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Jacques Wullschleger
écrit le 10.01.2017 dans Sports de combat


Tiffany Géroudet, ancienne escrimeuse, championne à l’épée

Tiffany Géroudet : une fibre et des touches artistiques. Elle est gauchère, tout naturellement. Sa maman, qui est maîtresse d’école enfantine, l’était aussi, mais à l’école, on l’a contrariée et elle est devenue droitière. «Aujourd’hui, précise sa championne de fille on ne fait plus obstacle à ça.» Longtemps son papa a tenu un magasin d’habits, à Sion: «Géroudet confection.»

Dans sa vie sportive, Tiffany Géroudet a dû choisir entre l’équitation et l’escrime, qu’elle a pratiqué en parallèle jusqu’à 14-15 ans. «J’ai participé à des concours de sauts d’obstacles. Je n’avais pas de cheval à moi, mais un cheval de manège qui m’a procuré beaucoup de satisfactions mais qui, vu son statut, était limité pour espérer faire ma licence et évoluer en Grand Prix.» Alors Tiffany Géroudet a choisi l’escrime, un art qu’elle a pu exprimer à l’étranger, quand elle s’est mise à gagner, beaucoup.

Dans le monde du sport, son ambition a été naturelle. Elle s’est développée au fil des assauts et des succès. «Les bons résultats, les victoires génèrent une grande motivation. Beaucoup de sportifs qui ont  espéré bâtir, ou vivre, une jolie carrière se sont arrêtés en cours de route parce qu’ils n’avaient pas ça.» Quand il n’y a pas de retour sur l’investissement, forcément énorme, il est fort légitime de se poser des questions, de provoquer une réflexion, personnelle. «L’entraînement est quotidien. Je me rendais à Berne, à Vevey et à Sion, pour trouver de bonnes conditions, affronter des sparring-partners de niveau. La qualité des entraînements, où toutes les forces sont regroupées, permet de s’affirmer, de progresser.»

Dans l’univers de l’escrime, de l’épée, arme favorite et aimée de Tiffany Géroudet, il y a deux types d’escrimeurs : les plus classiques, lesquels utilisent une gamme d’actions et parades apprise, qu’ils récitent en assaut. «Et les plus artistiques, les instinctifs qui surprennent par de la fantaisie dans leur assaut», ajoute-t-elle. Où se situe Tiffany Géroudet? «Je suis sur le feeling, sur les sensations, dans l’adaptation, dans la ruse du jeu (donc, le côté plutôt artistique). En compétition, on gagne souvent d’une touche et on perd aussi souvent d’une touche, ce qui engendre énormément de frustration.»

Chaque adversaire propose un jeu différent. Il y en a qui convienne ou pas. Tiffany Géroudet peut (pouvait) aimer, se sentir à l’aise face à celui de la numéro 1 mondiale et être en difficulté par le jeu de la numéro 50, par exemple. «Cette situation est personnelle. Elle est propre à chaque tireur, qui a sa «bête noire», comme adversaire.» Un athlète moins bien classé n’a, par définition, rien à perdre contre un tireur qui lui est supérieur. «Conséquence : ça lui procure un petit avantage psychologique dans la mesure où son adversaire, a priori supérieur, ne doit pas perdre.» Un match d’escrime dure 3x3 minutes. «Si on se déconcentre, ne serait-ce que 30 secondes, il peut y avoir un retournement de situation. L’escrime, c’est physique mais aussi très mental. Le stress entame le physique.»

Ainsi aux JO de Rio, face à la Brésilienne Costa, pourtant menée 13 à 11 mais qui finit par se qualifier (15-11): «J’ai douté, j’ai perdu ma concentration ; plus que le stress, c’est au niveau mental que j’ai lâché. Sur ce match, je partais favorite. En tout cas, je ne pensais pas me faire éliminer à ce tour de la compétition.»  Si Tiffany Géroudet s’était qualifiée pour le 2e tour, elle aurait affronté la numéro un mondiale. «Là, j’aurais pu abattre toutes mes cartes. Moins bien classée,  je n’avais donc rien à perdre. En escrime, on voit souvent des têtes de série perdre d’entrée. Cela n’aurait pas été facile, mais j’avais tous mes chances.»

Cet échec à Rio, aux JO, au premier tour, Tiffany Géroudet ne l’a pas encore digéré. «L’escrime ne me manque pas encore. Plus tard, dans le courant de cette année 2017 je remettrai ça, mais comme sparring-partner seulement.» Et d’ajouter : «L’escrime, c’est comme le vélo : cela ne s’oublie pas. Le plaisir sera à nouveau là. J’en suis certaine.»

