Sa relation avec la mannequin Cara Delevingne avait placé la musicienne Annie Clark, 
dite St. Vincent, en couverture des tabloïds. 

St. Vincent: l’art d’être une autre

Musique La singulière chanteuse et guitariste américaine s’apprête à séduire les masses avec un nouvel album pop et 
sexy. Rencontre.

Auteure, compositrice, guitariste surdouée et interprète singulière, St. Vincent – Annie Clark, de son vrai nom – est une artiste qui ne se laisse pas étiqueter. L’énigmatique Américaine creuse son sillon depuis une dizaine d’années au fil de disques exigeants qui fluctuent entre folk, rock, electro et pop. Tout en accordant un soin particulier à ses looks aussi marquants que variés. Celle que l’on présente parfois comme la version féminine de David Bowie a glané un Grammy Award et draine un public exponentiel.
Elle se prépare à séduire les masses avec Masseduction (sortie le 13 octobre), un nouvel album pop, sexy et coloré qui foisonne d’émotions fortes et de mélodies addictives. Comme la touchante ballade au piano New York ou le titre electro-pop Los Ageless, odes à un amour perdu évoquant peut-être son ex, Cara Delevingne. La chanteuse de 34 ans et la top-modèle ont rompu l’an dernier après une relation de dix-huit mois. Elle nous reçoit en exclusivité dans la bibliothèque d’un cinq-étoiles londonien, en mode brune et moulée dans une combinaison blanche chic.

Préférez-vous qu’on vous appelle St. Vincent ou Annie?
Dans le contexte d’une interview, plutôt St. Vincent parce que c’est plus clair pour le public. Mais si tu me côtoies en privé, s’il te plaît appelle-moi Annie!

Vos nouvelles chansons s’incrustent vite dans la tête. Comment sont-elles nées?
J’ai commencé à les composer il y a deux ans, quand j’ai fini ma dernière tournée. C’est toujours un peu la même histoire. Je me dépense sans compter sur scène et ensuite, je me mets à écrire. Mais cette fois, je me suis accordé un peu de temps pour faire d’autres choses créatives en espérant que cela déteigne sur ma musique. J’ai monté un studio à Los Angeles, réalisé un petit film d’horreur et conçu une guitare. J’ai passé beaucoup de temps sur ces chansons pour qu’elles soient mémorables.

«

Parfois je me mets en mode nonne. Je deviens sobre et célibataire»

Clip de « New York », titre du 5e album de St. Vincent «Masseduction», sortie le 13 octobre.

Elles sont aussi très variées. Avez-vous élargi votre registre?
En termes d’émotions, cet album se promène dans de nombreux registres.
Il exprime des hauts et des bas, que l’on retrouve même dans ma façon de chanter. Je pense n’avoir jamais été aussi expressive que dans ce disque.

Vous êtes quelqu’un de secret. Comment avez-vous géré de voir votre relation avec Cara Delevingne étalée dans les tabloïds et quelle influence cela a-t-il eu sur les textes de l’album?
Je raconte ma vie dans cet album donc il est inévitable qu’il parle de mes relations romantiques, tout comme de mes amis et de ma famille. J’ai trouvé cette période très étrange. J’avais l’impression qu’il y avait d’un côté la presse qui me connaissait pour ma musique, et puis de l’autre les tabloïds qui ne savaient pas qui j’étais. C’était presque comme si ces deux mondes ne se rejoignaient pas.
Bizarrement, des paparazzis ont commencé à me suivre quand je sortais de mon cours de pilates. Ils ne te photographient jamais quand tu es élégante mais toujours quand tu transpires et tu as un truc coincé entre les dents!

Cette expérience avec la presse à scandale vous a-t-elle laissé un goût amer?
Je dois dire que la liberté qu’on perd en échange de la célébrité n’a rien d’enviable. Les gens ont le sentiment d’avoir des droits sur ta vie et sur ton temps. Mais je suis aussi une musicienne qui espère toucher beaucoup de monde avec ma musique et les toucher profondément. Je serais folle de dire que je ne souhaite pas que les gens sachent qui je suis, parce que je fais de la musique pour eux. Mais jusqu’à dernièrement, si l’on me connaissait c’était uniquement une conséquence de mon boulot de musicienne.

On se doute que la célébrité n’est pas votre ambition première...
Non, à toutes fins utiles, je suis une fille plutôt famille du Texas. Quand j’ai du temps libre, j’ai juste envie de traîner avec mes nièces et mes neveux. Je sais que ce n’est pas très sexy. Bon, j’aime aussi les orgies (elle éclate de rire)… Mais je devrais être plus transgressive au quotidien.

