Sting, de son vrai nom Gordon Matthew Thomas Sumner (65 ans), ici en concert à Las Vegas cet automne.

«Ma stratégie de vie, être optimiste»

Interview Sting sort un très beau disque rock et engagé. Il nous parle de sa vie, de la musique, de sa perception du monde. Et de sa manière de se remettre en question.

Pourquoi revenez-vous au rock dans cet album «57th & 9th», qui sortira dans les bacs le 11 novembre ?
Pour surprendre. J’enregistre des disques ésotériques et curieux depuis une décennie;  les gens présumaient sans doute que j’allais continuer dans cette veine.
Quand j’écoute de la musique, j’ai envie d’être étonné. Alors quand je compose, je veux aussi choquer un petit peu
le public.

Mais en fait, arrivez-vous à vraiment encore vous surprendre après toutes ces années?
La musique attise beaucoup ma curiosité et je m’investis  vraiment dans son apprentissage, dans l’idée de devenir un meilleur musicien.
On n’arrive jamais tout à fait au bout d’une telle démarche. Je vais donc continuer dans cette voie tant que j’en serai capable.

Vous avez été inspiré par un rêve pour composer votre plus grand tube, «Every Breath You Take». Vous torturez-vous aujourd’hui pour trouver l’inspiration d’écrire?
Pour quelqu’un comme moi, c’est important de sortir de sa zone de confort. Je mène une vie très aisée. Je marche tous les jours pour aller au boulot. Mon studio est juste à une quinzaine de pâtés de maisons de mon appartement et je transporte ma guitare.
Quand j’écris chez moi, je m’oblige à rester dans le froid sur ma terrasse jusqu’à ce que j’aie terminé une chanson. Travailler pendant qu’on me fait les ongles et qu’on me masse le dos ne donne pas de bons résultats!

Le voyage est un thème central de votre nouveau disque. Pourquoi?
J’ai probablement voyagé plus que n’importe qui sur cette planète, ou en tout cas plus qu’un pilote de ligne qui vole depuis 45 ans.
Ma chanson la plus personnelle dans cet album est sans doute «Heading South On The Great North Road».
The Great North Road est la route principale que l’on doit emprunter pour sortir de Newcastle. Si tu recherches une vie différente, tu dois te diriger vers le sud sur cette route. C’est ce que j’ai fait et ce qu’ont fait aussi Mark Knopfler et Brian Johnson, des musiciens de ma ville. Nous sommes partis pour faire tourner la chance et découvrir qui nous étions.

Où voyagez-vous à présent pour oublier qui vous êtes?
Je me rends souvent en Inde et au Népal. J’aime emprunter la route des pèlerins. J’ai marché jusqu’aux sources du Gange et de la Yamuna, dans l’Himalaya. Et j’ai dormi au bord de la route au milieu de pèlerins qui n’avaient pas la moindre idée de qui j’étais. Dans ce type d’expériences, j’oublie totalement que je suis une rock star et que je suis célèbre. C’est un grand soulagement quelquefois! Même si j’aime qui je suis et que j’en éprouve de la reconnaissance, parfois on a besoin de prendre des vacances de soi.

Vous évoquez la crise des migrants sur l’envoûtante ballade «Inshallah». Quel est votre avis sur la question?
Je n’ai pas de solution politique au problème. Je ne pense pas que cette crise disparaîtra la semaine prochaine. Elle va se poursuivre pendant que la guerre continue. Ces gens-là ont un droit à la sécurité. Si tu vis en Afrique dans la pauvreté totale, c’est normal de vouloir t’enfuir. Tu prends un bateau de la Libye à l’Italie ou de la Turquie à la Grèce. S’il existe une solution, elle ne peut trouver sa source que dans l’empathie pour ces migrants. Il faut mettre un visage sur ces chiffres abstraits, t’imaginer toi-même, ta femme et tes enfants sur ce bateau fuyant un danger mortel. Qu’est-ce que tu ressens? C’est ce que j’imagine dans cette chanson.

