Thierry Lhermitte:«Acteur est un métier difficile, qui repose sur une grosse part de chance.»

«Je me suis régalé avec ce rôle»

Thierry Lhermitte incarne Dominique de Villepin dans le nouveau film de Bertrand Tavernier, «Quai d’Orsay», actuellement sur les écrans. Rencontre avec un comédien à l’agenda de ministre.

Bande-annonce

Coopération. Vous êtes aussi occupé que le personnage que vous incarnez dans «Quai d’Orsay»! Je vous trouve un dimanche soir dans une loge de théâtre en banlieue parisienne, demain vous partez en Israël...
Thierry Lhermitte. C’est un peu chargé en ce moment, la sortie du film de Bertrand Tavernier coïncide avec la tournée de la pièce Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor. On l’a jouée à Avignon, on est venu en Suisse, on va la présenter en Israël… Cela dit, je ne travaille pas autant que je pourrais!

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle d’Alexandre Taillard de Vorms, ministre des Affaires étrangères, alias Dominique de Villepin?
J’avais aimé la bande dessinée de Blain et Lanzac (Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques) dont le film s’est inspiré. Et puis, j’avais très envie de retravailler avec Bertrand Tavernier. J’avais tourné avec lui, il y a longtemps, dans le film Que la fête commence. J’ai été très heureux qu’il me choisisse. Je me suis régalé, c’était un plaisir pour moi d’aller chaque jour sur le tournage.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle? Vous avez regardé de Villepin?
J’ai fait comme mon ancienne professeure de théâtre Tsilla Chelton m’a appris et comme je fais toujours: j’ai bossé sur le texte, d’une manière à m’en imprégner à 100%. Pour qu’il n’y ait plus une virgule qui me soit étrangère, pour que chaque mot que je prononce me paraisse d’une évidence absolue. J’aurais d’ailleurs aimé que Tsilla (ndlr: décédée en 2012) me voie. Je pense à elle à chaque fois que j’empoigne un rôle.

Vous avez coupé vos cheveux d’Alexandre Taillard de Vorms!
Oui, je les ai coupés à la fin du film. Et j’ai ralenti un peu mon turbo. Car Taillard de Vorms, qui est inspiré de Dominique de Villepin, est très tonique. Il a même une énergie extraordinaire! Ça m’a plu de jouer ce personnage. Il a des sources d’inspiration osées! Pour booster ceux qui écrivent ses discours, il cite Tintin en exemple, «Tintin c’est du rythme, tac, tac, tac.» Il travaille dans tous les sens sans jamais perdre sa vision de la France. Il arrête une guerre civile en Afrique, fait un discours contre la guerre en Irak au Conseil de sécurité des Nations Unies remarquable et très remarqué. Sous ses airs d’agité, Taillard de Vorms est sincère.

Tout de même, ce film nous conforte dans l’idée de l’exercice du pouvoir qui se heurte à des mécaniques ministérielles pas toujours bien huilées.
On voit beaucoup de gens s’agiter autour du ministre. Mais ils sont compétents, travailleurs, courageux. Ils sont au service de ce que leur ministre a en tête, de sa position par rapport à la marche du monde. Or, c’est difficile de faire accoucher les visions! Ils deviennent dingues parfois, mais le résultat donne raison à leurs efforts. Ils travaillent pour un ministre qui n’a de compte à rendre qu’à l’histoire et au président de la République.

Vous vous intéressez à la politique?
Je suis au courant de l’actualité politique mais je ne donne aucun avis politique ni dans les journaux ou à la télé. J’ai appris à esquiver les questions qui s’y réfèrent avec une grande placidité (rire).

Que faites-vous pour ne pas travailler autant que vous le pourriez?
J’ai des occupations nombreuses et passionnantes. Je fais de l’équitation, en Seine- et-Marne, je m’occupe de chevaux, je suis moniteur d’éthologie, je soutiens la recherche médicale… Je n’ai pas assez de 24 heures par journée.

Autrement dit, vous apprenez à murmurer à l’oreille des chevaux?
Oui, j’enseigne aux gens le comportement que l’on peut avoir pour communiquer avec les chevaux. C’est extraordinaire d’essayer de comprendre comment un animal de 500 kilos est d’accord qu’on lui monte sur le dos, d’accord pour faire les choses qu’on lui demande. C’est assez magique. Cela nous enseigne sur nous-mêmes, sur les relations entre les individus et les êtres vivants.

«

J’ai appris à esquiver les questions qui se réfèrent à la politique…»

Comédien, c’est un métier que vous recommanderiez à vos enfants?
Mes enfants sont très grands et pas comédiens, heureusement. Acteur, comédien est un métier difficile. Cela repose sur une grosse part de chance. Les gens qui s’y lancent doivent le faire malgré tous les découragements qu’ils peuvent essuyer. On est soumis au jugement des gens, tout le temps. Parfois, c’est dur.

Vous aimez qu’on vous renvoie sans arrêt à votre personnage de Pierre, du «Père Noël est une ordure» ou de Popeye dans «Les Bronzés»?
Cela me fait plaisir que les gens m’aiment bien. Pour le reste, je suis assez détaché. Ils regardent ce qu’ils veulent, se souviennent de ce qu’ils veulent. Je ne me sens ni l’envie, ni le besoin de me justifier. Cela n’a pas toujours été le cas, mais heureusement à mon âge, je n’en suis plus là.

Comment avez-vous fait pour durer?
Je ne sais pas. Il n’y a pas de secret. Pas de tracé. J’ai eu de la chance qu’on me propose des projets intéressants.

Vous venez de jouer à Genève, dimanche dernier. Vous connaissez la Suisse?
J’y suis venu très souvent. Pas seulement pour des raisons professionnelles. J’ai des amis de cheval un peu partout. Mais quand on se voit, on parle surtout de cheval!

Vos projets pour 2014?
Je vais apparaître dans une série policière sur France 2. Je serai le héros d’une nouvelle série de six épisodes, Les Témoins, écrite par Marc Herpoux et réalisée par Hervé Hadmar, le duo de Pigalle, la nuit, la série de Canal+. Je jouerai le rôle d’un flic.

Thierry Lhermitte

Zoom sur l’acteur aux yeux bleus

1952. Naissance à Boulogne-Billancourt (F). Il fréquente le même lycée que ses futurs collègues du Splendid: Michel Blanc, Christian Clavier, Gérard Jugnot.

1974. Création du café-théâtre du Splendid, avec ses quatre amis et premiers spectacles: «Amours, coquillages et crustacés» (qui donnera «Les Bronzés» au cinéma) et «Le Père Noël est une ordure».

1979. «Les Bronzés font du ski» de Patrice Leconte, où Lhermitte devient le célèbre Popeye, cher aux fondus de ski.

2013. Une actualité très riche. En tournée avec la pièce «Inconnu à cette adresse» qui vient de passer au Théâtre du Léman à Genève. A la télévision, sur TF1, dans la série «Doc Martin», de Jean-Pierre Sinapi. Au cinéma dans «Quai d’Orsay», le nouveau film de Bertrand Tavernier.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

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Publication:
lundi 11.11.2013, 00:00 heure

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