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La musicienne biennoise Thaïs Diarra (38 ans) fait une musique engagée où elle mélange soul, hip hop, reggae et musique africaine: «tout ce que j’ai aimé et testé y ressort».

Suisse par sa mère, Malienne par son père, elle a été une des premières métisses de la ville de Bienne. Cette double identité l’a longtemps faite souffrir. Elle a pu la surmonter au travers de la musique.

Devant la Coupole de Bienne: «un lieu important pour tous les musiciens. Tous y sont venus écouter des concerts et y jouer».

Son deuxième album «Danaya», sorti en automne 2015, est dédié aux femmes Africaines. Parallèlement, elle a créé un réseau pour les soutenir.

"Je suis la preuve que l'on peut s’entendre"

Musique La chanteuse suisso-malienne Thaïs Diarra a été l’une des premières métisses de Bienne. Sa musique est à son image. À découvrir au Cully Jazz Festival.

Elle chante de la soul sur un mix de reggae, hip-hop et de musique africaine, de l’afrosoul: «Tout ce que j’ai aimé et testé durant mon enfance et adolescence.» Née à Bienne, Thaïs Diarra jongle depuis toujours entre deux cultures: suisse par sa mère, malienne par son père. Une double identité qui longtemps l’a fait souffrir, mais qu’elle a pu apprivoiser au travers de la musique. Aujourd’hui, sa carrière se développe d’un côté et de l’autre de la Méditerranée. Alors que de nombreux jeunes Africains s’embarquent au péril de leur vie pour l’Europe, la chanteuse envisage le chemin inverse: retourner vivre en Afrique avec sa famille.

Votre premier album s’appelle «Métisse». Expliquez-nous votre cheminement.
J’ai longtemps été mal à l’aise avec cette condition que je n’ai pas choisie. C’est en allant vers mes racines africaines à 23 ans que j’ai pu l’accepter. En parler dans mon disque était logique.

Que s’est-il passé là-bas?
J’ai grandi avec beaucoup de préjugés sur l’Afrique. Ce que j’y ai découvert était tout le contraire. J’ai adoré les gens, la musique, l’accueil… Je m’y suis reconnue, même si je n’y suis pas née.

Votre père ne vous en parlait pas en bien?
Mon père et ma mère se sont séparés très tôt, et j’ai grandi dans ma famille suisse allemande pour qui l’Afrique ne disait rien. À l’école j’étais l’unique métisse. J’ai dû faire face au racisme seule.

Les préjugés n’existent-ils pas en Afrique?
Bien sûr que si! Certains croient que l’argent pousse sur les arbres! En Suisse, on me demande s’il y a du plastique au Mali… Il faut casser les clichés d’un côté comme de l’autre, rabâcher toujours les mêmes choses. Je suis la preuve que l’on peut s’entendre et collaborer.

Arrivez-vous à en rire?
Il vaut mieux! La dérision aide à l’intégration. Avant je n’y arrivais pas.

A-t-il été facile de vous intégrer?
En musique il n’y a pas de frontières. Lors de mon premier voyage, je suis tombée par hasard sur l’ami d’un musicien chez le tailleur. Quelques jours plus tard, je chantais avec lui dans un stade de 3000 personnes. Tout est très spontané. De là sont nées des rencontres, des allers-retours, des tournées en Afrique…

Michael Jackson est le premier Noir qu’elle ait vu à la télé.

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Y avez-vous aussi fait face à du racisme?
La bêtise et l’ignorance sont partout. Si en Suisse les racistes rejettent les étrangers, en Afrique ils vont au contraire les accueillir, puis chercher à en profiter. C’est différent à vivre. Le fait que j’ai appris le wolof et un peu de bambara (ndlr: langues du Sénégal et du Mali) a aidé.

Aujourd’hui séparez-vous vos origines?
Elles sont liées, je suis moitié-moitié! L’Afrique ressort plus car elle a longtemps été enfouie.

Votre deuxième disque s’adresse aux femmes.
Oui, il s’appelle Danaya, «confiance». C’est un hommage que je leur rends. En jouant partout en Afrique, j’ai vu leur rôle dans la société. Elles font bouger et avancer les choses. Parallèlement, j’ai créé un réseau de femmes africaines, ou de la diaspora, actives dans la mode, la photo, etc. Nous mettons nos réseaux à disposition de celles qui n’ont pas notre chance.

Sa Kora, instrument traditionnel très utilisé dans la musique africaine.

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Vous avez plus confiance en les femmes que les hommes?
Pas forcément, mais je pense que s’ils le veulent, les hommes ont plus facilement accès à l’éducation, par exemple.

Pourquoi ne pas vous engager en politique pour faire changer les choses?
Je suis apolitique, je préfère parler directement aux gens. Et je ne peux pas dire que j’ai confiance en les politiciens.

Où voyez-vous votre futur?
En Afrique. Même si certaines choses sont plus difficiles, je m’y sens plus libre.

Vous êtes nombreux dans ce cas?
De plus en plus de métis y retournent. Dans ma génération, nous sommes beaucoup à nous intéresser à nos racines. Aux États-Unis il y a un mouvement afro assez fort. J’espère que ce n’est pas une mode.

Qu’est-ce qui vous manquera le plus en quittant la Suisse?
Le chocolat! Mais j’aime la Suisse, à Bienne je suis chez moi! C’est petit, on se connaît tous. Je reviendrai toujours!

Spontanément, comment appelez-vous une tête de choco?
Je suis bien contente qu’on ne dise plus «tête de nègre»! Petite, je ne voulais pas dire ce nom. Je la montrais du doigt et la mangeais!

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4 notes dans la vie de la musicienne

1978 Naissance à Bienne. Son père, malien, est bassiste, sa mère, alémanique, est mélomane.

2001 Découverte de l’Afrique, tournées. 2005, début de sa carrière solo. 2013: 1er album «Métisse».

2010 Naissance de sa fille, suivie en 2012 d’un fils. Leur papa est Sénégalais. Ils vivent à Bienne.

2016 Elle joue sur la grande scène du Cully Jazz Festival. Son 2e disque, «Danaya», est sorti l’hiver dernier.

www.thaisdiarra.com

8 avril: CULLY JAZZ FESTIVAL (Chapiteau, avec Ibeyi & Hindi Zahra)
22 avril: MUZIKGALERIE (Soleure)
22 mai: BEE-FLAT (Berne)
18 Juin: FÊTE DE LA MUSIQUE (Scène ADEM, Genève)

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Nicolas Brodard
Publication:
lundi 04.04.2016, 14:20 heure



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