Le chanteur Stephan Eicher (52 ans): «Je sais que notre temps est compté mais je l’oublie pour en profiter…»

«Je suis comme un poisson rouge»

Avant de partir sur les scènes de France, de Suisse et de Belgique,  Stephan Eicher nous parle de sa musique, de son plus jeune fils, de sa manière de vivre et de se réjouir des jours.

Coopération. Installé en France depuis cinq ans, vous vous sentez encore Suisse?
Stephan Eicher. Je me sens un humain avant tout! Depuis que j’ai quitté la Suisse, j’ai développé une tendresse particulière pour certains de ses aspects: la nature, les montagnes… Elles me donnaient un sentiment d’enfermement quand j’y vivais, mais elles me manquent aujourd’hui. Je me fais l’impression d’être une chèvre qui essaie de manger où elle n’arrive pas! (Rires).

A l’ère de la dématérialisation du disque, vous avez réalisé une version livre de votre dernier album, avec des illustrations pour chaque chanson. C’est un manifeste?
J’aime faire de beaux disques. A chaque fois, on m’explique que ce n’est pas raisonnable, que le
marché du disque va mal, qu’un disque ne doit pas coûter plus d’une telle somme, blabla… C’est un voyage en TGV qui m’a convaincu de tenir bon. Je venais d’enregistrer mon album, j’étais dans le train et un peu mélancolique, et je me suis rendu au wagon restaurant. J’ai pris un sandwich, un coca, des chocolats et un café. Le sandwich était dégueulasse, le café buvable avec beaucoup de sucre, et quand je suis arrivé au chocolat qui n’en était pas vraiment, je me suis dit: «Arrête de te satisfaire de cela.» J’ai réalisé que j’étais en train de maltraiter mon organisme pour une somme supérieure à celle d’un disque.

Un disque ne vaut pas si cher, en somme!
Exactement! Et puis, la qualité du son de la musique est bien meilleure sur un CD que chargée sur une clé USB. Ce que j’apprécie en écoutant de la musique via un disque, c’est que le temps investi à sortir le CD de son boîtier, à le glisser dans le lecteur me fait me concentrer sur la musique qui va arriver. Cela apporte de la valeur à ce qui va se passer. C’est un rituel important. Comme se préparer pour un rendez-vous amoureux!

«

Penser à mon premier café suffit à me donner envie de sauter dans la vie»

Dans ce 12e album, «L’Envolée», vous avez conscience de la finitude, qui peut surgir n’importe quand.
Je vais avoir 53 ans! Ce que j’ai déjà vécu ne figure plus sur le menu de ma vie! J’ai déjà avalé les apéritifs depuis longtemps, l’entrée est finie aussi, je me trouve au milieu du plat de résistance. Ensuite, il reste le dessert, le café et puis l’addition. (Rires). La perspective de l’addition qui va m’être présentée me donne encore plus envie de profiter d’être vivant.

Qu’est-ce qui vous donne du plaisir?
Ça commence avec le café du matin! Penser à mon premier café suffit à me donner envie de sauter dans la vie. J’ai les plaisirs simples d’un type qui sait qu’il est assis sur un rocher qui pendouille dans l’éternité par le plus grand des hasards et qui est content d’être vivant. On a reçu du temps, il faut l’utiliser.
En fait, je suis comme un poisson rouge qui nage jusqu’à la vitre de son aquarium et qui se dit «oh! la vitre», puis qui se retourne et qui, voyant l’espace autour de lui, se dit, «ouh, l’océan». Je sais que notre temps est compté mais je l’oublie pour en profiter!

Avez-vous essayé de faire de vos fils des musiciens?
Pas du tout. Mon objectif était d’en faire des hommes ouverts et épanouis. Le plus jeune, qui a 13 ans et vit encore avec moi, sait qu’il pourra suivre ses aspirations: faire le meilleur pain du village s’il en a envie, ou fabriquer de bonnes chaussures ou se mettre à la batterie. L’important est qu’il soit réceptif à ce qu’il ressent et aux opportunités que la vie lui offre.

Comment percevez-vous la jeune génération, vous qui avez eu 20 ans en 1980 et avez participé au mouvement de contestation de la jeunesse zurichoise?
Ce que je remarque est que cette génération fonctionne intellectuellement différemment d’un type de mon âge. Face à une question, elle ouvre son iPad, se connecte à Wikipedia et trouve immédiatement la solution. Ma génération ne trouvait la réponse que grâce à l’accumulation de savoirs dans son cerveau.
La jeune génération peut garder la tête vide, car elle a sous le bras, via un iPad, une deuxième tête, qui est liée à tout, tout de suite. Du coup, elle parvient à faire des liens inédits, aller de A à E sans passer par B, C et D, ce que je faisais. Cela débouchera peut-être sur des propositions intéressantes.

Etes-vous content d’être né au milieu du XXe siècle?
Pour l’élégance vestimentaire, je suis né 200 ans trop tard… Je regrette la manière dont les hommes s’habillaient au XIXe siècle. J’aimais bien aussi que les gens se vouvoient. Pour d’autres aspects, je suis né 200 ans trop tôt: j’aimerais bien savoir comment on vivra au XXIIe siècle! Mais ma philosophie est de ne pas me plaindre des choses qu’on ne peut pas changer. Donc, j’accepte et finalement, cela me va de vivre aujourd’hui!

Stefan Eicher

L'été d'une grande tournée

Un 12e album. «L’Envolée» (Barclay) contient douze titres, neuf en français, trois en bernois. Soucieux de chanter des textes de qualité, Stephan Eicher continue de faire appel à des plumes littéraires, l’écrivain français Philippe Djian pour des textes en français et l’écrivain suisse Martin Suter pour ceux en suisse allemand.
On the road again. Une tournée fastueuse: cent dates sont prévues pour la tournée de «L’Envolée» qui passe par la Suisse, la France et la Belgique. Stephan Eicher sera notamment le 26 juin au Théâtre du Léman à Genève, au Théâtre du Jorat à Mézières (VD) les 27 et 28 juin et le 10 juillet à Zurich.
Anniversaire. Stephan Eicher soufflera sur 53 bougies le 17 août prochain. Il vit en France, en Camargue. Il a deux fils.

www.stephaneicher.com

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 24.06.2013, 00:00 heure

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