Une cinquantaine d’anciennes variétés de tomates était à déguster à la fête des Tomates-Urbaines à Lausanne.

Tomatomania: anciennes variétés

Biodiversité On les connaît surtout rouges et rondes. Pourtant elles peuvent être jaunes, orange, vertes, noires, oblongues et biscornues. Les tomates se déclinent (presque) à l’infini. Éclairage avec Pro Specie Rara.

La tomate est le légume (ndlr: la tomate est un fruit, voir encadré) le plus consommé au monde juste après la pomme de terre. Il faut dire qu’on est loin de ses «débuts» en Amérique du Sud où elle était cultivée par les Aztèques. Depuis sa découverte au XVIe siècle, la jolie demoiselle qui sait revêtir de multiples aspects et décliner des goûts aussi variés que surprenants a conquis la planète. On parle en effet de plusieurs milliers de variétés de tomates. Pourtant, force est de constater que la diversité de ce fruit est méconnue, et même menacée. «La préservation des anciennes variétés de tomates est cruciale, explique Denise Gautier, directrice romande de Pro Specie Rara. Or pour préserver, il faut multiplier et consommer. C’est notre objectif avec ce projet des Tomates-Urbaines initié en 2012. Cette année, nous avons distribué 10 000 sachets de semences d’une cinquantaine d’anciennes variétés. Nous espérons que les jardiniers amateurs qui les ont plantées en fassent de même avec des amis, des voisins, d’autres jardiniers. Il suffit de récolter les graines pour en faire des semences.»

Abonnez-vous ici à la newsletter pour suivre l'actualité de Coopération

Le troc des semences

En ce dimanche 6 septembre au parc de Sauvabelin de Lausanne, la fête des Tomates-Urbaines donne le ton de l’intérêt croissant des consommateurs sur la nature de leur assiette. Du côté de l’atelier de récolte des graines, Jean-Marc Viet, bénévole Pro Specie Rara et passionné assidu de l’univers de la tomate, fait le plein. «C’est extrêmement simple. En fait avec quelques tomates, vous pouvez en faire pousser chaque année sans racheter de semences. C’est l’objectif des jardiniers. Nous n’avons pas du tout envie d’acheter des tomates dites F1, donc hybrides, issues des multinationales de la semence. Le vivant mérite mieux que ça.»

Les anciennes variétés de tomates, et plus largement, de fruits et légumes, rencontrent un intérêt croissant auprès des consommateurs.

Tous des relais

Même son de cloche du côté des jardiniers amateurs, à l’instar d’Herbert, de Lausanne, qui prend part à la conversation. «J’ai fait pousser 50 pieds de tomates de 28 variétés cette année. L’objectif est de les déguster, de les voir évoluer, de les cuisiner différemment selon leurs goûts et d’en distribuer aux personnes intéressées. Là, je viens voir Jean-Marc car il a des semences qui m’intéressent et j’en possède deux qu’il n’a pas encore. On échange, on troque, c’est comme ça qu’on conserve ce patrimoine de la biodiversité.»
Alors fédératrice la tomate? «Oui car c’est un fruit qui est largement consommé et apprécié, souligne Denise Gautier. Or, en distribuant ces sachets de semences, nous souhaitions que les citadins aussi puissent accéder au jardinage sur leur balcon. Les pieds de tomates sont assez simples à faire pousser et cela permet de découvrir d’autres variétés. De nombreuses personnes ont souhaité jouer le jeu car elles se plaignent de l’absence de goût des tomates proposées en masse dans les magasins. Avec ce sachet de départ, on peut faire pousser ses propres tomates chaque année et être autonome.»

Semences

Ludique, gourmand, écologique, ce projet Tomates-Urbaines révèle aussi l’épée de Damoclès qui pèse sur le futur: l’amenuisement toujours plus criant de la biodiversité et donc de notre autonomie alimentaire. «C’est aussi une manière de faire prendre conscience à chacun qu’on ne peut pas uniquement se satisfaire des quelques variétés hybrides proposées. D’autant que c’est le cas pour les tomates, mais pas seulement. C’est comme ça pour toute la palette alimentaire existante. Pro Specie Rara tente de conserver 1600 variétés de légumes. Mais pour cela nous avons besoin de relais: vous, moi, tous ceux qui sont prêts à cultiver un bout de jardin, quelques pots sur leur balcon. C’est ainsi que nous conserverons la biodiversité dans nos assiettes.»

Fruit ou légume?

La question se pose constamment de savoir si la tomate est un fruit ou un légume. Qu’est-ce qui les différencie? Un fruit est un produit végétal qui succède à la fleur après fécondation et qui renferme les graines de la plante. À la lecture de cette définition, on se dit donc que la tomate n’est pas seule dans ce cas. Effectivement: la tomate est bel et bien un fruit, au même titre que la courge, l’aubergine, la courgette, le piment, l’avocat, et bien d’autres. On parle dans ce cas de légume-fruit, «légume» car ils sont consommés principalement salés, et «fruit» car c’est leur nature biologique.

Quelques jolies dames pour se faire plaisir

Goldapfel

Variété d’origine probablement bulgare. Fruit oblong, comparable à un œuf, orange. Beaucoup de goût. Robuste et à fort rendement.

Green Grapes

Plante aux feuilles graciles présentant des pousses violettes. Infrutescence en forme de grappes, mines de petits fruits vert foncé. Arôme exquis.

Lucullus

Ancienne variété suisse, commercialisée à partir de 1920 par l’entreprise de semences Mauser. Les fruits sont rouges, ronds comme des boules, plutôt petits et pouvant atteindre 80 g. Variété plutôt précoce.

.

Produire ses semences en huit étapes

Des tomates à l’infini. La récolte de graines ne peut se faire que sur des tomates de variétés anciennes. On parle de variétés fixées, par opposition aux variétés hybrides F1 issues de croisements.

1. Récolter les graines avec de la pulpe et du jus et placer le tout dans un petit pot en verre (de type yogourt)

2. Recouvrir d’un morceau de papier ménage et faire tenir avec un élastique. Étiqueter soigneusement le pot avec le nom de la variété afin qu’aucune confusion ne soit possible.

3. Mettre le pot à la chaleur - mais pas au soleil – durant un à trois jours (selon la météo du moment).

4. Une fois qu’un voile de moisissure s’est formé à la surface, les graines sont prêtes.

5. Ôtez la pellicule de moisissure. Verser les graines et la pulpe dans un tamis en acier. Nettoyer sous l’eau plusieurs fois de manière à ce que les graines soient entièrement propres.

6. Étaler correctement et laisser sécher les graines six à huit jours sur du papier absorbant ou une gaze fine dans un lieu sec et ventilé. Petit truc: penser chaque jour à les «décoller» les unes des autres durant le temps de séchage.

7. Conserver les graines dans un sachet en papier sur lequel la variété et l’année seront soigneusement inscrites.

8. Les sachets de semences se conservent cinq à huit ans dans un endroit sec, à l’abri de la lumière et du gel. À savoir: plus les semences sont anciennes, plus leur pouvoir germinatif diminue.

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Sophie Dürrenmatt
Photo:
Nicolas de neve
Publication:
lundi 14.09.2015, 15:20 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?