Les producteurs de cacao coupent les plantes envahissantes de manière à ce que l’écorce des cacaoyers ne soit pas endommagée.

Telle une forêt: une autre manière 
de cultiver le cacao

Équateur Le cacao est souvent cultivé en monoculture, ce dont souffrent les cacaoyers et l’environnement. Avec son projet pilote en Équateur, Chocolats Halba cherche à modifier cette pratique.

Non, la plantation de cacao de Manuel Salazar ne porte pas très bien son nom. Des papayers et des citronniers s’élèvent entre les cacaoyers et un tapis vert de courges, de haricots, de maïs et de manioc recouvre le sol. Sous nos pieds crissent des branches et des troncs en décomposition. Arbres de toutes tailles, buissons et plantes basses poussent en harmonie. Une image bien différente du spectacle désolant de la ferme voisine: les cacaoyers y sont alignés les uns à côté des autres et quelques adventices se partagent le reste du sol.

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Les fruits des cacaoyers encore verts sur l’arbre... 

Comme dans un jardin

La ferme de Manuel Salazar, qui est située dans le sud-ouest de l’Équateur, n’est pas sans rappeler un jardin d’Éden, toujours vert et chaotique. C’est justement ce que cherchait cet agriculteur de 63 ans. Et ce paradis a un nom: l’agroforesterie dynamique. L’objectif de cette pratique est de planter des cacaoyers dans un environnement qui rappelle la forêt tropicale – le lieu d’origine de ces arbres.
L’agroforesterie dynamique compte encore peu d’adeptes en Équateur. «Dans de nombreuses régions, les grands arbres offrant de l’ombre sont malheureusement abattus au profit des monocultures», déplore Petra Heid, responsable de la communication et du développement durable chez Chocolats Halba. Les agriculteurs le font dans l’espoir d’obtenir de meilleurs rendements. Mais l’équation «plus de cacaoyers = plus de fruits» n’est pas correcte. «Comme les arbres à cacao n’ont que de courtes racines, la terre riche en humus disparaît dans les monocultures.» Après quelques années, plus rien ne pousse dans ces plantations, à moins d’épandre des engrais. Les arbres sont en outre sensibles aux maladies fongiques telles que la maladie du balai de sorcière. Or s’ils veulent acheter des engrais et des pesticides, certains agriculteurs doivent s’endetter. «Et lorsque les rendements reculent malgré tout, de nombreux paysans délaissent le cacao pour la culture du maïs ou de bananes», explique Petra Heid.

Aujourd’hui, le nichoir est suspendu à une puissante branche d’un vénérable noyer. «Nous l’avons posé au printemps 2015, indique Nadine Apolloni, 32 ans, ornithologue et coordinatrice de projet au Collectif Chevêche Ajoie. En 2016, un couple de chouettes chevêches est venu y nicher. Ils ont mis au monde quatre jeunes.»
La femelle avait été capturée dans le but de voir si elle était baguée. Elle l’avait été en Alsace. «Cette année, un couple a de nouveau occupé le nichoir, mais nous ne savons pas s’il s’agit du même que l’année dernière, car la femelle n’a pas pu être capturée», continue l’ornithologue.
C’est pour favoriser la survie en Ajoie de cet oiseau emblématique de la région que s’est créé en 2002 le Collectif Chevêche Ajoie.
Un de ses membres avait remarqué, vers la fin des années 1990, que la population de chouettes chevêches avait considérablement diminué. «Alors que dans les années 1980 on comptait une cinquantaine de couples, ils n’étaient plus qu’une douzaine vers la fin des années 1990. Ce n’est pas une quantité viable pour l’espèce», précise l’ornithologue. Aujourd’hui, grâce aussi à un plan d’action cantonal lancé en 2003, la population de chouettes chevêches est estimée à 35 couples.
L’Ajoie est une des trois régions de Suisse où niche cet oiseau avec la campagne genevoise et le Tessin. «Les vergers à hautes tiges sont des endroits idéaux pour cet oiseau cavernicole. Et l’Ajoie n’en manque pas», se réjouit Nadine Apolloni.

...et des cabosses ouvertes après la récolte. La prochaine étape est la fermentation des fèves de cacao.

