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Scènes, radios, télés, chroniques: une fois lancé, Thomas Wiesel (27 ans) ne se tait (presque) plus.





«C’est du travail, d’être drôle»

Thomas Wiesel Il est comme la petite bête, il monte, il monte... Le jeune humoriste sera en spectacle cette semaine à Lausanne. Avant, il nous parle du rire, de sa famille, de sa timidité.

Il a l’humour vache, pas froid aux yeux et pas de tabou. Au Gala du FC Sion, la peur de vanner les Valaisans, il ne connaît pas, puisqu’il a une technique infaillible. Si un Valaisan bourré, enfin, un Valaisan, veut lui éclater une bouteille sur le front, il lui dit: «Fais gaffe, elle n’est pas vide!» La politique et l’actu n’ont pas de secrets pour lui. Prendre parti ne l’effraie pas, montrer où vont ses sympathies non plus, et être vulgaire n’est pas un problème. Du moment qu’il nous fait rire. En général, il fait mouche…
Et pourtant, Thomas Wiesel est un jeune homme timide, pour ne pas dire sensible, pour qui demander son chemin dans la rue égale mission impossible.
Ces obstacles, comme certains événements dramatiques de sa vie, l’humoriste a pris le parti d’en rire, comme il peut rire de lui-même. Sur scène, au Jamel Comedy Club en 2015, il disait: «Quand les autres ce soir montent sur scène, on comprend qu’ils sont là pour nous faire marrer. Quand c’est moi, on se demande ce que l’informaticien fout là.»
Interview d’un grand comique sympathique, qui ne s’embarrasse pas de bonnes manières et propose le tutoiement sans ambages.

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Comment vous sentez-vous aujourd’hui?
Ça va, c’est le début de la journée. Je ne suis pas aussi fatigué que d’habitude. C’est un bon présage.

La journée commence à 11 heures, pour vous?
Un peu plus tôt que ça, mais je ne suis pas très actif. J’écris quelques mails. En général, je fais tout ce que je peux avant de m’habiller et de me doucher. Je me prépare physiquement seulement au moment du premier rendez-vous de la journée, donc je passe beaucoup de temps en pyjama chez moi.

Bonus web J’aimerais parler de vos débuts. Comment avez-vous su que vous deviendriez humoriste ?
Un peu par hasard. Ce n’était pas vraiment une vocation, mais j’ai toujours bien aimé écrire et ensuite j’ai réalisé que j’aimais écrire des trucs qui faisaient rire. Je ne pensais pas pouvoir être humoriste, parce que je n’ai jamais été un bon comédien, je n’étais pas à l’aise pour faire le pitre. J’étais plutôt introverti, je n’ai jamais joué des rôles. Même quand je faisais du théâtre amateur, je jouais des rôles qui étaient plus ou moins moi. Donc ça éliminait la carrière d’humoriste. En plus, ceux que je regardais à la télévision en grandissant, c’étaient les Inconnus, Gad Elmaleh, Jamel, des gens qui étaient très expressifs et très physiques, du coup ça me paraissait hors d’atteinte. Puis petit à petit j’ai découvert Pierre Desproges et surtout ensuite les humoristes anglo-saxons, où le texte compte plus, et ça me paraissait atteignable, comme niveau d’aisance sur scène. Il y avait des humoristes qui étaient très mal à l’aise sur scène et qui me faisaient beaucoup rire quand même. Une fois que j’ai réalisé qu’on n’avait pas besoin d’être une bête de scène pour faire rire, je me suis dit que j’allais essayer. Et à la fin de mes études, à 20 ans, j’ai essayé, et depuis j’essaie toujours. Ca fait bientôt six ans.

