Ni trop ni trop peu! Des muscles bien dessinés représentent un certain idéal de beauté.

Super forme(s): une quête qui interpelle

Fitness Les muscles l’emportent désormais sur la minceur dans l’idéal esthétique collectif. Le but est d’avoir un corps parfait, avec les risques de dépendance que cela implique.

Tout le monde, ou presque, rêve d’avoir un corps parfait. Cet idéal, qui désigne avant tout un corps athlétique et très musclé, s’applique à tous, hommes et femmes, jeunes et plus âgés. La tendance consiste à mener une vie aussi saine que possible, à modeler son corps et à surveiller son alimentation.
D’après une étude de l’Office fédéral du sport de Macolin en 2014, en Suisse, une personne sur six se rend régulièrement dans un fitness. Le mode de vie sportif séduit toujours plus dans notre pays. Parmi les personnes interrogées, 44% des sondés âgés de 15 à 74 ans déclaraient ainsi pratiquer une activité physique plusieurs fois par semaine, pendant une durée totale d’au moins trois heures. C’est 10% de plus par rapport au début des années 2000. Cette évolution peut être résumée simplement: la population suisse fait de plus en plus de sport parce qu’elle compte de plus en plus de grands sportifs. La proportion de réfractaires au sport reste en revanche stable, tandis que les sportifs occasionnels disparaissent peu à peu.

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Le culte de la maigreur s’est essoufflé»

Fabricio Pelaez (27 ans), coach sportif et champion de culturisme

S’entraîner plutôt que s’affamer

Si le souci de la performance et l’esprit de compétition étaient les moteurs à l’origine de nos exploits sportifs par le passé, les motivations qui nous animent aujourd’hui sont différentes. Fondamentalement différentes. Plus de la moitié des personnes interrogées ont cité «l’amélioration de leur apparence physique via le sport» comme objectif principal. À première vue, une évolution positive: un corps sain est mieux perçu qu’un corps maigre. Dépassés aussi, les concepts du thigh gap (écart entre les cuisses) et du bikini bridge (os des hanches saillants). Ces tendances, qui étaient encore considérées comme dangereuses dans les médias et sur les réseaux sociaux il n’y a pas si longtemps, ont désormais disparu et ne font plus rêver.
Coach sportif, Fabricio Pelaez observe aussi ce changement. «Le culte de la maigreur et de la taille zéro s’est essoufflé. Les gens sont maintenant convaincus qu’une silhouette élancée ne s’obtient pas en s’affamant, mais à force d’exercices difficiles.» Le champion suisse de culturisme 2014 constate également que ses clients sont plus jeunes: «Il y a quelques années, la moyenne d’âge dans les salles de sport était de 25 ans. Aujourd’hui, on voit arriver des ados déjà soucieux de développer un corps à la musculature aussi parfaite que possible.»
Nicole Hättenschwiler a atteint cet objectif ultime, même si l’athlète de 29 ans précise qu’elle est actuellement «en saison off», c’est-à-dire qu’elle ne se prépare pas en vue d’une compétition. La jeune femme pratique la musculation depuis deux ans et demi.
Lors des championnats suisses de culturisme de 2015, elle s’est hissée sur la deuxième marche du podium dans la catégorie «Bikini +169 cm». Il s’agit d’une catégorie dans laquelle quelques rondeurs féminines peuvent faire toute la différence. «Il ne faut donc pas avoir trop de muscles.»

La branche du fitness est en plein essor. Un Suisse sur six est membre d’un club.

