Thomas Hardmeier, récemment primé, œuvre sur les films en tant que directeur de la photographie: «Ça me plaît de me plonger dans le monde de quelqu’un d’autre.»

«Je crée des univers»

Artisan d’images et d’ambiances, le Suisse Thomas Hardmeier vient de recevoir un César pour son travail sur  le dernier film du réalisateur d’«Amélie Poulain». Rencontre chez lui.

Vidéo

Interview

Coopération.  Comment êtes-vous arrivé dans l’univers du cinéma, et au rôle de directeur de la photographie?
Thomas Hardmeier. Jeune, je suis beaucoup allé au cinéma et m’intéressais à la photographie. Après mon bac, j’ai appelé les maisons de production à Zurich. Il fallait attendre une année pour être pris, j’ai donc été assistant d’un photographe de mode dans l’intervalle. Je ne voulais pas aller à l’université. J’avais envie de gagner ma vie et d’avancer. En Suisse, il n’y avait qu’une école de cinéma pour la réalisation, pas pour les métiers techniques. J’ai donc appris sur le tas, à l’ancienne.

Pourquoi avoir privilégié l’image?
Comme directeur photo, il y a un côté à la fois artistique et technique. Et puis, ce n’est pas mon univers que je réalise: je m’adapte et j’aime me plonger dans le monde de quelqu’un d’autre, d’aller dans une direction. A la base, ce qui me plaît, c’est de créer des univers. Les films très réalistes, ce n’est pas trop mon monde.

Mais au fil des films, n’auriez-vous pas envie de réaliser un projet personnel?
Je n’ai jamais eu cette envie. Je suis très content comme ça. Ce qui est sympa, avec le César, c’est qu’on a l’impression, ou la confirmation, que quelque chose avance. J’ai parfois renoncé à des films, et il y a eu des périodes où je n’ai pas travaillé. Quand on accepte un film, c’est un investissement intense. Pour celui de Jeunet (L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet), d’un budget de 25 millions de francs, je suis resté six mois au Canada. En revenant, j’ai tourné un petit film dont le budget était de 2 millions. Le réalisateur était intéressant, tout comme le scénario et le casting. C’était cohérent. J’aime faire les films que j’aimerais voir comme spectateur.

Vous mettez-vous à sa place?
D’une certaine manière, oui. J’essaie notamment quand on découpe une séquence. Il faut diriger son regard sur ce qui est important. De nos jours, on est submergé d’images, partout. Le début du film, surtout, doit vous accrocher.

«

J'adore la Suisse. J'y retournerai plus tard. C'est plus agréable.»

Ce qui vous a plu dans la collaboration avec Jean-Pierre Jeunet, qui a notamment réalisé «Amélie Poulain», et dont l’image est  très travaillée?
C’est un vrai metteur en scène – or il y en a peu. Il a son univers, il est très précis dans ce qu’il veut voir à l’écran. Je ne veux pas paraître prétentieux, mais c’est simple de travailler avec lui. Il faut essayer de concrétiser cet univers. Certains réalisateurs sont très littéraires, très focalisés sur les dialogues, mais ils n’ont pas de proposition visuelle pour leur film. Je travaille pour les deux catégories. Idéalement, pour la dernière, il faudrait au moins avoir le même goût.

Et quelle est votre marge de manœuvre?
Il y en a toujours une. Les réalisateurs aiment être surpris, aussi. Par des contrastes, des idées d’éclairages. On sort des références photographiques, on parle librement de ce qui m’a traversé l’esprit. Ça peut être des couleurs, des cadrages. Ça empiète parfois sur la décoration, les costumes. Avec le numérique, tout le monde sur le plateau voit l’image. Le métier est devenu plus global que de cadrer et agencer la lumière. Il faut parler avec le décorateur, le costumier. Tout cela constitue l’image. Il faut s’atteler à ce que tout soit cohérent.

Vos sources d’inspiration?
Des films, d’abord, et la photographie. Si je cours les expositions? Non, pas souvent, mais je devrais peut-être! Je ne suis pas très «galeries», à part pour acheter des images. Je suis un peu casanier!

Dans votre appartement, précisément, le regard se porte sur les nombreuses photographies, les objets choisis avec soin… Auriez-vous pu exercer autre chose qu’un métier de l’image?
L’image n’est pas une nécessité vitale, mais je suis passionné. Dans mon métier, au-delà de l’image, il y a les acteurs, leur travail, leurs émotions, les histoires. Et le fait que le film rencontre un public.

Aimeriez-vous revenir en Suisse?
J’adore la Suisse! Quand je ne suis pas en tournage, j’y retourne chez moi à Genève. Et j’y retournerai plus tard. C’est plus agréable de vivre là qu’à Paris.

Votre dernier voyage?
Bruxelles, et Oman pour les vacances. Avec ma femme, nous voulions aller au chaud. Les Maldives, c’était un peu loin. Nous avons regardé une carte et nous nous  sommes d’abord dit que nous ferions escale à Doha ou Dubaï. Finalement, on s’est arrêtés à Oman.

Après vingt ans à Paris, en quoi êtes-vous suisse, et en quoi vous inspirez-vous de la France?
Je reste très suisse dans mon approche du travail, soit bien organisé et très fiable. C’est, je pense, entre autres pourquoi on m’appelle. Ces caractères relèvent des clichés, mais on les retrouve peut-être un peu moins souvent ailleurs. En France, en revanche, la qualité de vie est plus joyeuse. J’essaie de m’adapter – de ne pas être trop direct, trop virulent, une différence culturelle à laquelle il faut être attentif. Cela dit, comme personne, on ne se refait pas complètement.

Que ferez-vous dans dix ans?
J’aurai 59 ans… J’achèterai une Rolex! Non, j’espère faire la même chose.

Portrait 

Thomas Hardmeier, directeur photo

Naissance. Le 16 février 1965 à Zurich.

Parcours. Assistant: photographe, cameraman. Puis cameraman. Directeur de la photographie depuis 2000.

Cinéma. A d’abord travaillé en Suisse, avec Christoph Schaub («Stille Liebe») et Frédéric Mermoud («L’escalier», «Complices»). En France depuis dix ans. Directeur photo du «Yves Saint Laurent» de Jalil Lespert, sorti récemment.

César. Pour la meilleure photographie de «L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet» de Jean-Pierre Jeunet (2014).

Projet. Tournage cet été d’un film de et avec Richard Berry. Voyages. «Je suis souvent allé au Liban, pour le mélange de cultures, de religions. C’est le Moyen-Orient, mais très américain en même temps.»

Loisirs. «Ma femme». Les expos d’Augustin Rebetez, photographe jurassien.

Ses lieux. Saint-Germain, Odéon (Paris). Engadine, Sils Maria. Parc des Eaux-Vives (Genève).

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Ariane Pellaton

Rédactrice

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Photo:
Antoine Antoniol
Publication:
lundi 14.04.2014, 08:00 heure

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