Tiffany Géroudet et les arômes

Tiffany Géroudet est spécialiste en évaluation et application chez Mane, à Vouvry. «Au départ, j’aurais voulu faire une formation en biologie à l’UNI, mais la formation est très théorique (peu de pratique) et très poussée dans tous les domaines. Je voulais quelque chose de plus spécifique.» Elle est au bénéfice d’une maturité scientifique en biochimie. «L’agroalimentaire, concrètement, c’était un peu flou pour moi.» Après avoir effectué deux stages, elle a su que c’était absolument ça qu’elle voulait faire et chez Mane où elle travaille depuis avril 2014, elle s’est épanouie. Sa cheffe, Leila Pamingle, lui a donné sa chance. Dans cette société, elle a obtenu des facilités. Elle a bénéficié de congés sans solde pour pouvoir pratiquer son sport, préparer des échéances majeures.

Tiffany Géroudet a un Bachelor d’ingénieure en agroalimentaire. Elle envisage – pourquoi pas ? – de poursuivre sa formation par un Master, d’ici quelques années. Prochainement, et comme elle a du temps libre, désormais, elle va suivre des cours de nutrition, touchant notamment à la nutrition sportive. «Pouvoir conseiller des sportifs dans ce sens – des escrimeurs plus particulièrement –, cela serait un plus.»

Chez Mane, société de création d’arômes et de parfums, implantée dans 32 pays, Tiffany Géroudet est évaluatrice en arômes. Il y a beaucoup de jeunes femmes qui ont de beaux yeux mais peu ont un regard. Chez la Valaisanne, celui-ci est intense et il s’anime quand elle parle aussi bien de son sport que de son métier. «Je sélectionne, je goûte et j’envoie des arômes aux clients. Il m’arrive aussi  d’appliquer des arômes dans du chocolat, des bonbons, de la glace, etc., pour envoyer des maquettes aux clients. Je ne m’occupe que des applications sucrées. Je ne crée pas d’arôme, ceci est le travail des aromaticiens, avec lesquels on travaille en étroite collaboration. Ce travail m’a permis de développer mes sens, surtout mon palais.» Mane est une entreprise familiale dont le siège social se trouve à Le Bar-sur-Loup, près de Grasses (Alpes-Maritimes). «Le berceau des parfums.»

Tiffany Géroudet aime cuisiner ; créer, artistiquement, des desserts. Elle est plus sucré que salé.» Je confectionne des gâteaux avec des personnages dessus.» Elle nous montre quelques photos. Dans le futur, elle envisage de commercialiser son savoir ; musique d’avenir. D’un avenir sans fausse note.

Le temps a filé rapidement. L’heure prévue a presque doublé. Il en va toujours ainsi d’un moment privilégié, avec une belle personne, à l’écoute, épatante dans la vie comme dans son discours et qui, devine-t-on, cherche – désespérément ? – à se défaire, un peu, d’une sensibilité à fleur de peau, qui l’encombre parfois.

Palmarès

Tiffany Géroudet est née le 3 septembre 1986 à Sion.

Escrimeuse. Discipline : l’épée. Gauchère.

Hauts faits

Championne de Suisse en 2002, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et en 2011.

Quatre fois championne de Suisse, à l’épée, par équipe (Société d’escrime de Sion) en 2004, 2006, 2007 et en 2012. Vice-championne de Suisse en 2010 et en 2015.

Junior : championne du monde en 2006 (en Corée du Sud). Championne du monde en épée par équipe en 2005. 3e aux Européens en 2004 et 3e par équipe.

Elite : 3e aux Européens avec la Suisse en 2009.

En 2011, championne d’Europe à Sheffield. Elle est la première Suissesse à obtenir ce titre. En ¼ de finales, a battu la Française Laura Flessel.

JO de Londres en 2012 : éliminée au 2e tour.

JO de Rio en 2016 : éliminée au 1er tour.

Etapes Coupe du monde : 1ère à Doha en 2014, 5e en 2012 et 3e en 2013. En 2011, 2e à Leipzig.

Grands Prix : 6e à Doha en 2010, 8e à Budapest en 2008, 8e à Rome en 2009.

En 2016, 1ère du tournoi zone à Prague

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger (62 ans) a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures»)dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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