Le revers de la médaille

La compétition n’est toutefois pas la priorité pour Nicole Hättenschwiler. Ce qui la fascine, c’est avant tout le mode de vie sportif, cette véritable quête de santé. Psychologue de formation, elle veille à avoir une alimentation équilibrée, essentiellement «riche en calories, soit exactement l’inverse des régimes amincissants».
Son programme d’entraînement au centre sportif Fit-life de Berne comprend quatre à cinq sessions par semaine, au cours desquelles Nicole fait attention à ne pas dépasser les 75 minutes d’effort. Est-ce que c’est difficile? «Parfois.» Nicole Hättenschwiler fait partie de cette génération qui se soucie de son corps, le façonne de façon ciblée et en tire une grande fierté.
Tout cela est bien beau, le sport étant une activité saine. Cependant, toute médaille a son revers. Et ça se corse quand la motivation vire à l’obsession. Sculpter son corps devient alors une addiction et la recherche de reconnaissance virtuelle via la publication de selfies sur Instagram prend la forme d’un objectif de vie. Pas étonnant. Les taux d’audience des émissions TV qui mettent en scène des mannequins faméliques, comme le programme allemand Germany’s next Topmodel avec Heidi Klum, sont au plus bas, tandis que les blogueurs de fitness ne cessent de se multiplier. Ils instillent dans l’esprit des internautes crédules l’image de leur corps parfaitement modelé, qu’ils exposent dans des vidéos sur Youtube. Ils martèlent le même credo à leurs nombreux admirateurs: «Entraînez-vous dur, accrochez-vous et changez votre alimentation! En un rien de temps, vous aurez le même corps que nous.»
Or, ce genre de mantras s’apparente à une propagande dangereuse, car tous les corps ne sont pas égaux. De plus, bien souvent, ces personnes n’ont pas les connaissances professionnelles nécessaires.

Nicole Hättenschwiler (29 ans)

Nicole Hättenschwiler (29 ans)
Nicole Hättenschwiler (29 ans)
«

C’est surtout le style de vie qui me fascine»

Nicole Hättenschwiler (29 ans), psychologue et vice-championne suisse de bodybuilding 2015

Un problème pour les femmes

Fabricio Pelaez confirme: «Bon nombre de ces gourous autoproclamés ont effectivement un corps athlétique, mais ne connaissent rien aux bases du sport.» Selon lui, la plupart de ces «spécialistes» ne disposeraient d’aucune formation professionnelle. En proposant des exercices inadéquats, ils risquent d’endommager le corps. De son côté, la psychologue Nicole Hättenschwiler estime qu’il faut tenir compte de la dimension mentale: «Je trouve que les images de corps parfaitement musclés postées sur Instagram sont surtout problématiques pour les femmes.» Le corps féminin ne peut en effet pas ressembler à ces images 365 jours par an. «Cela aurait de graves conséquences sur la santé. Ces photos véhiculent une vision tronquée de la réalité, qui incite de nombreuses admiratrices à s’engager dans une voie erronée.» L’athlète sait de quoi elle parle. Juste avant et pendant une compétition de bodybuilding, la jeune femme pèse six à sept kilos de moins que son poids moyen.

Nicole  Hättenschwiler soulève de la fonte.

Nicole  Hättenschwiler soulève de la fonte.
Nicole  Hättenschwiler soulève de la fonte.

Jusqu’à l’épuisement

Au premier rang de ces gourous sportifs au succès viral figure Kayla Itsines. Cette Australienne fédère sur son compte Instagram près de cinq millions d’adeptes, qu’elle met à l’honneur en postant des photos de métamorphoses impressionnantes. Ces images montrent comment les adeptes de sa méthode parviennent à transformer leur silhouette en suivant ses instructions. Une démarche à double tranchant. Bon nombre de femmes qui voient ces images de corps musclés s’entraînent ensuite jusqu’à l’épuisement dans les salles de sport et grignotent des feuilles de laitue pour parvenir à obtenir le corps de leurs rêves. Un idéal qui a inspiré au médecin anglais Henry Kimpton le concept d’instarexie, contraction des mots Instagram et anorexie. Henry Kimpton compare la frénésie sportive qui s’est emparée du Net à des phénomènes tels que l’anorexie et la boulimie, résultant de l’injonction d’avoir un corps parfait, peu importe le prix à payer.
Dans le sport comme dans bien d’autres domaines de la vie, l’essentiel est de trouver un juste milieu. Tous les corps ne doivent pas ressembler à celui d’un professionnel du sport. En faisant preuve d’une ambition démesurée, on risque surtout de se faire du mal.

Entraîner son corps ne doit pas virer à l’obsession.

