Le téléphérique Palfries (longueur: 3043 mètres, dénivellation: 1248 mètres) conduit de l’arrêt de bus Ragnatsch, sur la route principale Sargans-Flums (SG), jusqu’au plateau de Palfries. Celui-ci comprend des sentiers pédestres de toutes difficultés. Réservation indispensable. www.palfriesbahn.ch

Suspendu entre ciel et terre

Patrimoine À l’instar des lacs et des montagnes, les petits téléphériques font partie du paysage suisse. Bon nombre sont menacés. Des bénévoles s’engagent pour les sauver.

On en rêvait, mais plus personne ne croyait vraiment, il y a quelques années encore, que le téléphérique de Palfries, près de Sargans (SG), allait un jour reprendre du service. Plus personne sauf une poignée de bénévoles enthousiastes. Sans jamais perdre espoir, ils se sont battus pour sauver cette remontée mécanique construite pendant la Seconde Guerre mondiale par l’armée pour approvisionner la forteresse de Sargans, perchée au-dessus de la vallée. L’année 1998 a toutefois sonné le glas de cette infrastructure. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté de certains habitants de la région. Profondément attachés à ce téléphérique, ils ont fondé une association pour le maintenir.

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Conforme aux normes de sécurité

Markus Walser et 60 bénévoles…

Markus Walser et 60 bénévoles…
Markus Walser et 60 bénévoles…

«On a le sentiment qu’il a été construit pour l’éternité. Sa dernière mise à jour technique par l’armée remonte à 1980, explique le président de l’association Markus Walser (44 ans). Le Concordat intercantonal sur les téléphériques et les téléskis (CITT) chargé du contrôle des remontées mécaniques transportant huit personnes au maximum certifiait, en 2011, que le téléphérique remplissait toutes les exigences de sécurité.»
Une fois la procédure de reconversion terminée – après quinze ans! – , le CITT a imposé des conditions inattendues. Les exploitants de remontées mécaniques ont dû, par exemple, prouver au moyen d’un certificat géologique que la station du haut était stable. Et cela bien qu’aucune fissure dans les murs ni mouvements suspects du terrain n’aient été constatés, comme l’atteste Markus Walser. Ce qui a entraîné une fois de plus des retards et des coûts.

… vendent des tickets à l’ancienne.

… vendent des tickets à l’ancienne.
… vendent des tickets à l’ancienne.

Réserver longtemps à l’avance

«Grâce à la ténacité d’innombrables bénévoles et à des dons généreux, nous avons tout de même fini par y arriver au bout de dix-huit ans: l’hiver dernier, nous avons obtenu l’autorisation de remettre le téléphérique en service.»
Aujourd’hui, il marche à plein régime. Ceux qui veulent s’assurer une place dans les nacelles conçues pour huit personnes doivent la réserver longtemps à l’avance. L’ascension en téléphérique nous fait comprendre sa popularité: les Churfirsten (chaîne de montagnes des Préalpes appenzelloises) à hauteur des yeux, le scintillement du lac de Walenstadt en contrebas et le regard qui survole les montagnes glaronaises, saint-galloises et grisonnes.
Malgré tout, une question se pose: pourquoi consentir autant d’efforts? Pour quelle raison une trentaine d’individus bénévoles, du maçon à l’ingénieur, s’engagent-ils pour maintenir le téléphérique en service? «Il s’agit d’une forme de tourisme local doux et d’un patrimoine culturel. Un peu comme le bateau à vapeur «Blüemlisalp» (ndlr: bateau à aubes naviguant sur le lac de Thoune)», répond Markus Walser.

Le téléphérique Brändlen (longueur: 1050 mètres, dénivellation: 750 mètres) est ouvert jour et nuit. Il dessert au départ de Wolfenschiessen (NW) les régions de randonnée de Bristen et Haldigrat. Ce téléphérique est une adresse bien connue des parapentistes. La ferme bio Brändlen propose aux visiteurs un dortoir, des rafraîchissements ainsi que de la viande fraîche et séchée. Les enfants de la famille Schmitter l’utilisent pour aller à l’école. www.berghof.ch

Pas de ferme sans téléphérique

Sans le téléphérique, la ferme d’Ueli Schmitter n’existerait pas.

Sans le téléphérique, la ferme d’Ueli Schmitter n’existerait pas.
Sans le téléphérique, la ferme d’Ueli Schmitter n’existerait pas.

