La mode du stand up paddle envahit les visites guidées. Ici une balade à Zurich, sur la Limmat au milieu de monuments célèbres, dont le Grossmünster.

Tourisme insolite

Tendances Au clair de lune, par le dessin, en mangeant ou en randonnant, les visites guidées s’émancipent pour répondre aux besoins d’un tourisme en quête d’expériences nouvelles.

Il est 8 heures ce samedi matin de juin et le thermomètre affiche déjà plus de 20 degrés. Le soleil généreux réchauffe le lac encore endormi. Nous avons rendez-vous à la plage de Tiefenbrunnen, au bord du lac de Zurich, avec Wailea Zülch, une jeune Germano-Suédoise, pro du stand up paddle (SUP). Installée dans la métropole multiculturelle, elle travaille actuellement pour Supkultur qui organise des visites guidées de la ville en pagayant, en français également depuis cette année.
Après une brève explication, pour les débutants que nous sommes, nous empoignons, sans plus attendre, nos planches gigantesques et une pagaie adaptée à notre taille et nous nous posons sur le lac. Sur les genoux tout d’abord, nous nous éloignons du bord, puis tentons de tenir debout en travaillant l’équilibre. Les explications sur ce que l’on observe débutent au bout de quelques minutes. Au début, nous n’écoutons qu’à moitié, trop concentrés sur ces nouveaux mouvements, luttant pour ne pas tomber. Après avoir passé Zurichhorn et le Chinagarten, un jardin de temple offert par la ville-partenaire chinoise de Kunming, nous commençons à prendre de l’assurance sur l’eau et à observer les alentours.
Wailea nous mène près du Grosser et Kleiner Hafner, deux villages enfouis sous l’eau. Ils sont classés depuis 2011 au patrimoine mondial de l’Unesco et font partie des 111 lieux de découverte avec le plus grand potentiel scientifique.
«Le Grosser Hafner possédait un temple romain construit en 122 après J.-C. Seule une petite fraction de cette vaste zone habitée qui s’étendait sur un hectare a été explorée par l’archéologie sous-marine, explique Wailea. Mais depuis 150 ans, le site est touché par les bateaux de passagers de la compagnie de navigation zurichoise et par les constructions du Quaibrücke.»

Aussi en Suisse romande

Muscler son corps et son esprit en même temps, c’est possible! Et les visites en SUP sont plus tendance que jamais. De nombreuses métropoles comme Londres ou Amsterdam organisent ce type de tours depuis plusieurs années. Sur le lac Léman et ailleurs en Suisse romande, Sophie Durand de Kamaytours propose aussi des visites guidées en SUP, en se concentrant principalement sur une thématique particulière. On peut découvrir les demeures célèbres sur les rives de Clarens, la journée ou en soirée, par exemple (90 fr. par personne avec matériel). «Nous pouvons approcher des maisons cachées, comme la Duck House du chanteur Freddie Mercury, par le lac, ce qui donne un point de vue unique», dit la guide (www.kamaytours.ch).

Comme au cinéma

Retournons à nos planches. On pagaie d’un côté puis de l’autre en tentant de garder le cap et de rester proche de Wailea qui continue les explications. Nous passons près du Seebad Utoquai, des bains historiques, en bois, construits il y a plus de 120 ans. Les bassins pour hommes et femmes restent encore séparés, mais les deux sexes peuvent aujourd’hui se rencontrer dans des espaces mixtes. Après l’opéra, autrefois le théâtre de la ville, nous passons sous le pont Quaibrücke construit en 1899, devenu l’une des routes les plus fréquentées de la ville. Sous le pont, dans la pénombre, l’atmosphère change. Il y a quelque chose de cinématographique dans ce long travelling aquatique où le paysage citadin défile lentement. Un fondu au noir, puis le centre-ville se dresse devant nous. Nous sommes sur la Limmat. Nous apercevons d’un côté le Fraumünster, célèbre pour ses vitraux de Marc Chagall et Augusto Giacometti. Et de l’autre, le Grossmünster avec ses deux tours caractéristiques visibles sur nombre de cartes postales. Nous nous asseyons sur nos planches pour découvrir l’histoire de ces monuments emblématiques mais aussi pour reprendre des forces car le retour se fait aussi en paddle avec le vent qui commence à se lever.

