Chaque semaine, les ados font du sport à l’hôpital Beau-Séjour de Genève.

Surpoids: bouger pour se sentir mieux

Santé La fondation Sportsmile accompagne de jeunes Romands en surpoids. Témoignages d’ados qui font du sport chaque semaine à Genève. Une spécialiste livre son éclairage.

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Ici, les adolescents se sentent à l’aise car c’est très ludique »

Aurélie Martin, 26 ans, maîtresse de sport

Comme chaque jeudi soir, un groupe d’ados âgés entre 12 et 18 ans se retrouvent dans l’une des salles de gym de l’hôpital Beau-Séjour, à Genève. Ils bougent avec la fondation Sportsmile, qui organise des cours et des camps en Suisse romande pour des jeunes atteints de surpoids ou d’obésité (excès de poids qui présente un risque pour la santé).
Le manque d’activité physique et une mauvaise alimentation sont deux causes majeures de ce grave problème de santé publique. Aujourd’hui, la leçon est donnée par la maîtresse de sport Aurélie Martin (26 ans). «Les adolescents ont tous le même problème et font du sport ensemble. Psychologiquement, c’est mieux. Ici, ils se sentent à l’aise car c’est très ludique et il n’y a pas l’aspect compétition. C’est plus stimulant et ça leur donne confiance.»
Pour débuter cette heure et demie d’activité physique, tours de terrain et exercices d’assouplissement. Les jeunes s’activent dans la bonne humeur. Après avoir joué à la balle brûlée, deux groupes sont formés et une partie de frisbee commence. Les ados se dépensent tout en rigolant. Deux participantes vont courir sur des tapis roulants, d’autres font un double au badminton. Deux garçons se mesurent au ping-pong pour conclure cette leçon de gym.

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Source: Union suisse des paysans/Agristat, chiffres 2013

Victime de moqueries

Parmi les huit participants, il y a Fanny* (14 ans). Elle a suivi quelques mois le programme de soins Contrepoids des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), conçu pour la prévention et le traitement du surpoids: «C’était intéressant. Je fais plus attention à ce que je mange et davantage de sport. J’ai perdu 6-7 kg. C’est déjà bien mais je veux perdre encore un peu. Je fais de mon mieux. Avant, je grignotais quand je m’ennuyais; je le fais moins.» L’ado a été victime de moqueries à l’école primaire: «On m’a embêtée à cause de mon poids. J’étais seule. Ça m’a blessée. Aujourd’hui, ça va mieux, il y a un respect et les grands sont plus matures.» La jeune femme tient à souligner que les conséquences du harcèlement peuvent être graves: «On se moque des autres car ils sont différents. Ça peut être traumatisant. Il faut être conscient du mal qu’on peut faire: des jeunes vont jusqu’à mettre fin à leurs jours!»

Les jeunes jouent au frisbee.

Possibilité de se dépenser à fond

Autre participante, Sophie* (12 ans) a commencé les cours de gym avec Sportsmile fin 2015: «J’aime me dépenser à fond! Je faisais aussi du basket mais j’ai arrêté. J’aime le sport ici car il n’y a pas de compétition.»
L’adolescente mesure 1 m 66 pour 72 kg. «Je m’accepte comme je suis mais j’aimerais perdre quelques kilos. J’ai fait le programme Contrepoids et j’ai appris des choses sur l’alimentation. Ne pas prendre trop de sucre ni trop de sel. Je n’aime pas trop le sucré de toute façon. J’ai réussi à réduire.»
L’un des trois garçons du groupe, Jacques* (12 ans et demi) a suivi pendant un an le programme des HUG sur conseil de son médecin. L’adolescent a ensuite perdu 7 kg en un an. Il mesure 1 m 58 et pèse 53 kg. Est-il satisfait de son poids? «Ça me va comme ça!»
Il apprécie le sport et en pratique plusieurs. A-t-il changé ses habitudes alimentaires grâce au programme? «Non, ma maman cuisine très équilibré. J’ai juste remplacé les jus multifruits par de l’eau aux repas de midi.»
Avec Sportsmile, il pratique la gym et la natation. Il participe aussi à un groupe de parole. «J’aime faire du sport avec mes amis ici», explique l’ado qui n’a jamais subi de moqueries à propos de son physique. Preuve que le sujet reste sensible toutefois, ces trois jeunes souhaitent témoigner anonymement.

En 2015, 90 jeunes ont participé aux cours de sport de Sportsmile.

Dix-neuf cours chaque semaine

La fondation Sportsmile, qui promeut sport et alimentation équilibrée auprès des jeunes en excès de poids, a fêté ses 10 ans en 2015. Plus de 500 enfants ont participé à l’un des 29 camps qu’elle a mis sur pied. Elle propose, dans plusieurs villes romandes, 19 cours hebdomadaires qui permettent aux enfants et ados en surpoids de bouger. L’année passée, 90 jeunes y ont participé, soit 31 de moins qu’en 2013. Selon la pédiatre Nathalie Farpour-Lambert, fondatrice de Sportsmile, plusieurs facteurs expliquent cette baisse: «L’obésité n’est pas toujours reconnue comme une maladie chronique et les parents ne sont donc pas conscients de l’importance de débuter une prise en charge précoce et d’encourager le mouvement. Les enfants atteints d’obésité souffrent de moqueries, voire de harcèlement à l’école, ce qui entraîne un isolement. Il est donc difficile de les attirer dans des cours en groupe et de leur redonner confiance.»

