Tendance street fishing

L’ouverture de la pêche vient d’avoir lieu à Genève. Au bord du Rhône, un nouveau mode de pêche prend ses aises: le street fishing. Soit pêcher léger, habillé comme à l’accoutumée, dans la vrombissante cité.

C’est le petit matin en ville de Genève. En ce samedi de début mars, la neige a décidé de s’inviter à l’ouverture de la pêche. Les amateurs du lancer de ligne n’ont pourtant pas fait faux bond au traditionnel rendez-vous. A côté du pont de la Coulouvrenière, Ana Raimundo (40 ans) s’affaire sur la promenade des Lavandières. «C’est ma quatrième ouverture de la pêche», dit-elle. La Portugaise a découvert cette passion grâce à un ami du club Geneva Street Fishing (GSF) et n’a depuis plus lâché l’hameçon. Si elle est l’une des rares pêcheuses du centre-ville, elle fait partie d’une nouvelle génération de pêcheurs qui changent le visage des quais genevois. On en oublie presque le trafic du pont du Mont-Blanc, où le Léman disparaît dans le Rhône. A deux ponts de là, sur le quai de l’Ile, une dizaine de valeureux plantent leurs lignes sous une neige battante, décidément enchantée de rythmer un tel bal. Ana salue ses collègues qui semblent tous unanimes, une telle ouverture de la pêche ne se fête que chaque dix ans!

La pêcheuse Ana Raimundo lance sa ligne dans le Rhône, en face du quai du Seujet.

Un joyeux luron, ce leurre

Les leurres, alliés du nouveau souffle de la pêche.

Les leurres, alliés du nouveau souffle de la pêche.
http://www.cooperation.ch/Tendance+street+fishing Les leurres, alliés du nouveau souffle de la pêche.

«La pêche, c’est d’abord le plaisir de pêcher avant de prendre le poisson», confie Ana, qui semble en oublier la ville de Calvin qui l’entoure. «Je ne pense qu’à ça. C’est un autre univers, en fait!» Etrangement, l’engouement de la pêche en ville − dit «street fishing» − semble, à Genève, aller de pair avec l’accroissement du trafic. Les raisons sont pourtant tout autres, comme l’explique Steve Bel (39 ans), président et fondateur du club Geneva Street Fishing, créé en 2013. «En fait, une nouvelle génération de leurres, apparus il y a une dizaine d’années, ont changé la manière de pêcher.» Pour être caricatural, c’est un peu l’ordinateur du début des années 2000 qui se transforme en portable d’aujourd’hui. «Le street fishing moderne peut se résumer à une boîte de leurres, un sac à dos, la canne, en jeans et en baskets. Ça permet de faire des sessions de pêche courte, à la pause de midi par exemple.» Rien d’étonnant que les jeunes pêcheurs y trouvent de nouveaux codes, grandement délestés de l’attirail traditionnel. Ce second souffle se traduit aussi par de nombreuses mesures pour attirer les lanceurs de ligne, en continuant, par exemple, à mettre du poisson dans le Rhône en ville et en agissant par le biais de la Commission de la pêche, dont fait partie Steve Bel.

Du côté des rives, Ana m’avoue ne jamais pêcher seule. «Pour moi, c’est quelque chose de social. Notre club a un groupe WhatsApp qui permet de savoir qui va pêcher.» A Genève, les spots les plus intéressants vont du pont du Mont-Blanc jusqu’à la jonction du Rhône et de l’Arve. Evidemment, qui dit pêche en groupe, dit une petite concurrence sur la taille de la plus grande prise qu’on tirera des flots. «Je pêche en général la truite arc-en-ciel ou la truite fario, qui est plus rare. Ma plus belle prise devait mesurer entre 50 et 55 cm.» Et d’ajouter: «La toute première que j’ai faite, c’était ici, le soir, sur le pont à la place de Bel-Air. Elle m’a vraiment marquée, elle devait atteindre les 45 à 50 cm!»

Comment va-t-on à la pêche à Genève? En tram, pardi!

