Les températures grimpent et la limite de la neige aussi, les glaciers reculent. À l’ombre des palmiers, les vaches broutent entre les éoliennes... Si rien n’est entrepris, c’est un scénario possible pour la Suisse du futur.

Spécial Futur - Climat

Environnement Très exposée au réchauffement climatique, la Suisse va devoir changer rapidement ses habitudes pour contenir la hausse des températures sur son territoire. Chronique d’un bouleversement annoncé.

Ça chauffe!

La Suisse a mal à son climat. Aujourd’hui déjà, alors que dire dans vingt ans? Depuis 1864, la température moyenne de notre pays a augmenté de 2 degrés, plus du double de la hausse moyenne mondiale qui se situe à +0,9 degré. La raison? La topographie de notre pays, un relief accidenté, des chaînes de montagnes porteuses de glaciers et de permafrost (ndlr: sol ou roche se maintenant à une température égale ou inférieure à 0 degré pendant au moins deux ans) jouant un effet régulateur sur la température locale, un ancrage purement continental sans influence océanique (les continents se réchauffent plus rapidement que les océans): notre situation est défavorable.

Glacier du Rhône, vers 1855

Glacier du Rhône, aujourd'hui

Environ 150 ans séparent ces deux clichés du glacier du Rhône (issus du livre «Glaciers - Passé-présent du Rhône au Mont-Blanc», Éd. Slatkine). Les glaciers suisses font malheureusement les frais du réchauffement climatique. 2017 est l’une des années record où la fonte de glace a été la plus intense en Suisse depuis le début des relevés il y a un siècle.

Renoncer au pétrole et au gaz

La question n’est plus de savoir si cette hausse va se poursuivre. C’est avéré. La question est de savoir comment la contenir pour que son impact soit le moindre possible. «Si l’on veut éviter de dépasser un réchauffement global de 2 degrés, nous devons absolument renoncer au pétrole et au gaz», souligne Patrick Hofstetter, responsable Climat et Énergie au WWF Suisse. «En Suède, se chauffer sans mazout et sans gaz est déjà une réalité. Nous devrions y parvenir en Suisse aussi. Et en 2038, l’Écosse, la Norvège et l’Inde auront interdit les nouveaux véhicules à essence. En 2040, la France et l’Angleterre leur emboîteront le pas.» Il faut dire que les enjeux sont colossaux. Santé, biodiversité, tourisme, économie, tous les secteurs sont touchés par cette hausse des températures.

En Suisse, la biodiversité est en danger: l’équilibre des forêts est fragile. Menacé en altitude, l’épicéa pourrait même disparaître sur le Plateau.

Le cas de nos glaciers

S’il est un exemple spectaculaire et concret, c’est bien celui des glaciers. Ou plutôt de leur fonte. Or, loin d’être seulement anecdotique pour la carte postale, ce recul est très inquiétant. La communauté scientifique s’accorde pour dire que d’ici la fin du siècle, 80% à 90% de nos glaciers auront disparu. Les enfants nés aujourd’hui ne les connaîtront pas ou très peu. Depuis 1850, leur surface totale a déjà diminué de moitié passant de 1735 km2 à 890 km2. Un record. Le glacier du Gorner à Zermatt affiche un recul de 2,6 km depuis 1882, 1,8 km pour le bas glacier d’Arolla depuis 1856, ou encore 1,7 km pour le glacier de Zinal depuis 1891. «Sans oublier que la fonte du permafrost augmente la fréquence et l’importance des éboulements et des laves torrentielles», explique le spécialiste. D’ailleurs afin de prévenir cette menace, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a dressé un aperçu de l’évolution du permafrost. Les données ont été mises à disposition des cantons concernés que sont le Valais, Berne, Glaris et les Grisons.



Afin de préserver au maximum nos paysages idylliques (ici le lac des Quatre-Cantons), l’écotourisme devrait s’imposer comme une évidence. En Suisse comme ailleurs.