Le téléphérique de Brändlen exploité par Ueli Schmitter transporte aussi des touristes. Mais pour cet agriculteur et sa famille vivant dans une ferme de montagne bio au-dessus de Wolfenschiessen (NW), le petit téléphérique bleu représente le trait d’union qui les relie au monde.
Ueli Schmitter est propriétaire du téléphérique. Il est également président de la Fédération des remontées mécaniques du canton de Nidwald. L’association réunit 28 propriétaires de téléphériques œuvrant tous pour la survie de leurs installations. En effet, la plupart des agriculteurs n’ont pas construit ces télécabines pour les touristes, mais parce qu’aucune route ne conduisait jusqu’à leur ferme. «Ainsi, nos enfants se rendent à l’école en téléphérique et même les bœufs sont conduits en nacelle chez le boucher.» En peu de mots, Ueli Schmitter a résumé la situation de son exploitation bio de 35 hectares.
Des directives de plus en plus sévères rendent toutefois la vie dure aux exploitants de remontées mécaniques. L’agriculteur cite comme exemple le contrôle obligatoire du système de suspension des cabines. «Autrefois, il s’effectuait tous les vingt ans, mais depuis 2011, c’est tous les huit ans. Et le déplacement du câble porteur coûte chaque fois environ 15 000 francs», constate-t-il. Cette opération sert à vérifier la solidité du câble et à modifier sa position de sorte que ce ne soit pas toujours la même partie qui repose sur le pylône. Cette mesure de sécurité était jadis imposée tous les vingt ans, comme pour le contrôle du système de suspension des cabines. Aujourd’hui, elle s’effectue tous les douze ans.
À toutes ces obligations s’ajoutent les frais d’entretien courants à hauteur d’à peu près 5000 francs par an. Les recettes touristiques ne rapportent en revanche, suivant le téléphérique, que de 2000 à 5000 francs. «Nous voulons des remontées mécaniques sécurisées et n’avons jamais eu d’accident dû à des problèmes techniques, précise l’agriculteur. Malgré tout, la réglementation est de plus en plus sévère, avec pour conséquence une énorme paperasserie.»

Le téléphérique Bannalp (longueur: 1509 mètres, dénivellation: 673 mètres) conduit d’Oberrickenbach (NW) au lac de Bannalp. Les promeneurs y trouvent un emplacement pour faire du feu. Région grandiose de randonnée, du Zwärgliweg au sentier des crêtes. Hébergement à la station du haut à l’auberge Bannalpsee. Plusieurs bistros d’alpage et auberges de montagne. www.bannalp.ch

La sécurité avant tout

Gilles Délèze, membre de la direction générale du CITT, comprend les soucis des propriétaires et exploitants de petits téléphériques: «Depuis 2006, les mêmes lois fédérales sont applicables à toutes les remontées mécaniques, peu importe qu’elles transportent 1000 personnes par heure ou huit passagers par jour.»
Le spécialiste ajoute que le CITT est toujours à la recherche d’une solution raisonnable. «Ce qui importe le plus, c’est la sécurité. Et lorsque nos représentants donnent leur accord pour l’exploitation d’un téléphérique, le CITT endosse une grande responsabilité.» L’organisme supervise 234 petits téléphériques, dont la majorité se trouve en Suisse centrale. Pourquoi sont-ils aussi nombreux là-bas? «C’est dû en premier lieu à la desserte. Les Grisons se sont en priorité décidés à construire des routes, tandis que la Suisse centrale a opté pour de petites remontées mécaniques.»
Restons dans le canton de Nidwald, région des téléphériques par excellence. La question de la desserte était également cruciale pour celui du lac de Bannalp à Oberrickenbach. «Pendant la crise économique mondiale des années 1930, les habitants de Nidwald étaient sans travail et ont imposé, malgré l’opposition du gouvernement, la construction du lac de retenue de Bannalp, loin au-dessus de la vallée. Le téléphérique actuel a alors servi de moyen pour transporter des matériaux», précise Urs Waser (42 ans), gérant de l’installation. Cette remontée mécanique conduisant à une région romantique et sauvage transporte de nos jours aussi bien des touristes, des provisions pour divers alpages et auberges que des bœufs. «Notre village de 200 habitants est absolument inimaginable sans le téléphérique de la Bannalp. Non seulement les Alpes, mais aussi les restaurants dans la vallée, les auberges de montagne, les bistros d’alpage sans oublier les employés du téléphérique vivent par lui.»
En 2006 cependant, une menace pour sa survie se dessine: les forces motrices cantonales ont construit un système de transport moderne souterrain pour atteindre les centrales électriques. Du coup, le téléphérique de la Bannalp devenait superflu.
Or, les citoyens d’Oberrickenbach avaient construit, en 1971, un téléphérique de plus grande taille, à usage rural et touristique: le Fell-Chrüzhütte. L’infrastructure appartient à une société anonyme (SA) dont presque chaque habitant de la région est actionnaire. «Cette SA a acquis l’ancienne installation et les deux remontées mécaniques se complètent aujourd’hui parfaitement», se félicite Urs Waser.
Les deux installations disposent d’une gestion et d’un personnel professionnels et de suffisamment de revenus pour satisfaire aux exigences du CITT. Mais la population d’Oberrickenbach ne s’enrichit pas pour autant: «Si nous survivons, nous avons déjà gagné», ajoute Urs Waser sur un ton laconique.