Surpoids et obésité en suisse

En vingt ans, le nombre de cas chez les 15 ans et plus a bondi

Source: enquête suisse sur la santé, OFS 2012; infographie: Niki von Almen

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L’activité physique joue un rôle déterminant»

Dre Nathalie Farpour-Lamber, fondatrice de Sportsmile et responsable du programme Contrepoids des HUG.

Dre Nathalie Farpour-Lamber, fondatrice de Sportsmile et responsable du programme Contrepoids des HUG.
Dre Nathalie Farpour-Lamber, fondatrice de Sportsmile et responsable du programme Contrepoids des HUG.

Comment expliquez-vous l’augmentation du nombre de personnes en surpoids ou obèses en Suisse, en particulier chez les jeunes?
Le surpoids touche plus de 40% des adultes et 19% des enfants en Suisse. Cette tendance croît encore chez les adultes alors qu’elle se stabilise chez les jeunes. Les individus sont trop souvent rendus responsables de leur surpoids alors que l’environnement joue un rôle déterminant. Certains facteurs génétiques favorisent une prise de poids excessive lorsque les individus vivent dans un environnement qui promeut une alimentation déséquilibrée, riche en graisses et en sucres, un manque d’activité physique et de sommeil, et du stress.

Que faire pour contrer ce phénomène?
D’une part, l’industrie agro-alimentaire doit favoriser la consommation d’aliments de qualité plutôt que la quantité. Il faut améliorer le contenu des produits en réduisant le taux de sucres ajoutés et de graisses saturées, favoriser l’accès aux fruits, légumes et autres aliments riches en fibres. Les sodas sucrés contribuent à l’épidémie d’obésité chez les enfants et certains pays ont mis en place une taxe avec des résultats intéressants sur la consommation (France, Mexique). L’eau du robinet devrait être le premier choix pour tous! D’autre part, l’activité physique doit être encouragée.

En 2015, Coop s’est engagée avec d’autres acteurs de l’alimentaire à baisser le taux de sucre dans ses yogourts.
C’est un premier pas pour la santé de la population suisse! Sachant qu’environ 80% des produits alimentaires transformés par l’industrie contiennent des sucres ajoutés, il faut maintenant appliquer cette diminution à d’autres articles afin de réduire l’apport calorique global et de réduire le risque de caries. Il est également essentiel d’améliorer l’étiquetage des produits afin que les consommateurs puissent mieux comprendre le contenu en graisses saturées et en sucres ajoutés et ainsi faire le bon choix pour leur santé. La promotion des aliments riches en énergie et pauvres en nutriments destinés aux enfants devrait être interdite. Finalement, il est indispensable que tous les acteurs de l’industrie agro-alimentaire se coordonnent, comme ils l’ont fait pour les yogourts sucrés.

Constatez-vous des résultats probants parmi vos jeunes patients qui suivent le programme Contrepoids aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)?
Le traitement du surpoids est difficile et prend plusieurs années. L’objectif chez l’enfant est de limiter la prise de poids annuelle à 1 ou 2 kg, tout en favorisant une bonne croissance et le bien-être. Comme le surpoids tend à toucher plusieurs membres d’une famille, la prise en charge consiste à encourager des changements d’habitudes de vie familiales (alimentation équilibrée, sport, etc.) et de les maintenir à long terme. L’activité physique joue un rôle déterminant dans le traitement, en renforçant la condition physique et l’estime de soi, tout en diminuant les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires et de diabète. La motivation des parents est essentielle! Plus le traitement débute tôt, plus les chances de succès sont importantes. Il faut donc investir dans la prévention chez les jeunes.

Les jeunes issus de milieux modestes sont plus touchés par les problèmes de surpoids selon une étude récente de l’EPFL et des HUG. Comment l’expliquez-vous?
Le risque de surpoids augmente de deux à trois fois chez les jeunes issus de familles précarisées en raison d’un accès limité à des aliments sains et à l’activité physique, essentiellement pour des raisons financières.

Journée „Bougez, bougez“

Sportsmile organise une journée de présentation „Bougez, bougez“, avec activités ludiques et sportives (gratuit), le 30 avril 2016 (10h-17h), à la GEMS World Academy Switzerland, à Etoy (VD).

Spécialistes à l’écoute

Adresses pour les jeunes Romands
En Suisse romande, outre la fondation Sportsmile (www.sportsmile.ch) et le programme Contrepoids des HUG (www.hug-ge.ch/contrepoids), le canton de Vaud propose le site www.a-dispo.ch, qui offre conseils et adresses ainsi qu’une ligne téléphonique pour les jeunes en excès de poids. Dans le canton de Neuchâtel, le site www.rond-point.ch regroupe les différents acteurs dont le programme thérapeutique Éq’kilo (www.eqkilo.ch).

Système de monitorage alimentation et activité physique de l’Office fédéral de la santé publique.

http://www.bag.admin.ch/themen/ernaehrung_bewegung/05190/?lang=fr

Enquête suisse sur la santé 2012: surpoids et obésité

http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/14/02/02/dos/02.html

Calcul de l'IMC

Calcul de l’IMC (indice de masse corporelle): il établit un rapport entre le poids et la taille d’une personne. IMC = poids en kilos / (taille en mètre) au carré.

Insuffisance pondérale: moins de 18,5 kg / m2.

Poids normal: 18,5 à 24,9 kg / m2.

Surpoids: 25 à 29,9 kg /m2.

Obésité: plus de 30 kg / m2.

À noter que l’IMC ne s’applique qu’aux adultes et que d’autres définitions s’appliquent aux enfants et adolescents. L’IMC ne donne qu’une estimation indirecte de la masse adipeuse et ne fait pas la différence entre masse graisseuse et masse musculaire.

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno, SP
Publication:
lundi 07.03.2016, 14:15 heure



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