Le tour de 1 h 30 que nous avons effectué coûte 140 francs par personne (matériel compris).
Un tour de 3 h pour découvrir d’autres aspects moins touristiques de la ville s’élève à 190 francs par personne.
Plus d’infos au 076 605 00 28 (en anglais, demander Wailea pour le français) ou sur: supkultur.ch/angebot (site en allemand)

Guides virtuels sur web et apps

http://www.cooperation.ch/Tourisme+insolite Tourisme insolite

Airbnb offre désormais des «expériences» à vivre avec les habitants des lieux visités. La plateforme de Suisse Tourisme www.myswitzerland.com/myswissexperience regroupe quelque 700 visites/activités guidées dans toute la Suisse. dzin.ch propose de découvrir la région fribourgeoise avec des locaux. Avec l’app Drallo, on explore des lieux en Suisse à travers des jeux et énigmes... L’offre numérique répond à ces visites 2.0.

Visiter en dessinant

Toujours dans l’idée d’apprendre quelque chose de nouveau ou d’améliorer ses compétences, des offres originales liant découverte d’une région et créativité s’étoffent. Dans ce concept deux en un, voire trois en un, citons le dessin. On peut, par exemple, améliorer son coup de crayon/pinceau tout en se familiarisant avec un patrimoine, après avoir fait une marche entre deux.
Le samedi 5 août, les amateurs d’aquarelle pourront suivre le guide accompagnateur du patrimoine mondial et prof de dessin, Bastian Keckeis qui propose une marche dans les vignes entre Rivaz et Saint-Saphorin (60 fr. par personne, 100 fr. pour les couples). Dans une ambiance bon enfant – «personne ne sera noté à la fin de la journée!» –, les participants se donnent rendez-vous avec une boîte d’aquarelle et un bloc adapté. En se baladant dans les vignes, ils découvrent les villages vignerons à l’architecture typique et se posent pour immortaliser ce patrimoine qui surplombe le Léman. Le guide met alors sa casquette de professeur de dessin et leur donne des exercices à faire.

La journée, ouverte aux débutants dès l’âge de 14 ans, se déroule une à deux fois par année. Informations auprès de Montreux-Vevey Tourisme au 0848 86 84 84 ou par mail: info@lavaux-unesco.ch

Les trois soleils de Lavaux se prêtent parfaitement à l’aquarelle.

Avec les animaux

Une autre grande catégorie à succès en matière de visites guidées concerne nos amis les bêtes. Randonner tout en observant la faune dans son milieu naturel, pour rentrer chez soi avec des connaissances nouvelles, séduit autant les enfants que les adultes. Pas étonnant alors que ce type d’activités soit autant demandé par les familles. Tout savoir sur les araignées ou les sauterelles et criquets à la Fondation La Coudre à Bonvillars (VD), voir les marmottes à Sainte-Croix/Les Rasses (VD), sur l’Alpe Mandelon (VS) ou sur le Chasseral (BE), rencontrer les cerfs élaphes et les chevreuils au Val Faller (GR), découvrir la faune sauvage à Château-d’Œx (VD), tout connaître sur les fourmis lors d’une randonnée depuis Acquacalda (TI), observer des castors dans les environs de Bienne, etc. Chaque région propose désormais ce type d’activités en compagnie de véritables passionnés. Suisse

Tourisme a lancé un site Internet qui regroupe une bonne partie des offres dans ce domaine: MySwitzerland.com/observationfaunesauvage

N’hésitez pas à contacter les offices de tourisme des régions concernées.