«

Même si j’aime qui je suis, parfois on a besoin de prendre des vacances de soi »

Sting, de son vrai nom Gordon Matthew Thomas Sumner (65 ans)

Vous militez pour les droits de l’homme depuis plus de 30 ans. Êtes-vous découragé en observant tout ce qui se passe dans le
monde aujourd’hui?
Ma stratégie dans la vie est d’être optimiste, et elle n’a jamais changé. Je pense que c’est la meilleure attitude à adopter.
Mais il devient de plus en plus difficile de rester optimiste, je l’avoue.

Mais pensez-vous que la situation s’est vraiment empirée par rapport à dix ou vingt ans, ou est-ce juste une question de perspective?
On peut voir les choses de deux manières différentes. Nous recevons plus d’informations aujourd’hui parce que nous sommes immédiatement connectés au monde entier et aux médias.
On est au courant de tout ce qui se passe dans le monde alors qu’avant des milliers de gens pouvait mourir sans qu’on l’apprenne. Peut-être qu’il y a en fait moins de violence dans le monde maintenant et que nous sommes plus civilisés.
Peut-être que des aberrations comme la guerre en Syrie représentent un pas en arrière avant que le progrès ne reprenne son cours.
Ça, c’est ma réponse optimiste. Ma réponse pessimiste, c’est que le monde est foutu! Je ne sais pas trop quoi faire à part chanter des chansons.

Où vous sentez-vous chez vous?
Je me sens chez moi là où se trouvent ma femme et mes enfants. Et cela semble être New York depuis environ une décennie. Mais j’ai beaucoup vécu ici.
Je suis toujours citoyen britannique, même si j’ai voté pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Je pense que le Brexit est une erreur. Cela dit, j’aime notre monarchie constitutionnelle. Notre reine n’a aucun pouvoir, aucun talent particulier. Elle est juste un symbole, un filet de sauvetage constitutionnel qui empêche le gouvernement de devenir trop puissant. Je pense qu’elle est assez humble.

Vous ruminez sur la mort et l’immortalité dans «50’000»…
Je chante ce titre de mon point de vue: une rock star qui a déjà vécu la majorité de sa vie et qui voit ses collègues mourir. Ils ont été nombreux à disparaître cette année et cela m’a fait sérieusement prendre conscience de ma mortalité.

Vous est-il arrivé de mettre en garde des collègues à haut risque contre les dangers qu’ils encouraient?
J’ai collaboré étroitement avec des gens qui étaient à haut risque de par leur consommation d’alcool, de drogues ou leur style de vie en général.
Nous avons discuté de ces problèmes d’addiction, des choses qui te foutent en l’air. C’est mon job en tant que leader d’un groupe.
Mais je n’étais pas en mesure d’appeler Prince pour lui dire d’arrêter de prendre ces médicaments. C’est tragique.
Tu sais, c’est un métier à haut risque.

Avez-vous pu éviter ces tentations et ces dangers liés à votre métier?
Non, je n’ai pas été à l’abri de tous ces dangers mais fort heureusement, je n’ai pas une personnalité addictive. Cela dit, je suis accro au boulot. Je sublime mes obsessions dans mon travail.

Le chanteur et musicien Sting: il a été instituteur, il est aussi acteur.

Une icône de la pop

Avec plus de 100 millions d’albums vendus en solo et avec son groupe The Police depuis ses débuts en 1977, Sting (65 ans) est une icône de la pop britannique. Après plusieurs disques expérimentaux, il revient avec « 57th & 9th » (Universal Music, sortie le 11 novembre). Un album pop-rock très réussi dont le titre renvoie au carrefour de la 57e Rue et de la 9e Avenue à New York que le musicien traversait tous les jours pour aller au studio. C’est à Manhattan que l’auteur de «Englishman in New York» vit depuis des années avec sa femme, Trudie Styler, et leurs quatre enfants. www.sting.com

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Miguel Cid

Rédacteur

Photo:
Eric Ryan Anderson/DR
Publication:
lundi 07.11.2016, 14:25 heure



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