La fin de la monoculture

Une telle évolution préoccupe naturellement certains producteurs de chocolat, comme Chocolats Halba. D’autant plus que la filiale de Coop mise systématiquement sur le commerce équitable et le cacao issu d’une production durable. C’est pourquoi Chocolats Halba a mis sur pied le projet Finca en Équateur, soutenu par le Fonds Coop pour le développement durable. Il a débuté en janvier 2016 en collaboration avec la coopérative locale Unocace et la fondation Swisscontact.
Le but du programme est de convaincre le plus grand nombre de producteurs de la coopérative Unocace de passer des monocultures aux cultures mixtes. Ces dernières leur permettent de cultiver, outre la variété de cacao fin Cacao National Arriba, des céréales, des fruits et des légumes destinés à leur propre consommation ou à la vente sur les marchés locaux. À cela s’ajoutent des arbres au bois précieux, qui offrent de l’ombre aux cacaoyers et génèrent des recettes supplémentaires par la suite. Certaines plantes, pour leur part, servent en premier lieu à constituer de la biomasse: les agriculteurs coupent leurs branches, qu’ils laissent se décomposer sur le sol et économisent ainsi sur les engrais coûteux. Génial, non? Le seul problème est que les paysans équatoriens ont déjà eu affaire aux «bons conseils» d’étrangers. «Tous les deux ou trois ans, des gens venus des États-Unis ou d’Europe viennent nous voir et nous expliquent comment nous devrions exploiter nos terres», nous ditun agriculteur qui ne cache pas son agacement. C’est la raison pour laquelle le projet Finca table sur les facilitadores, des producteurs locaux qui, après avoir suivi une formation intense, donnent des conseils et aident les agriculteurs durant leur reconversion.

Après la 
fermentation, 
les fèves de cacao sont séchées durant quelques jours. Ensuite, elles sont prêtes à être transportées en Suisse.

La bonne voie

Délices d’Équateur: chocolat Arriba Naturaplan Bio Fairtrade, 60 ou 70% de cacao, 
2 fr. 70/100 g

Délices d’Équateur: chocolat Arriba Naturaplan Bio Fairtrade, 60 ou 70% de cacao, 
2 fr. 70/100 g
http://www.cooperation.ch/Telle+une+foret_+une+autre+maniere+_de+cultiver+le+cacao Délices d’Équateur: chocolat Arriba Naturaplan Bio Fairtrade, 60 ou 70% de cacao, 
2 fr. 70/100 g

Jusqu’à présent, le projet compte dix facilitadores, qui accompagnent 30 paysans chacun. Manuel Salazar est l’un d’eux. Quant à Margoth Borja, elle est à l’heure actuelle la seule facilitadora de l’équipe. La jeune agricultrice de 26 ans exploite avec sa mère un domaine de 7,5 hectares, dont 5 sont destinés à la production de cacao. Tous les matins à 7 heures, elle se rend en moto chez les paysans qu’elle accompagne. Elle leur montre comment tailler correctement les arbres, comment greffer les branches de cacaoyers productifs sur des cacaoyers non productifs, ou encore comment protéger les jeunes plants du dessèchement. Alors que les fermes conventionnelles subissent jusqu’à 50% de pertes lors de sécheresse, ce taux descend à 10% pour les fermes qui participent au projet Finca.
Margoth Borja est convaincue du modèle agroforestier dynamique. «C’est la bonne voie», déclare-t-elle. Elle espère que le projet continuera de se développer. Car «plus les paysans participeront au projet, plus les autres agriculteurs verront de quoi il en retourne et s’y mettront aussi».

Grâce à l’agroforesterie: 
la productivité augmente

Source Chocolats Halba 2017; infographie Caroline Koella

Margoth Borja (26 ans), productrice de cacao et conseillère dans le cadre du projet FINCA

«

«Au début, les hommes ne pensaient pas que j’étais capable de conduire une moto et de manier une tronçonneuse»»

«Je vis avec ma mère, ma grand-mère, mon frère et ma fille de 9 ans sur notre ferme. Nous possédons un terrain de 7,5 hectares, dont 5 ha sont consacrés à la culture du cacao. Ma mère et moi nous nous levons tous les jours vers 5h45 pour traire les vaches. Vers 7 heures j’enfourche ma moto pour aller visiter les paysans qui participent au projet FINCA. Au début, le scepticisme régnait mais plus il y a de paysans qui participent au projet et plus les autres se rendent compte de son efficacité. J’ai trouvé cet emploi par hasard. Lors d’une réunion de paysans dans ma région, la coopérative UNOCACE a présenté le projet. Au terme de cette présentation, un membre d’UNOCACE m’a demandé si l’idée de participer à ce projet était envisageable pour moi.
Cela a des avantages et des inconvénients d’être une femme. Au début, les hommes ne pensaient pas que j’étais capable de conduire une moto et de manier une tronçonneuse. Puis, ils se sont rendu compte que je pouvais le faire. Tout cela, j’ai dû l’apprendre pour pouvoir collaborer au projet. J’ai appris quantité de choses et le travail me procure beaucoup de plaisir. Cela me réjouirait encore plus si davantage de femmes se décidaient à nous rejoindre. En ce qui concerne le projet FINCA, je me souhaite qu’il continue à se développer aussi bien que jusqu’ici. C’est le bon chemin que celui d’apprendre à diversifier notre façon de travailler la terre. Le système agro-forestier a une tout autre dynamique que la monoculture.»

