Marcel Thürler assure qu'il a pu compter sur les patoisants pour que la Fête internationale des patois franco-provençaux soit réussie!

Le patois revient à la mode

Aux quatre coins de la Suisse romande, des initiatives fleurissent pour faire vivre le patois. Il n’est pas sauvé, mais il se porte de mieux en mieux. Testez vos connaissances en patois avec notre quiz.

Quiz

Comprenez-vous le patois?

   
Patois de Chermignon

Che t’arréïvè d’éhrè capôn,
Yé ôn rèmièdo vrèmàn bôn:
Va fér’ôn tor dein ôna zoûr!
Lé, t’ôblièré to lè maloûr.

Traduction:
S’il t’arrive d’être démoralisé,
J’ai un remède vraiment bon:
Va faire une randonnée dans une forêt!
Là, tu oublieras tous les malheurs.

Référence: André Lagger, dans le disque «Pachâ la man, Renouveau» chanté par le cœur d’enfants Arc-en-Ciel de Sierre.
    

Patois d’Evolène

L’Ernest, yu lu réste renkè daou deinss è y fu fé pouir é méinôch
L’Ernest, y’a pâ un’ péy dèchu la téss, è y’a lè j’ouèss d’un’ ouhjê

Traduction:
Ernest, il ne lui reste que deux dents et il fait peur aux enfants
Ernest, il n’a plus de cheveu sur le caillou, il a les yeux d’un hibou

Référence: Sylvie Bourban, «Aussi pour les petits», CD bilingue français-patois
    

Patois gruérien

- Dèvejâ in patê, lè betâ dou chèlà din cha vouê.

- Le vin fâ tsantâ léz omo ou kabarè, plyorâ la fèna à l'othô et vouilâ le kayon a l'èthrâblyo.

Traduction:
- Parler en patois, c'est mettre du soleil dans sa voix

- Le vin fait chanter les hommes au cabaret, pleurer les femmes à la cuisine et crier le cochon à l'étable.

Référence:
- c
itation de Francis Brodard, extraite de son ouvrage «Moissons au coeur du patois fribourgeois»
- Proverbe de Villars-sous-Mont
     

Patois jurassien

- Cetu que djâse di temps djâse de ren.

- Mainme enraidgi, ïn pat ne poirse lai tiulatte.

Traduction:
- Celui qui parle du temps ne parle de rien.

- Même furieux, un pet ne déchire pas le pantalon.

Référence: Bernard Chapuis, dictons, parus dans l’Ami du patois
    

Patois neuchâtelois

C'è poré ébayisabye d'vè cma l'tin s'â va lavi du boueubasson u vîyottet, i travouache noûtra via ass pian qu'on cokliet à l'acmassma et pyë liama qu'an' étraclée à son tchavon.

Traduction:
C’est pourtant étonnant de voir comme le temps s’écoule du petit garçon au petit vieux, il traverse notre vie aussi lentement qu’un escargot au commencement et plus rapide que le bruit d’un fouet à son extrémité.

Patois Vaudois

Min de couson, mâ dâo bounheu
Dein l’auberdz’ à Rita la blyonda
Min de couson, mâ dâo bounheu
Deinl’auberdz’ à La Felye Sein Tieu
Lo reniclliâo djuve ein majeu
Lè tsanson de pertot âo mondo
La Rita troblye tî lè tieu
Dein l’auberzo à La Felye Sein Tieu

Traduction:
Tout le monde s'en fout, y'a du bonheur, 
Y'a un bar chez Rita la Blonde. 
Tout le monde s'en fout, y'a du bonheur 
À l'enseigne de la Fille Sans Cœur ! 
L'accordéon joue en majeur 
Les refrains de ce vaste monde. 
Y'a la belle blonde, Cette rose en fleur, 
À l'enseigne de la Fille Sans Cœur.

Référence: Jean Villars-Gilles, A l’Enseigne de la fille sans cœur, Texte traduit en patois vaudois par Pierre Guex
    

Sources:

www.lyoba.ch

www.patoisneuchatelois.net

www.image-jura.ch

www.patoisvaudois.ch

Références:

Reportage

Les 24 et 25 août, la Fête internationale des patois franco-provençaux a réuni près de 1500 personnes à Bulle. La presse romande a donné un large écho à cet événement. Le patois est à la mode dans cette époque qui raffole de facteurs identitaires.

En Suisse romande, ils sont nombreux à s’engager pour lui. A Fribourg, près de 1600 personnes font partie de six amicales. On estime que 5000 ou 6000 personnes le parlent encore régulièrement. «De nombreux chœurs continuent à chanter en patois, c’est important pour le maintien de la langue», explique Marcel Thürler, président de la Fédération internationale des patoisants. Pour permettre aux amateurs de vivre le patois, des cours sont donnés à l’Université populaire, des veillées et des après-midi sont organisées et on forme les jeunes dans certains cycles d’orientation (CO) du canton.