Vous dites que vous avez découvert par hasard que vous pouviez gagner de l’argent en faisant de l’humour. Comment ça s’est passé?
Quand j’étais adolescent, l’humour, c’était quelque chose de très lointain, parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’humoristes suisses romands qui me parlaient. Mais en m’intéressant un peu, quand je suis
revenu de mon échange universitaire aux États-Unis, j’ai vu qu’il y avait des Comedy Clubs qui avaient commencé à pousser dans la région. Ici, à Lausanne, j’ai vu notamment Nathanaël Rochat. Je me suis dit: «Tiens, il y a quelqu’un qui fait exactement ce que j’ai envie d’arriver à faire un jour, et qui le fait dans ma ville. Je vais essayer.» On s’est liés assez vite d’amitié. C’était un peu mon exemple et mon modèle. Puis j’ai rencontré Pierre Naftule, qui est mon manager depuis. Il m’a fait entrer dans le circuit des soirées d’entreprises et privées. C’est ces choses-là qui permettent aux humoristes de gagner de l’argent même s’ils ne sont pas connus en Suisse, ce qui était mon cas les trois, quatre premières années. Je gagnais ma vie décemment sans avoir aucun profil médiatique, parce que je pouvais essaimer les repas d’entreprises, les soirées de foot et les trucs comme ça.

«

Quand j’étais ado, l’humour c’était quelque chose de très lointain »

Bonus web Donc ce que vous racontez dans un sketch au Jamel Comedy Club, c’est vrai ?
Tout ça est vrai. Des aventures comme ça, on en a pas mal, les humoristes en Suisses. C’est vrai qu’on en fait tous beaucoup, des soirées de ce genre, et parfois, c’est un peu cocasse. La plupart du temps, ça se passe très bien, mais ce n’est pas ces histoires-là qu’on raconte, parce que ce n’est pas drôle. Dire qu’on était à une soirée de maçons et que c’était drôle, il n’y a pas d’anecdote, mais dire qu’on s’est planté à telle soirée, ou qu’il y a eu telles circonstances incroyables. Cette soirée où j’étais déguisé en Père Noël après des danseuses de cabaret qui ont fini seins nus à l’anniversaire d’un banquier, c’est un peu particulier comme aventure, et on a tous nos cicatrices de guerre ! Ca reste un métier privilégié. Nos mauvaises journées sont moins difficiles que les bonnes journées de certains autres métiers, donc c’est difficile de se plaindre.

Comment vos parents ont-ils réagi à vos débuts?
Quand j’ai entamé ma carrière, je n’avais déjà plus ma mère, mais elle m’a toujours soutenu quand je faisais du théâtre amateur. Elle était toujours là, elle faisait les costumes, s’occupait des coulisses. Elle a toujours été impliquée dans mes loisirs. Il y avait mon frère et ma sœur dans la troupe. Certaines familles faisaient du foot, nous on faisait du spectacle.

Bonus web Par rapport à vos origines, qu’est-ce que ça fait, d’avoir un père roumain ?
Quand mes grands-parents ont fui la Roumanie, mon père avait un an, je crois. Ils ont atterri à Paris comme apatrides, donc ils ont dû laisser leurs papiers là-bas, mes grands-parents et ma tante, et ils sont arrivés en Suisse quand mon père était tout petit. Mon père a été naturalisé quand il avait 17 ans. Mes grands-parents ont été naturalisés en même temps que lui donc ils étaient beaucoup plus vieux et ils ont toujours un accent. Moi je n’ai pas vécu cette immigration. Je suis né suisse, j’ai grandi en Suisse, mais de savoir que j’ai ces racines d’immigré, et quand ils me racontent qu’ils ont dû partir avec une valise par personne, qu’ils ont dû tout laisser derrière eux, alors qu’ils étaient de classe moyenne supérieure en Roumanie et qu’ils vivaient plutôt bien, ça fait partie d’un bagage. On se rend compte que sans l’hospitalité de la Suisse, je n’aurais pas pu faire ce que je fais, et on a toujours été bien ici, et malgré le fait que mes grands-parents aient des accents très prononcés et que ça se voie tout de suite qu’ils ne sont pas d’ici, moi j’appartiens à ce pays. Je pense que les racines étrangères donnent de l’empathie, ça permet de se mettre un peu plus à la place des autres qui essaient de faire la même chose. C’est peut-être pour ça que je suis ouvert à ce genre de destin.

Bonus web Une de vos matières préférées est l’actualité. Etes-vous le seul de votre génération à suivre l’actualité de si près ?