Les femmes et la pêche

Y a-t-il beaucoup de femmes qui pêchent à Genève? «Non, il y en a une deuxième dans le club, explique Ana. Ici, c’est très rare de voir des femmes pêcher. Et les hommes sont souvent étonnés!» Selon Maxime Prevedello de la Fédération Suisse de Pêche, il y a un peu plus de femmes qui pêchent aujourd’hui: «On arrive à 10%, voire 12% en Suisse, contre 3 à 4% il y a encore dix ans. Ce chevronné donne également des cours d’attestation de compétences pour les nouveaux pêcheurs (SaNa) à Genève et remarque aussi une augmentation du nombre de femmes. Pourtant, tout comme l’a souligné Ana, on se trouve encore dans une phase de transition. Le club Geneva Street Fishing ne compte que deux femmes sur plus de quarante membres. Une moyenne pour le moins maigrelette si on la compare aux Etats-Unis, où il y a plus de trois millions de pêcheuses.

Ana Raimundo et Jean-Claude Piffaretti, pêcheur et membre du club Geneva Street Fishing, à côté
du pont de la Coulouvrenière.

Genève, patrie de la pêche au cadre

La pêche au cadre fait partie du patrimoine genevois. Sur les ponts de la ville, par exemple, on ne pêche qu’avec les cadres.

La pêche au cadre fait partie du patrimoine genevois. Sur les ponts de la ville, par exemple, on ne pêche qu’avec les cadres.
http://www.cooperation.ch/Tendance+street+fishing La pêche au cadre fait partie du patrimoine genevois. Sur les ponts de la ville, par exemple, on ne pêche qu’avec les cadres.

Si la canne à pêche est autorisée dans plusieurs parties de la ville de Genève, c’est bien la pêche au cadre (photo en page 18, cadre autour duquel est enroulé le fil de nylon) qui est la référence ici et c’est d’ailleurs l’unique manière de lancer sa ligne sur les ponts. Ce style fait partie du patrimoine genevois. «Il y avait une réelle volonté de préserver des zones de pêche uniquement au cadre pour garder ce patrimoine genevois, explique Steve Bel. Avec l’arrivée du street fishing moderne, on a décidé d’ouvrir quelques secteurs à la canne pour ne pas faire une pêche trop élitiste et péjorer des pêcheurs.» C’est une pêche très technique et tangible, comme l’explique le spécialiste, puisqu’on adirectement le contact du fil dans la main. Et Ana d’ajouter: «On ressent davantage la sensation quand le poisson mord. D’autant plus qu’on le ramène avec la main et le cadre!»

«

Une nouvelle génération de leurres a changé les manières de pêcher»

Steve Bel, président du club Geneva Street Fishing
Geneva Street Fishing
      

Les poissons du Rhône

Dans le Rhône et dans l’Arve, on pêche surtout la truite, le barbeau (résistant aux fluctuations du niveau du Rhône et pouvant peser 5 à 6 kg selon Steve Bel), le brochet et le silure. Le silure? Ce poisson impressionnant des eaux profondes a refait son apparition au bout du lac Léman depuis environ cinq ans. Des captures régulières se font et des sujets de 1 m 80 ont déjà été pêchés. «Ce n’est pas un poisson recherché par la population locale», remarque Steve Bel. «Mais il y a des jeunes qui le pêchent en été, car c’est très sportif. Les silures sont là, cachés dans les herbiers et ils sont en état de léthargie comme en hibernation et dès qu’arrivent les mois d’avril et mai, ils se mettent en activité», nous indique l’expert.

Comme le précise Christophe Ebener (43 ans), président de la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises, la ville de Genève se doit de relever de nombreux défis pour que le street fishing puisse continuer à prendre son essor (interview ci-contre). Entre autres de pouvoir maintenir dans le Rhône des populations de poissons qui soient compatibles avec la pêche de loisirs. «Nous nous battons pour qu’il y ait des conditions naturelles qui permettent aux poissons sauvages de se reproduire et de grandir. Et, le jour où on y arrivera!»