L’effet domino

Et qui dit augmentation des températures dit également biodiversité bouleversée: «Certaines espèces animales et végétales vont migrer vers les hauteurs pour concurrencer les espèces qui s’y trouvent déjà comme l’edelweiss, par exemple», détaille Patrick Hofstetter. Espèces invasives toujours plus nombreuses – à l’instar du moustique-tigre déjà présent au Tessin –, équilibres de l’écosystème bouleversés, la flore et la faune vont indéniablement changer. «Un cas concret: les mésanges ne trouveront plus d’insectes pour se nourrir parce que ces derniers manqueront la période de floraison.» C’est le principe même de l’effet domino. Les rhododendrons des Alpes pourraient même avoir disparu d’ici à la fin du XXIe siècle tandis que l’épicéa risque à la fois de disparaître du Plateau suisse tout en étant menacé en altitude.

Mais alors comment faire pour bien faire? «Nous devrions aujourd’hui produire 30% de notre énergie à partir de sources renouvelables et 60% d’ici à 2030 si nous voulons être dans l’ob­jectif d’un réchauffement inférieur à 2 degrés», conclut Patrick Hofstetter. Actuellement 22,1% de l’énergie consommée dans notre pays est renouvelable. Il y a urgence à changer nos mauvaises habitudes.

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Pour les abeilles

Dérèglement climatique et pollution: les abeilles paient un lourd tribut face à notre mode de vie et de consommation.

Pas moins de 40% des insectes sont d’ores et déjà en sursis aujourd’hui en Suisse. Parmi eux les abeilles paient un lourd tribut depuis plusieurs années. Dérèglement climatique auquel elles sont sensibles, floraison précoce qui perturbe leur cycle, pollution chimique, les raisons sont multiples. Or, ces insatiables butineuses jouent un rôle capital dans l’agriculture et la production d’aliments. Environ 80% des plantes sont pollinisées par les abeilles domestiques et les abeilles sauvages. En collaboration avec ses partenaires Bio Suisse, Weleda, Biotta, Ramseier et A. Vogel, Coop soutient dix
projets consacrés aux abeilles et à l’apiculture grâce auxquels les enfants et les adolescents peuvent se rendre compte de l’utilité des abeilles pour la nature et pour l’homme.

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Des paroles aux actes N°82

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Suisse: climat 2035

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«Changeons nos habitudes!»

Patrick Hofstetter (52 ans), responsable Climat et Énergie au WWF Suisse

L’agriculture en général devra-t-elle s’adapter à la hausse des températures?
Oui bien sûr, elle devra vraisemblablement privilégier certaines cultures et choisir les variétés les plus adaptées. En Suisse, il sera sans doute plus difficile de cultiver des pommes de terre, tandis que le maïs devrait mieux pousser. La vigne se portera mieux aussi, si elle reçoit assez d’eau. Les pénuries d’eau, notamment pendant l’été, vont accroître la concurrence entre les différentes utilisations, notamment l’agriculture.

Quelles sont les solutions du WWF pour lutter contre cette hausse?
Nous préconisons depuis toujours de miser sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Plus concrètement, nous devrons nous passer des énergies fossiles d’ici à 2038. Ce qui sera déterminant, ce seront les conditions-cadre légales pour y parvenir. Sans oublier les efforts de chacun d’entre nous au niveau individuel. Il faudra que les maisons zéro énergie deviennent la norme, que les constructions actuelles soient mieux isolées et que les chauffages à gaz et à mazout soient remplacés par des pompes à chaleur, des chauffages solaires, à bois ou à distance. Il faudra aussi réduire le trafic de loisirs et que les Suisses optent pour des automobiles consommant moins de carburant puisqu’à l’heure actuelle notre flotte est la plus gourmande d’Europe. Il faudra aussi consommer moins de viande et prendre moins l’avion.

Comment l’économie peut-elle tirer son épingle du jeu?
Certaines branches bénéficieront de cette évolution selon la manière dont elles feront face aux défis posés par les changements climatiques: le secteur des énergies vertes, celles en lien avec l’efficacité (la construction par exemple), le tourisme aussi. Le secteur financier fait face à des risques climatiques importants. Va-t-il détourner les flux financiers du charbon vers les énergies renouvelables par exemple? Son attitude sera déterminante.