En mangeant

Le nombre de visites guidées qui font appel aux produits du terroir ne cesse d’augmenter dans toutes les régions de Suisse. Au-delà des classiques, comme la découverte de la production de fromages emblématiques ou des visites-dégustations dans les vignobles du pays, l’offre continue de se développer et de se moderniser. Et on lie souvent une activité physique aux plaisirs gastronomiques.
Ateliers de cuisine sauvage à Sainte-Croix après une balade et une cueillette, un «wine & bike» autour de Salquenen (VS) qui marie balade à vélo et dégustation de vin, une découverte de la flore avec des spécialistes en herboristerie dans divers lieux valaisans, une visite guidée de villes telles que Zurich, Genève, Nyon ou encore Yverdon-les-Bains en dégustant les produits locaux, une sortie sur le lac de Constance pour pêcher avec un pêcheur professionnel (en allemand) suivie d’une dégustation de sa prise au restaurant, une promenade en kayak avec un guide (aussi en français) depuis Agno (TI) jusqu’à Caslano puis dégustation de chocolat à la chocolaterie, etc.

Les autres contacts et idées sur: MySwitzerland.com/myswissexperience

Les touristes aiment mettre la main à la pâte pour découvrir un terroir.

Thermomètre touristique

Habitudes des helvètes en Suisse

Source Statistique suisse du tourisme; infographie Caroline Koella

«Devenir acteur de ses découvertes»

Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme

Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme
http://www.cooperation.ch/Tourisme+insolite Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme

Quelles tendances peut-on observer en matière de visites guidées?
Le tourisme «expérientiel» connaît un fort développement. Les visiteurs ont envie d’être moins «passifs». Ils souhaitent devenir acteurs de leurs découvertes. Ils cherchent de plus en plus de visites accompagnées, pas forcément avec des guides professionnels, mais avec des locaux passionnés qui transmettent un savoir.
Aujourd’hui, grâce à Internet et aux multiples applications, les différentes offres en matière de visites originales ne restent plus confidentielles.

Les demandes en visites guidées expérientielles concernent principalement les villes?
Non, la demande est partout. Les visites de régions isolées ou périphériques connaissent même un succès grandissant. Particulièrement en Suisse, où il est si facile de quitter la ville, pour apprendre quelque chose de nouveau en découvrant un savoir-faire avec un artisan, par exemple.

Quelles thématiques principales se distinguent dans cette multitude d’offres?
Il y a deux catégories qui ont, à mon sens, un beau potentiel de développement. La première concerne la gastro­nomie locale. On peut par exemple manger chez le paysan, cueillir les fleurs et les herbes sauvages, apprendre à les cuisiner. L’offre existante pour s’initier à la gastronomie et aux produits locaux ne se limite plus à l’œno­tourisme. La deuxième catégorie concerne l’observation des animaux sauvages en compagnie de guides en incluant une randonnée, une expérience exceptionnelle dont le développement est porté par la diversifi­cation de l’offre dans nos jeunes parcs naturels régionaux. Ces activités attirent aussi bien les familles que des passionnés d’ornithologie, par exemple.

À qui s’adressent ces expériences guidées? Aux touristes suisses ou étrangers?
Pour l’instant, aux Suisses, du fait des limites linguistiques notamment. Ce sont des activités que l’on peut faire sur un week-end et qui ne nécessitent pas de prendre des vacances. Ces visites permettent d’enrichir la vision que les gens ont de leur propre pays.

Les Suisses sont-ils des touristes importants dans leur pays?
Oui, et de plus en plus. Les Suisses sont de grands voyageurs, mais ils séjournent à la fois à l’étranger et dans leur pays. Les séjours courts ont la cote. On voyage plus, mais moins longtemps et ces courtes expériences touristiques se prêtent parfaitement à cette tendance.

Jasmina Slacanin

Rédacteur

Photo:
Rainer Eder, Rainer Eder, DR, Keystone, Suisse Tourisme
Publication:
lundi 26.06.2017, 14:00 heure