Justement, sur l’île Rousseau qui fait face au pont du Mont-Blanc, les tentes ont été installées et accueillent maintenant les pêcheurs et le gratin du monde politique genevois. Oui, l’ouverture de la pêche n’est pas une chose anodine dans la cité de Calvin. Christophe Ebner  – qui fait partie de la Commission de la pêche du canton (tout comme Steve Bel et Maxime Prevedello, d’ailleurs) – prononce un discours sous une neige qui n’a décidément pas pour envie de s’arrêter aujourd’hui. A ses côtés, le conseiller d’Etat genevois responsable de l’environnement, Luc Barthassat. Un peu plus loin, on aperçoit l’ancienne maire de la ville. En effet, tout comme l’affirmait Steve Bel, la pêche est bel et bien un thème d’actualité au bord du Rhône genevois!

Alors qu’Ana Raimundo prend part à cette joyeuse assemblée, il est tout de même merveilleux de se rappeler un film mémorable de 1964, «Le Sport favori de l’homme», où l’acteur Rock Hudson apprend à pêcher, sous l’œil taquin de son professeur l’actrice Paula Prentiss. Ah, que dites-vous, ce n’était pas à Genève, mais aux Etats-Unis?

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Et pour le fun

Fédération suisse de pêche
Réseau de formation des pêcheurs
Centre suisse de compétence pour la pêche (CSCP)
Statistiques fédérales sur la pêche

Une pêche mobile qui plaît aux jeunes!

Christophe Ebener, Président de la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises

Christophe Ebener, Président de la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises
http://www.cooperation.ch/Tendance+street+fishing Christophe Ebener, Président de la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises

Le street fishing est une tendance née il y a une dizaine d’années. Quel a été le déclic?
De nouvelles techniques sont apparues, notamment la pêche aux leurres. C’est-à-dire de nouveaux leurres extrêmement efficaces: des imitations de poissons en plastique, en étain ou en caoutchouc. Il y en a même qui déclenchent simplement des attaques. Ça permet vraiment de pêcher léger.

Pêcher léger, comment ça?
On a un sac à dos, des leurres, une petite canne, un moulinet et lorsqu’on pêche sur les quais de la ville, on prend un cadre. C’est vraiment une pêche extrêmement mobile, qui plaît beaucoup aux jeunes. Ils ont aussi de nouveaux codes vestimentaires. On est donc plus du tout dans le chapeau de paille, le bouchon et l’image traditionnelle de la pêche!

Les sociétés de pêche ont donc vu leurs membres augmenter?
Il y a actuellement une jolie tendance du fait des jeunes qui ont envie de se rendre au bord des cours d’eau. Le club Geneva Street Fishing a réussi à fédérer les jeunes urbains, qui se déplacent à vélo et en transport public pour aller pêcher.

Y a-t-il beaucoup de femmes qui pratiquent la pêche?
En Europe, probablement pour des raisons historiques, on trouve peu de femmes pêcheuses. Pendant très longtemps, la pêche était malheureusement réservée aux hommes. Par contre, dans les pays anglo-saxons, ce n’est pas du tout le cas. Aux Etats-Unis, quasiment 50% des pêcheurs sont des femmes. Maintenant que la pêche change, qu’elle devient plus sportive, plus dynamique, plus mobile, on voit qu’il y a des femmes qui s’y mettent et on espère bien que cette tendance va se poursuivre!

Comment motive-t-on les femmes à se mettre à la pêche? Quelle doit être leur démarche?
Assez simple. Les pêcheurs sont extrêmement sympas, pas sexistes du tout et ils se réjouissent de les accueillir. La manière la plus simple est d’approcher une société de pêche. Elles sont actives sur le terrain, proposent des sorties, des évènements et peuvent apprendre à pêcher à leurs membres!

Qu’advient-il de la fameuse truite lacustre?
C’est vraiment un poisson mythique de la pêche genevoise. Magnifique à pêcher et délicieux à consommer. Mais depuis la mise en service du barrage du Seujet (ndlr: en pleine ville sur le Rhône) en 1995, sa population a dramatiquement chuté, car les zones de reproduction se situent dans les cours d’eau! Avant, il y avait beaucoup de frayères de truites lacustres dans le Rhône urbain. Mais depuis vingt ans…

Fédération Suisse de pêche

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Alain Wey

Rédacteur

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Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
videos:
Morgane Roth
Publication:
lundi 19.03.2018, 12:00 heure



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