Francisco Maldonado (62 ans), cultivateur de cacao et entraîneur dans le projet FINCA

«

«Le bas prix du cacao donne du fil à retordre aux paysans»»

«Sur ma ferme, que j’exploite avec mes deux fils, j’ai déjà commencé à appliquer le système agro-forestier il y a 3 ans. Aujourd’hui, je travaille également comme conseiller pour le projet FINCA. Quand les gens constatent à quel point c’est efficace, ils en sont souvent rapidement convaincus. Le bas prix du cacao pose toutefois un problème à bon nombre de paysans. Ils se demandent s’il vaut la peine de continuer à cultiver le cacao.»

Interview : «les monocultures détruisent le sol»

Le Bolivien Walter Yuana Cuaker (54 ans) dirige en tant que conseiller d’Ecotop (ecotop-consult.de), notamment en Equateur, des formations sur le thème agrosylviculture dynamique.

Pourquoi la monoculture est-elle la mauvaise voie pour le cacao ?
Le cacaoyer est originaire d’un environnement luxuriant et diversifié. La monoculture signifie que la plante se retrouve dans un système qui ne lui convient pas. Je trouve tragique que de nombreux paysans commencent dans la forêt tropicale et défrichent tout. Le résultat est une nature à laquelle on a tout pris. Une monoculture n’est possible que grâce à un soutien artificiel ; elle a besoin de pesticides, d’engrais, d’irrigation. Mais ces aides artificielles détruisent l’écosystème.

Qu’est-ce que cela vous fait quand vous voyez ces nombreuses monocultures ?
Cela m’attriste de voir toutes ces destructions. On ne doit toutefois pas en attribuer la faute aux paysans mais à ceux qui les conseillent. Un des fermiers s’est plaint. Jadis, il cultivait du cacao. Et puis le prix a baissé. Est alors venu quelqu’un qui lui a dit qu’il ferait mieux de cultiver du maïs. Finalement, le paysan est entré dans un cercle vicieux de produits chimiques et d’engrais. Et maintenant, son sol est ruiné, mort.

N’existe-t-il aucune possibilité pour que le sol se régénère ?
C’est possible mais cela prend du temps et coûte de l’argent. Les paysans ne souhaitent pas attendre. Ce n’est pas seulement le cas pour le maïs mais aussi pour les bananes, les papayes, les courges, les melons ou les ananas. La culture n’est souvent possible qu’avec des produits chimiques. Les grandes entreprises qui vendent des pesticides et des engrais sont, elles aussi, responsables de cette situation.

C’est assez déprimant à entendre. Qu’est-ce qui vous donne l’espoir d’un revirement ?
Oui, c’est déprimant. Mais il y a constamment aussi des personnes n’ayant jamais entendu parler du concept d’agrosylviculture qui en sont immédiatement séduites, le comprennent et s’engagent. Cela me donne de l’espoir.

A quoi, selon vous, ressemblera la culture du cacao en Equateur dans 10 ans ?
La production de CCN51 (une variété hybride rentable qui repose presque exclusivement sur la monoculture) va continuer de croître si rien ne se passe. Le problème est aussi que de nombreux paysans qui cultivent la variété Cacao National Arriba laissent leurs plantations à l’abandon. Ils n’ont appris qu’avec CCN51 à gérer correctement le cacao.

Avez-vous un message à faire passer aux consommateurs suisses ?
Arriba a un excellent goût. Parce que c’est une variété indigène, elle pousse très bien avec d’autres plantes. Nul besoin de produits chimiques. Si des gens consomment sciemment du chocolat à base de Cacao National Arriba, ils contribuent à la promotion de la biodiversité.


Des actes pour le bien-être de tous

www.des-paroles-aux-actes.ch/342
Toutes les paroles aux actes
Nicole Hättenschwiler
Photo:
Chocolats Halba
Publication:
lundi 28.08.2017, 13:55 heure

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