J’ai l’impression que c’est une tendance à la hausse. Je vois de plus en plus de mes collègues s’y intéresser. J’ai l’impression que c’est un peu ce qui nous unit. En fait, la différence avec la génération précédente d’humoristes, c’est que la culture populaire commune devient de plus en plus faible, c’est-à-dire qu’à une époque, tu pouvais faire un sketch sur un film, tout le monde l’avait vu. En 97, si tu parlais de Titanic, tout le monde connaissait l’intrigue, tu pouvais faire des blagues rien que pour la musique ou sur telle et telle célébrité. Maintenant avec l’arrivée d’internet et du tout à la carte, c’est plus compliqué de trouver des sujets rassembleurs, ce qui est le cas de l’actualité. La politique, parfois c’est le sport, la société, ce qui fait la première page des journaux, c’est beaucoup plus éphémère, mais c’est ce qui nous unit un peu plus. Je me souviens qu’au début, j’avais de la peine à trouver des sujets, parce que je n’avais pas forcément les mêmes centres d’intérêt que le public qui venait me voir. L’actualité est une espèce de point de rencontre, et c’est pour ça que maintenant il y a beaucoup d’humoristes qui parlent plus de vie quotidienne, parce que c’est des choses intemporelles qui nous rassemblent un peu plus. Je me souviens maintenant que mes premiers Comedy Club, j’essayais de refaire les gags que je faisais à la radio sur la politique suisse, je prenais des fours, parce que les gens ne suivaient pas la politique suisse du tout. Donc j’ai appris à m’adapter au public, parce qu’il ne faut pas se bastardiser, mais il faut faire rire les gens qui sont là.

Ils vous ont donc encouragé à ces activités extrascolaires…
C’est quelque chose qui m’a beaucoup aidé quand je me suis formé en tant qu’adulte. Même si j’avais de très bonnes notes, on ne m’a absolument pas enfermé là-dedans, au contraire. Comme ils savaient que l’école n’était pas un énorme challenge, mes parents m’ont plus poussé à chercher des défis ailleurs. Du coup, une fois que j’ai annoncé à mon père, à mon frère, à ma sœur et à mes grands-parents, que je voulais essayer ça à plein temps, ils m’ont soutenu.
Mon grand-père a toujours été un peu plus circonspect, parce que ce n’est pas un métier auquel on pense quand on a grandi dans les années 1930, surtout qu’il a grandi en Roumanie et en Hongrie qui étaient des pays totalitaires à l’époque. Pour lui, c’était un peu plus difficile d’accepter que son petit-fils qui faisait des bonnes notes et qui était premier de classe finisse par faire le clown sur scène, mais ça fait quelques années maintenant qu’il est content et qu’il ne considère pas que c’est un échec. C’était un peu le cas au début, j’ai l’impression.

Comment travaillez-vous?
Mal! J’ai beaucoup de difficulté avec la discipline, l’autorégulation. Je suis quelqu’un qui remet tout au lendemain. J’ai besoin d’une deadline pour accomplir mon travail. Je peux parfois glander sur Internet pendant quatre heures avant d’écrire une ligne, donc c’est compliqué. Il y a des journées où ça va bien, mais il y a davantage de journées où c’est un vrai combat.

Il paraît que vous êtes timide...
Oui, j’ai un peu de difficulté avec les nouvelles personnes et surtout les situations où je ne sais pas trop ce qui va se passer. Les interviews, les émissions, ça va, parce que tu sais plus ou moins sur quel terrain on va t’emmener. Mais quand c’est moins codifié, lorsque je rencontre de nouvelles personnes, c’est plus compliqué.
C’est jamais moi qui vais aborder quelqu’un, j’en suis incapable, même si je suis perdu, je préfère être perdu que demander. Dès que je dois téléphoner, c’est la croix et la bannière. Aborder des nouvelles personnes est difficile, mais ma timidité passe assez rapidement. Après, on n’arrive plus tellement à me faire taire. Ça passe un peu d’un extrême à l’autre. Mais quand je dis que je suis timide, on ne me croit pas. Malheureusement pour moi, c’est vrai.

