Malgré leur écorce épaisse, les pastèques sont manipulées avec précaution par les employées de l’entreprise Biosol.

Sous l’écorce, une chair juteuse

Francisco Alejo produit des pastèques bio à Almería, dans le sud de l’Espagne. Un mode de production qui lui tient à cœur, comme il le dit lui-même. Car cultiver ces fruits en mode bio exige beaucoup de travail.

Une boîte de coccinelles dispersées dans une serre qui abrite des pastèques? Ça ressemble plus à une blague entre voisins qu’à une méthode de culture de pastèques bio. C’est pourtant grâce à ces
insectes que Francisco Alejo peut se permettre de cultiver des pastèques sans recourir aux insecticides.
Ses méthodes diffèrent encore sur d’autres points de celles de ses confrères qui cultivent en conventionnel. Par exemple en matière d’engrais ou de mise en jachère. Mais la différence la plus marquée réside dans la lutte contre les pucerons et autres ravageurs. «Utiliser des coléoptères est nettement moins facile à gérer que les traitements par insecticide», souligne cet agriculteur de 42 ans. Le plus étonnant, c’est que cela revient même plus cher.

Cette année, Francisco Alejo ne regrette pas d’avoir recouru aux coccinelles. Même aux endroits où les pucerons ont visiblement sévi, les plantes récupèrent. «Soins intensifs», lâche Linas Sirmeles, avec une petite grimace. Ce Lituanien travaille chez Francisco Alejo depuis quatorze ans. Il a fauché une partie des bandes enherbées entre les carrés et répandu l’herbe sur les plantes envahies par les pucerons. Les coccinelles passent alors des herbes sèches aux tiges vertes des pastèques. «Au début, je les considérais comme des fruits franchement exotiques», se rappelle-t-il. Aujourd’hui, ce père de trois enfants, devenu chef de production, connaît les pastèques aussi bien que son patron.

«

Nous sommes contrôlés toutes les deux semaines»

C’est là un élément clé. En effet, les pastèques sont de petites divas. Si l’on reconnaît assez facilement qu’un melon charentais ou galia est mûr, ce n’est pas le cas de la pastèque qui cache bien son jeu. Linas Sirmeles et deux employés parcourent chaque jour tous les carrés pour voir si les fruits sont bons à récolter. «Il faut de l’expérience. Il m’est aussi arrivé de rêver la nuit que je demandais à chaque pastèque si elle était mûre», avoue Francisco Alejo. En 1995, il a fondé l’exploitation Biosol qu’il dirige avec son frère Jose-Luis.  

Un adepte convaincu du bio  et sensible au développement durable: c’est ainsi qu’on pourrait définir Francisco Alejo. Il roule en voiture hybride et sa grande préoccupation est la gestion de l’eau. Son exploitation est entièrement convertie à la production biologique.
Répondant aux exigences de Bio Suisse (voir encadré), les produits poussant sur 26 hectares des quelque 175 qu’il cultive ont même reçu la certification Bourgeon. Leur seul acheteur est Coop, les autres clients (dont la chaîne allemande Rewe) se contentant de standards moins exigeants. Une production que l’agriculteur aimerait développer davantage parce qu’elle correspond à sa conception du bio.
Les différences par rapport à la culture conventionnelle se retrouvent aussi au niveau de la transformation. «En principe, nous devons tenir compte de beaucoup plus d’éléments», déclare une employée qui a déjà travaillé pour des producteurs conventionnels. La rapidité est aussi un atout dans le bio. Quarante-huit heures après la récolte en Andalousie, les pastèques bio sont déjà dans les magasins Coop.

Les coccinelles sont de précieuses alliées des cultivateurs. Elles permettent d’éviter l’utilisation d’insecticides.

Ecologiques, les pastèques de Francisco Alejo le sont assurément. Mais qu’en est-il de leur caractère équitable? En effet, on entend souvent parler des travailleurs africains qui triment dans des conditions déplorables dans le sud de l’Espagne. «Depuis que le secteur du bâtiment est en crise, nous sommes contrôlés en moyenne toutes les deux semaines», indique l’agriculteur. La législation espagnole est sévère. En cas d’infraction – travail au noir ou non-respect des temps de travail par exemple – l’amende peut se monter à 25 000 euros. C’est beaucoup d’argent, comme il le souligne. «Je ne pourrais tout simplement pas prendre un tel risque.»  

Francisco Alejo a déjà fait une mauvaise expérience. Il y a quelques années, un conflit a éclaté avec un syndicat à propos de conditions d’embauche et de salaire. Il en a tiré les leçons. Depuis, Biosol se conforme aux critères du module Global G.A.P. Risk Assessment on Social Practice (GRASP), un certificat facultatif qui évalue la situation sociale des employés d’exploitations agricoles. Désormais, une boîte à suggestions se trouve dans chaque champ et les temps de pause sont strictement respectés. Et même consignés par écrit!  

Quand d’autres producteurs de la région critiquent ses méthodes en le traitant de romantique, il le prend avec philosophie: «Il y a pire. Je trouve que le terme de romantique est plutôt flatteur.»

Francisco Alejo, le fondateur de Biosol, est convaincu du bien-fondé de la culture bio.

Le Bourgeon

Le label de qualité de Bio Suisse

Quelque 5800 agriculteurs (chiffres 2013), exploitant environ 11% de la surface agricole suisse, appliquent les directives strictes de Bio Suisse. Les entreprises étrangères qui s’y conforment peuvent aussi arborer le Bourgeon. Un service de contrôle indépendant vérifie le respect de ces directives, qui dépassent les exigences légales minimales pour les produits bio. Les denrées arborant le Bourgeon proviennent toutes de fermes entièrement vouées à la production biologique. Le transport par voie aérienne et l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés sont interdits, tout comme les produits chimiques de synthèse et les engrais artificiels. Enfin, l’utilisation d’additifs est nettement inférieure à ce qu’autorise la loi. Toutes ces exigences font du Bourgeon le label bio le plus scrupuleux au monde.

www.bio-suisse.ch