuté si tôt m’a permis une rigueur dans la musique très tôt aussi. Je suis musicienne plutôt que chanteuse. Si je n’avais que ma voix, je ne serais pas allée si loin. Je n’ai pas la voix d’une grande chanteuse, mais d’une auteure-compositrice. C’est très grand, de parler d’une chanteuse, mais très réducteur.

Que représente la musique pour vous?
Une manière de se connecter à l’univers, à ce qui nous entoure. C’est un canal autant émotionnel, spirituel, qu’un moyen d’expression – plus facile que la parole. C’est aussi une des rares choses qui peut transpercer les gens et aller au plus profond d’eux.

Que voulez-vous transmettre par votre musique?
Simplement les émotions de la condition humaine. Jusqu’à présent, j’essaie de les exprimer. J’espère un jour les partager: parvenir à ce que mes concerts soient juste de grosses fêtes!

Vous avez participé en 2007 à la Star Academy Maghreb. Paradoxal, pour un auteur- compositeur?
Si ça pose un paradoxe, tant mieux! Parfois, on ne se pose pas la question! Cette expérience était un retour aux sources, en Tunisie, et un moyen accéléré de redécouvrir un patrimoine musical et culturel. A ces émissions, on y va avec ce qu’on est. Elles ne touchent pas notre personnalité. L’aspect critiquable tient dans le côté commercial – j’ai néanmoins pu défendre mes idées. Le plus terrible, c’est que la création et la performance deviennent très commerciales, on est très exposés. On pourrait alors penser que n’importe qui peut le faire. Et qu’on atteint un certain niveau. Mais on n’atteint rien du tout. On apprend à gérer un live et un vrai côté show, à se produire devant des millions de spectateurs. On rencontre aussi des profs assez chouettes. Le mieux, c’est hors caméras.

«

La musique? C’est une manière de se connecter à ce qui nous entoure»

Qu’avez-vous retiré de cette expérience?
La conviction que j’avais des choses à dire, et ma confiance.

Votre rapport à la Tunisie?
C’est sanguin, c’est profond. Ce sont mes racines, et il est important pour moi d’y retourner quand j’en ressens le besoin. Pour l’atmosphère, l’air qu’on respire, les images – le tarmac qui brûle où la chaleur est visible, les orangers en fleurs et l’odeur qui va avec, la mer, les gens qui marchent un peu partout. C’est un autre cadre.

Vous avez repris des études, en anthropologie. Pourquoi vous ont-elles permis «un bond de géant»?
J’ai l’impression d’évoluer personnellement et non d’être juste dépendante des dates de concerts obtenues.

De quoi vivez-vous?
Je suis assistante à l’Université de Lausanne à 40%. Je vis avec le strict minimum. Si je voulais gagner de l’argent, je ne ferais ni musique ni anthropologie! Mais la satisfaction de se lever pour des choses qui m’épanouissent au quotidien est plus importante, même si parfois, c’est lourd à porter. Si j’ai des enfants, je changerai peut-être de discours. Peut-être.

Comment vous voyez-vous dans dix ans?
C’est sûr, j’aurai des enfants. Et un chien. Mais je ne veux pas la Mercedes et le pavillon cloîtré qui vont avec le chien! Je veux juste une famille chouette. La prison dorée, j’espère que je pourrai toujours ne pas en vouloir. J’espère seulement ne pas stresser en fin de mois, avoir le courage de continuer à chanter et étudier l’anthropologie comme chercheuse. J’aimerais aussi m’ouvrir sur des collaborations artistiques: créer de la musique pour des peintres, les arts plastiques, pour des films.

En quoi êtes-vous Suissesse, et Tunisienne?
Je suis Tunisienne dans la pudeur quant à la vie privée et aux émotions. On expose beaucoup mais la profondeur de l’être, on ne la livre pas. On reste très secret sur sa vie intérieure. Et Suissesse, je le suis dans l’amour de la qualité et de l’efficacité. En Suisse, on apprend à viser haut de manière naturelle. On apprend l’excellence.

Selon vous, monter sur scène est une «rébellion».
Sur scène, on est ce qu’on est, les masques tombent. Si on a quelque chose à dire, il suffit d’y monter. Dans la société, tout nous pousse à rentrer dans le cadre, à être discipliné. Sur scène, on peut juste être ce qu’on est. C’est de la résistance.

Vous sentez-vous décalée?
Oui, mais pas en rébellion contre les gens: ils me touchent beaucoup. Les cadres montrent la faiblesse des gens. Ils ne me posent pas plus de problème que cela. Mon but n’est pas d’être dans l’opposition – être dans le «non» n’amène rien. Je suis juste décalée. Mais tout le monde a l’impression d’être un peu décalé!

Soraya Ksontini

La musique avant tout

Née. Le 10 juillet 1982 à Lausanne. Origines tunisiennes.

Scène. A 17 ans, remplace la chanteuse de Sens Unik pour une série de concerts. Puis collaborations avec Stress.

Formation. Bachelor en relations internationales (2009). Cursus pour un master en anthropologie dès 2012.

Loisirs. Lecture, cinéma. «La seule chose que je ne peux pas faire autant que je voudrais, n’ayant pas l’argent, c’est voyager.» Le voyage indispensable. «L’Inde. Pour le patrimoine musical.»

Dernier voyage. Berlin. «On associe cette ville à l’électro, mais elle part dans tous les styles. J’ai été hallucinée par la richesse musicale de la rue. Tous les magasins rivalisent de musique
super pointue.»

En concert. Le 27 juin (22 h 30) au Festival Off du Cully Classique (www.cullyclassique.ch). Le 5 octobre à l’Estival (Saint-Germain- en-Laye, près de Paris) – vitrines «découvertes internationales».

A écouter sur: www.mx3.ch/sorayaksontini

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Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 16.06.2014, 11:00 heure



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