Tout l’enjeu est là. Pour que le patois survive, il faut former la relève. En Valais, où on estime à 6500 à 8000 le nombre de patoisants et où on compte vingt amicales, l’enseignement du patois est «la priorité des priorités», explique l’ancien conseiller d’Etat Bernard Bornet, in­fatigable défenseur de la langue. L’homme a le «patois dans l’ADN» et déploie une énergie égale au choc qu’il a subi, dans son enfance, lorsque son père, enseignant, a reçu l’ordre du Département de l’instruction publique de ne plus parler le patois, même en famille. «Au début du XXe siècle, on a voulu éradiquer le patois, sous prétexte qu’il était nuisible à l’apprentissage du français. Aujourd’hui, l’école doit refaire ce qu’elle a détruit.»

Bulle, les 24 et 25 août derniers. La Fête internationale des patois franco-provençaux a réuni près de 1500 personnes. Plusieurs générations s’y sont côtoyées. Amicales, chœurs ou même écoles continuent de faire vivre les patois.

Un projet d’«Ecole du patois» est né à Evolène, la Mecque du patois franco-provençal: toutes les générations sont encore capables de s’exprimer en patois. Depuis trois ans, les enfants de l’école primaire peuvent suivre des cours, hors horaires. La méthode a déjà été exportée dans d’autres villages, après avoir été adaptée. Car chaque village a son patois.

En Suisse romande, le franco-provençal domine, mais le canton du Jura, le troisième en importance dans le maintien du patois, parle un patois hérité de la langue d’oïl. Des passionnés continuent aussi à s’intéresser au patois dans les cantons de Vaud, où il existe une association, et de Neuchâtel, où le patois se résume quasiment à un seul homme, Joël Rilliot. A Genève, il reste surtout une chanson qui raconte la bataille de l’Escalade et des amicales de patoisants… fribourgeois et valaisans.

Aux yeux de tous les passionnés, le patois est aujourd’hui moins en danger que dans la première moitié du XXe siècle. Un signe ne trompe pas: de nombreux ouvrages, des disques, des films, des applications multimédias, des BD sont parus ces dernières années. Le mot de la fin à l’apôtre du patois, Bernard Bornet: «Le patois a vécu l’enfer, il est aujourd’hui au purgatoire, mais on commence à voir quelques clartés dans le ciel.»

Trois pays luttent pour la survie du franco-­provençal

Les cantons romands parlent des patois franco-provençaux, à l’exception du Jura (langue d’oïl). Le patois franco-provençal s’est développé le long des routes de transit alpin entre la plaine du Pô (Italie)et le bassin rhodanien (France). Pendant des siècles, en Suisse romande, le français écrit a coexisté avec le patois, parlé. Si les patois sont différents d’un village à l’autre, une graphie unifiée permet aujourd’hui de s’y retrouver.

Pour promouvoir la formation dans les trois pays, des mainteneurs du patois sont nommés lors de chaque rencontre internationale. Des liens étroits ont également été tissés sur tout le territoire et une stratégie transfrontalière a été adoptée. Une convention de coopération transfrontalière est en phase de création, des démarches ont été entreprises pour faire reconnaître le franco-provençal comme une langue européenne à part entière et une radio en patois devrait bientôt couvrir tout le territoire du franco-provençal.

Trois questions à Sylvie Bourban

«Le patois est lié à la mémoire»

Sylvie Bourban: «J’ai même chanté du patois en Argentine et en Inde.»

Coopération.  Quel est votre rapport avec le patois?
Sylvie Bourban.  J’ai grandi à Nendaz. Mes grands-parents et mes parents le parlaient. Je l’ai donc beaucoup entendu et je le comprends, même si je ne le parle pas. Pour moi, le patois est lié au souvenir, à la mémoire.

D’où vous est venue l’envie de chanter en patois?
J’aime chanter dans beaucoup de langues. Lorsque Bernard Bornet m’a demandé de faire un CD en patois, j’ai accepté, même si le patois n’était pas encore à la mode. J’ai composé avec mon père et mon oncle et j’ai fait appel à Marlène Rieder, qui m’a apporté ses connaissances du patois d’Evolène. J’ai ensuite fait un deuxième CD, «Aussi pour les petits», également avec du patois de Nendaz et d’Evolène. Au début, je me disais que le patois n’était pas très chantant, puis je me suis rendu compte qu’il l’était.

Les chansons en patois de Nendaz et d’Evolène sont-elles appréciées hors du Valais?
Oui, elles le sont partout. J’ai chanté le patois en Argentine, en Inde… Beaucoup me disent que le patois de Nendaz ressemble à du portugais, le patois d’Evolène à une langue de l’Est. Le patois s’exporte bien! Je vais bientôt enregistrer un troisième disque en patois à New York. Le premier avait été enregistré en Suède et à Boston, le deuxième déjà à New York. Ces disques permettent de faire vivre le patois, car on crée des chansons avec des thèmes d’aujourd’hui. Nous avons aussi prouvé qu’on pouvait faire du jazz en patois, ou de la country, avec le disque de Paul Mac Bonvin.

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Charly Veuthey

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/Arkive.ch
Publication:
lundi 16.09.2013, 15:58 heure

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