Métamorphose

Voilà à quoi ressemble la bobybuildeuse Nicole Hättenschwiler lors de la compétition. Elle pèse alors 7 kilos de moins que son poids annuel moyen. Pour sa préparation, la jeune femme se fixe un but précis et collabore avec le coach professionnel Burak Olgun. L’accent est principalement mis sur ses points faibles. L’objectif n’est pas de battre des records en s’entraînant sur les machines. Une exécution contrôlée s’avère essentielle pour minimiser le risque de blessure. L’alimentation joue bien sûr un rôle primordial. Elle doit être équilibrée avec une prise calculée d’hydrates de carbone, de graisses et de protéines.

Activité physique

Chaque semaine

Source: Office fédéral du sport; infographie Niki von Almen

Fitness

Calisthenics

Du grec «kalos» (beauté) et «sthénos» (force).
Entraînement physique en plein air avec pour seule résistance son propre poids. On utilise murs, barres et mobilier urbain pour réaliser ses exercices de musculation.

Pilates

Exercices physiques inventés par Joseph Pilates. Ils visent le développement des muscles profonds, l’amélioration de la posture et l’assouplissement.
L’entraînement comprend des exercices de respiration et du stretching.

Crossfit

Méthode d’entraînement (et compétitions) de plus en plus populaire qui allie exercices de force (poids), sprints et gym. Les exercices se succèdent rapidement et avec une haute intensité.

Présentation du CrossFit (courte):

Présentation du CrossFit (longue):

www.crossfit.com

.

Freeletics

Tout le corps est entraîné grâce à un enchaînement de mouvements avec une haute intensité. Ressemble au Crossfit à la différence notable qu’aucun engin ni poids n’est utilisé.

«Le sport est devenu plus important»

Roland Seiler, Professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Berne

Roland Seiler, Professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Berne
Roland Seiler, Professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Berne

Comment la pratique individuelle du sport a-t-elle évolué au cours des dernières années?
Le sport a sans aucun doute gagné en importance dans notre société. Les gens bougent beaucoup plus qu’il y a quinze ans, que ce soit pour faire un jogging quotidien ou en se rendant à la salle de sport.

L’esprit de compétition s’efface au profit de la recherche du bien-être et d’un corps idéal... Comment l’expliquer?
De nos jours, la notion de compétition est omniprésente, que ce soit au niveau du travail, du revenu ou du statut social. Je pense que ça explique en partie pourquoi de plus en plus de gens préfèrent ne pas intégrer cet aspect dans le sport.

Les sports d’équipe ont moins de succès face aux programmes de fitness. Quelles sont les conséquences de cette évolution sur notre comportement social?
La salle de sport favorise évidemment moins les interactions avec les autres qu’un terrain de football! Le cadre est parfois même à la limite de l’autisme. Les sportifs portent des écouteurs et n’interagissent avec leur environnement que pour passer d’une machine à l’autre.

Cette tendance ne favorise-t-elle pas l’isolement?
Pas forcément. Dans le cadre du sport universitaire, les cours de fitness servent souvent à nouer des contacts, par exemple quand des étudiants sont fraîchement débarqués dans une grande ville, en raison de leur choix de filière. Bien entendu, si le seul objectif est de se modeler un corps d’Apollon, la dimension sociale est limitée.

Ce cliché du corps musclé, avec ses abdos parfaits, est toujours plus populaire. Quels sont, d’après vous, les dangers de cet idéal?
Le sentiment d’insatisfaction vis-à-vis de son propre corps résulte avant tout des projections véhiculées par les médias. Aujourd’hui, seuls les corps aux muscles parfaitement dessinés sont considérés comme beaux. Cela pousse certaines personnes à travailler avec encore plus d’acharnement pour se rapprocher des corps idéaux présentés dans la pub.

Comment remédier à ce problème?
Il faudrait que tous les magazines people qui mettent exclusivement en scène la vie des gens beaux et célèbres se remettent en question. Ces magazines créent en effet une image du corps idéal qui ne correspond pas à la réalité pour la plupart des gens. Cependant, il s’agit d’une tendance étendue à l’ensemble de la société et qu’il est donc difficile de freiner à l’heure actuelle.

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Texte: Andreas Eugster

Photos: Heiner H. Schmitt

Publication:
lundi 18.04.2016, 14:30 heure



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