«C’est jamais moi qui vais aborder quelqu’un»: Thomas Wiesel chez lui, à Lausanne, lors de notre interview.

Et sur scène, cette timidité disparaît?
J’ai pas mal le sens de la repartie, mais je ne vais pas du tout chercher le contact, l’interaction, parce que j’ai peur de ce qui pourrait se passer, de l’imprévu. Je ne suis pas un très bon improvisateur, donc s’il se passe un truc spontanément, je vais réagir, et en général ça passe. Et après les spectacles, les gens qui viennent me parler, c’est vraiment un exercice que je trouve difficile.

Est-ce que c’est difficile de parler de sa vie sur scène?
Ce qui est souvent difficile, c’est d’identifier les sujets qui pourraient parler aux gens. Ça m’arrive parfois de réaliser des trucs et de les faire, et de me rendre compte qu’ils n’intéressent pas du tout les gens. Les grands trucs traumatiques qui me sont arrivés sont des sources d’inspi­ration. Je parle pas mal du décès de ma mère dans mon spectacle. Récemment, j’ai appris que j’étais stérile, c’est quelque chose que j’aborde aussi.
Quand il m’arrive des trucs entre guillemets graves, ou en tout cas bouleversants, je vais en parler. J’ai un besoin personnel d’en parler, et je sais que ce sont des sujets qui peuvent être prenants.

Bonus web Est-ce parce que vous avez un humour un peu décalé ?
On a besoin du public pour savoir ce qui est drôle. Même si au fur et à mesure de la carrière, on commence à avoir un meilleur pourcentage. C’est pour ça que l’exercice de la radio et de la télévision est beaucoup plus compliqué, en tout cas très différent, c’est parce que c’est un one shot, comme on dit, c’est du premier coup. En Suisse, on se donne des avis entres chroniqueurs, parce qu’une fois que c’est enregistré, c’est plus possible d’améliorer. Contrairement à la scène, où on peut vraiment y aller, tel l’orfèvre, virgule par virgule sur plusieurs mois, pour arriver à un spectacle béton. C’est pour ça que ça me fait rire quand les gens me disent que je suis plus drôle dans mes spectacles que dans mes chroniques. J’ai envie de dire que c’est parce que ça fait des mois et des mois qu’on joue ces trucs et on sait ce qu’on peut enlever. La chronique, si on la faisait 15 fois, elle serait plus drôle.

Vous avez une blague pour nous donner envie de voir votre spectacle de Beaulieu?
Non, je pense que c’est la meilleure façon de ne pas donner envie.

C’est à cause de votre timidité?
Non, c’est parce qu’en spectacle on raconte des blagues, et en interview, on raconte sa vie. C’est ça qui est difficile dans ce métier, on a l’impression qu’on doit être drôle tout le temps. Et parfois les gens dans la rue sont déçus quand ils nous abordent pour nous parler.
C’est du travail, d’être drôle. Enfin, pour quelqu’un comme moi, avec ma personnalité.
Je suis drôle avec mes potes, drôle quand j’écris, mais je ne suis pas drôle tout le temps. Quand on me demande de faire une blague, ça ne vient quasi jamais.

Boosté à fond par l’humour

Né en 1989 à Lausanne, d’une mère fribourgeoise et d’un père roumain. Après son diplôme HEC, il démarre une carrière d’humoriste. Dès 2013, il est à la radio sur One FM, LFM et La Première, puis chronique dans «L’Hebdo». En 2015, il participe au «Jamel Comedy Club» et commence une tournée de spectacles avec Nathanaël Rochat. 2016 est celle de la consécration avec des chroniques sur le plateau de «Quotidien», une émission de TMC, en plus des scènes de stand-up. Prochain spectacle: le 11 mai, 20 h au Palais de Beaulieu, Lausanne.

Prochaines dates

  • 11 mai: Palais de Beaulieu, Lausanne
  • 27 mai: Maxi-Rires, Champéry
  • 30 mai: Théâtre de Colombier, Colombier

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texte:
Laurence de Coulon
Photo:
Fabio Scorrano, Darrin Vanselow
Publication:
lundi 08.05.2017, 13:50 heure



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