Le lac de Bannalp, au cœur d’une région romantique et sauvage.

Coup d’œil en Suisse romande

Selon Gilles Délèze, l’Étivaz et ses téléphériques d’alpage rénovés ou reconstruits sont un cas d’école. «Il fallait beaucoup d’argent pour les adapter aux normes techniques de 2014–2015 et le concordat a fait beaucoup d’efforts et de concessions.» Il relève également que ce type de téléphérique n’est utilisé qu’une à trois fois par jour et reste privé.
Les huit téléphériques ont été mis en service en 1974 et, au début des années 2000, ils arrivaient en bout de course.
Il a fallu plus de dix ans pour que les pourparlers entre le Service des améliorations foncières, la Commune de Château-d’Œx et Pro Natura Vaud débouchent sur la création d’un syndicat d’amélioration foncière.
Six téléphériques sont aujourd’hui à nouveau en service. Coût de l’opération: plus de 11 millions de francs, dont 95% subventionnés par la commune de Château-d’Œx, le canton de Vaud et la Confédération!

Il était une fois

L’histoire du téléphérique

Source Claude Gentil/www.seilbahn-nostalgie.ch

TI: remontée mécanique Verdasio-Rasa, Centovalli. Le funiculaire rejoint le dernier village tessinois sans voitures.

UR: téléphérique Spiringen-Ratzi, Spiringen. Construit en 1932 et entièrement rénové en 2003.

GR: téléphérique Älplibahn, Malans. Géré aujourd’hui par des bénévoles.

BL: téléphérique Wasserfallen, Reigoldswil. Fondé en 1955 par une entreprise d’autocars. Appartient aujourd’hui à une fondation qui l’exploite à but non lucratif.

VS: téléphérique St. Niklaus-Jungen, St. Niklaus. Géré par une coopérative et assurant une liaison avec l’alpe Jungen.

GL: téléphérique Niederurnen-Morgenholz, Niederurnen. Petit téléphérique construit en 1965.

SG: téléphérique Selun, Alt St. Johann/Starkenbach. Remontée mécanique unique en «caissons» vers le Wildmannlisloch.

AI: téléphérique Alp Sigel, Brülisau. Jadis construit pour desservir l’alpe, il sert aujourd’hui également au tourisme.

D’autres remontées mécaniques

www.seilbahn-nostalgie.ch
www.bergbahnen.org
www.myswitzerland.com/de-ch/bergbahnen.html

Magnifiques randonnées

Sentier découverte du téléphérique

Le sentier découverte du téléphérique est un circuit incluant de petites remontées mécaniques dans le canton de Nidwald et de beaux chemins de randonnée bien entretenus et fléchés. Adapté à tout le monde, il est particulièrement intéressant pour les familles avec enfants, le temps de marche étant court et les chemins aisés. Départ de Wolfenschiessen – station de départ de la remontée mécanique Berghof Brändlen – où des places de parking gratuites sont aménagées. Durée du circuit, de 4 à 5 heures,
mais 2 h 30 seulement vers Sinsgäu Bannalp.

www.engelberg.ch
texte:
Franz Bamert, avec la collaboration d'Alain Wey
Photo:
Yannick Andrea, Christian Perret, Keystone
Publication:
lundi 22.08.2016, 14:30 heure