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Quelques gestes

Réduire vos émissions de CO2: les conseils du WWF

  • Parcourir les 20 kilomètres qui séparent la maison du lieu de travail en train plutôt qu’en voiture: 1,7 tonne de CO₂ de moins par an.
  • Remplacer son chauffage à mazout par une pompe à chaleur: 1 tonne de CO₂ de moins par personne par an.
  • Consommer 300 g de viande par semaine plutôt que 1 kg (consommation moyenne en Suisse): 0,34 tonne de CO₂ de moins par an.
  • Passer ses vacances en Suisse ou dans un pays voisin, au lieu de prendre l’avion.
  • Une semaine de vacances à Scuol (GR) au lieu d’Hurghada (Égypte) permet d’économiser 2,5 tonnes de CO₂ par an.

Le tourisme face à ses défis

La branche touristique sera impactée par le réchauffement climatique. L’un des effets visibles sera la limite neigeuse qui prendra de l’altitude.

Fini le ski en basse altitude, fini l’accès illimité à l’eau, bonjour les intempéries qui menacent les installations en montagne… Le tourisme de demain devrait commencer aujourd’hui.

La branche touristique sera elle aussi touchée par le réchauffement climatique. Dans un pays tel que le nôtre où, selon Suisse Tourisme, «la nature est la raison numéro un pour laquelle les touristes, d’où qu’ils viennent, visitent la Suisse», les changements seront d’autant plus visibles. La limite de la neige prendra de l’altitude, les températures caniculaires en plaine deviendront la norme, les catastrophes naturelles (éboulements, incendies en forêt, etc.) augmenteront, ce qui représente une menace pour les remontées mécaniques, les sentiers, hôtels et cabanes d’altitude. De plus, il y aura moins de réserves hydriques, ce qui posera un problème de taille, surtout en été, pour la branche touristique gourmande en eau et énergivore, comme l’explique Rafael Matos-Wasem, géographe, professeur et chercheur à la Haute école de gestion & tourisme de la HES-SO de Sierre: «Le tourisme requiert de grandes quantités d’eau. On en consomme davantage en voyage qu’à la maison. En outre, les infrastructures comme les piscines, les terrains de golf, les jardins en demandent énormément.»

Dès lors, dans ce contexte, l’écotourisme devrait s’imposer comme une évidence. L’écotourisme défini comme «forme de tourisme respectueuse de l’environnement et du bien-être des populations, qui se pratique exclusivement en milieu naturel et doit être une source financière viable pour les communautés d’accueil»*. L’exemple le plus parlant aujourd’hui serait une randonnée dans un des parcs suisses (www.parks.swiss) dans lesquels on se rendrait sans voiture en séjournant chez l’habitant. «Parcourir la Nouvelle-Zélande à vélo en ayant rallié l’archipel en avion depuis la Suisse constituerait du tourisme nature mais nullement de l’écotourisme ni du tourisme durable», rappelle l’expert. «Les déplacements par avion et en bateau de croisière, activités très polluantes, connaissent une croissance quasi exponentielle. Mais ces secteurs seront tôt ou tard davantage réglementés», ajoute Rafael Matos-Wasem en guise de conclusion.

Jasmina Slacanin, rédactrice Coopération

*Définition de l'Organisation mondiale du tourisme

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OFEV

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Exemple d'une lave torentielle en Suisse due au réchauffement climatique

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Le cas du glacier du Rhône

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Site du WWF

Les 10 raisons pour lesquelles Al Gore reste optimiste

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Lien web

Réseau suisse des observations glaciaires
Les variations de longueur des glaciers suisses sont mesurées chaque année. Le réseau GLAMOS est une collaboration de l'EPF Zurich et les universités de Fribourg et Zurich subsidée par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), MeteoSuisse et SCNAT.

Réseau de relevés glaciologiques
Sophie Dürrenmatt
Photo:
Keystone, Geri Born
Publication:
mardi 02.01.2018, 10:40 heure