Annie Clarke, aka St. Vincent, interprète sa chanson «Paris is Burning» seule à la guitare acoustique devant le théâtre parisien Le Trianon.

Ce titre est sorti sur un maxi en 2006 aux côté «These Days», chanson que Jackson Brown avait écrite pour Nico.

L’esthétique de votre album est sexy…
Je n’avais jamais vraiment épousé l’idée d’être sexy auparavant. Mon dernier disque avait un parfum froid, impérieux, science-fiction et je ressemblais au leader d’une secte sur la pochette. J’en suis satisfaite mais, cette fois, j’avais envie d’un album et d’une esthétique plus sexy. Avec un côté drôle et irrévérencieux. Quelque chose de sexy et bizarre à la fois.

Vous sentez-vous sexy actuellement?
Je ne me suis pas sentie sexy depuis un moment, uniquement parce que je passe par des périodes où je me sens très fertile d’un point de vue créatif. Dans ces moments, c’est comme si j’avais besoin d’enfiler un uniforme et de faire l’impasse sur certains aspects de ma vie. Donc parfois, je me mets en mode nonne. Cela signifie que je deviens sobre et célibataire. Je me lève le matin, je fais de l’exercice, ensuite je travaille.
Bref, je suis productive à l’extrême. Je trouve ça vraiment nécessaire pour être créative, ou plutôt pour arriver à suivre le rythme de mes idées et pour avoir le temps de les développer.

Le titre «Pills» ironise sur notre tendance à régler tous nos problèmes avec des médicaments. Vous y connaissez-vous en pilules?
Oui, un peu. J’avais de la peine à dormir il y a plusieurs mois et en avalant un somnifère, je me suis mise à fredonner la mélodie de cette chanson. Cela m’a fait réfléchir. Il y a eu dif-férentes périodes dans ma vie, en particulier autour de mon dernier disque, où je donnais tellement de concerts et avec une telle intensité que j’avais de la peine à tenir le coup. J’ai donc pris des trucs qui n’étaient pas forcément bons pour moi juste pour rester dans la course.
Presque tous les gens que je connais prennent des médicaments pour une raison ou une autre, souvent administrés par eux-mêmes.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de jouer de la guitare?
J’ai toujours été obsédée par les guitares. À 5 ou 6 ans, je dessinais et fabriquais des guitares en carton. C’est une vocation. J’ai commencé à jouer de la guitare électrique à 12 ans. J’ai une chance incroyable de faire ce que j’aime et encore plus d’avoir une vocation. Ma guitare m’a donné tout ce que j’ai.

Adolescente, vous avez été roadie pour le groupe de votre oncle. Qu’avez-vous retiré de cette expérience?
Je les ai accompagnés en tournée quand j’avais 16 ans. Nous sommes partis au Japon. Ils m’ont appris à travailler et à placer la barre haut. Je suis née avec une tendance à m’autoflageller, c’est-à-dire à être très exigeante envers moi-même. Mais si je ne l’étais pas assez, j’entendais leur voix dans ma tête me dire: «Ce n’est pas assez bon.» Ils essayaient seulement de me préparer à l’excellence, eux qui viennent d’une tradition jazz où la virtuosité est de rigueur.

Est-il vrai que vous écoutez Bowie tous les jours?
J’ai adoré Blackstar, un album incroyable qui aurait pu sortir dans les années 1970. Quel beau dernier cadeau il a fait au monde entier. Mais c’est ironique d’adorer quelqu’un d’aussi iconique et original que Bowie parce que je ne veux surtout pas essayer de l’imiter. C’est OK de s’inspirer un peu de lui mais en fin de compte je dois essayer de trouver ma propre voie à travers une myriade d’influences.

Virtuose autodidacte

Née en Oklahoma en 1982, Annie Clark a grandi au Texas. Elle entame puis abandonne des études de jazz. Guitariste pour le groupe The Polyphonic Spree, elle accompagne aussi Sufjan Stevens sur scène. Adoptant le pseudonyme de St. Vincent – référence à l’hôpital new-yorkais où décéda le poète Dylan Thomas – la chanteuse se lance en solo en 2007 avec l’album «Marry Me».
Après une collaboration avec David Byrne, du groupe Talking Heads, elle décroche un Grammy Award pour son 5e album en 2014.

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Miguel Cid

Rédacteur

Photo:
Getty Images
Publication:
lundi 18.09.2017, 13:25 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?