Une fois son travail de bénévole terminé, Savi Djalilov (à dr.) rejoint les rangs des bénéficiaires et fait les courses pour sa famille.

Tous solidaires: sus au gaspillage

Partage De Villeneuve à Susten, l’association Tables du Rhône fait office de pont entre la surabondance et la précarité, procédant chaque semaine à neuf distributions alimentaires.

Il est près de 14 h quand le véhicule des Tables du Rhône s’arrête, comme chaque mardi après-midi, devant le local de distribution d’Aigle (VD).

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Dans la grande salle, une quinzaine de bénévoles réceptionnent les marchandises qui seront bientôt disposées sur les tables. Dans la cour, une quarantaine de clients attendent que s’ouvrent les portes de ce magasin particulier. En rejoignant les bénévoles, Savi Djalilov a choisi de franchir une étape. Ce citoyen tchétchène de 45 ans officie aujourd’hui comme aide-chauffeur, une occupation qui lui apporte une double récompense: une meilleure intégration et l’occasion de perfectionner son français. Et c’est avec un grand sourire qu’il transporte les cageots de fruits et de légumes empilés dans le fourgon.
Une fois son travail accompli, Savi Djalilov rejoint les rangs des prestataires des Tables du Rhône. Il fait les courses qu’il apportera aussitôt à son épouse Ayna (40 ans). Cela fait cinq ans que la famille est réunie dans notre pays. Fuyant la guerre qui ravageait la Tchétchénie, Ayna et ses trois fils ont décidé de prendre la route compliquée de l’exil. Khamzat (18 ans), le deuxième de la famille, n’a que peu de souvenirs de son pays d’origine: «Nous sommes partis avec notre mère en transitant par la Pologne où nous avons séjourné quelque temps. Moi, je parlais le tché-tchène et le russe. En Pologne, j’ai suivi des cours de polonais.» Un premier choc linguistique qui n’était pas le dernier. «Nous avons poursuivi notre voyage en direction de la Suisse. Nous avons été accueillis au centre de réfugiés de Vallorbe, puis transférés à celui de Bex, avant d’être logés dans cet appartement. Où mon père nous a rejoints deux ans plus tard.»

Intégration via le sport et la cuisine

D’où, inévitablement, un deuxième choc linguistique pour tous. À Aigle, Khamzat a fréquenté l’école obligatoire pendant quatre ans. «Aujourd’hui, je continue de suivre des cours et j’espère trouver bientôt une place d’apprenti magasinier ou d’apprenti logisticien.»
Son frère Ramzan (21 ans) fait un apprentissage de chauffagiste alors qu’Adam (12 ans) continue sa scolarité. Toute la famille a fait de grands efforts pour se familiariser avec le français et le Larousse français-russe a sa place sur la table, tout à l’entrée de l’appartement. La langue ne reste cependant pas la seule manière d’intégration.
Les trois fils ont le sport pour dénominateur commun: fitness pour l’aîné, football pour le deuxième et lutte gréco-romaine pour le cadet. Et pas question d’oublier la cuisine. Khamzat a participé à un atelier cuisine durant quatre mois: «Dans notre famille, chacun cuisine. On essaie un peu tout. Moi, j’aime bien le gratin dauphinois, le tiramisu et tout ce qui est dessert. Ainsi que la raclette évidemment!»

Plus de 15 000 personnes sont aidées chaque semaine

Le partage plutôt que le gaspillage

L’association Tables du Rhône (Rottu-Tisch dans le Haut-Valais) fonctionne depuis 2006 comme pont entre la surabondance d’aliments invendus dans les commerces et les personnes vivant dans la précarité. Partenaire de Table Suisse et de Table couvre-toi, elle a pu signer en 2014 avec ces derniers un nouveau contrat qui marque près de dix ans de fructueuse collaboration.

Aigle, mise en place du magasin.

Dans la pratique, ce sont quelque 300 bénévoles qui récoltent jour après jour dans de nombreux magasins, dont 22 points de vente Coop situés entre Villeneuve et Brigue, les surplus alimentaires de bonne qualité pour les distribuer aux personnes précarisées ainsi qu’à certaines institutions caritatives. L’an dernier, huit distributions se sont déroulées chaque semaine, soit: Bex le lundi, Aigle et Susten le mardi, Sion et Brigue le mercredi, Monthey le jeudi ainsi que Martigny et Viège le vendredi.

Les marchandises sont délivrées par des bénévoles.

Tables du Rhône / Rottu-Tisch ont signé une convention avec les fournisseurs dans laquelle l’association s’engage à distribuer les produits alimentaires récoltés aux personnes bénéficiaires de l’aide sociale et aux institutions caritatives. Il appartient aux services sociaux des localités concernées de définir qui a droit à l’aide alimentaire. Et ce sont ces mêmes services sociaux qui délivrent une carte de bénéficiaire, renouvelable tous les trois mois.

Savi Djalilov (à droite), son épouse Ayna et leur fils Khamzat apprécient les denrées qui leur arrivent via les Tables du Rhône.

L’an dernier, huit chauffeurs bénévoles ont parcouru près de 80'000 kilomètres, récoltant et acheminant environ chaque jour 1,3 tonne de produits alimentaires. Ce sont ainsi 330'296 kg de denrées qui ont été distribués l’an dernier, pour une valeur commerciale supérieure à deux millions et demi de francs.

Siegfried Dengler, ancien président de l’association et aujourd’hui vice-président, relève que la qualité et la diversité de produits s’est nettement améliorée, grâce notamment à l’excellente collaboration des grandes surfaces.

www.tablesdurhone.ch

Des actes pour le bien-être de tous

www.des-paroles-aux-actes.ch/105
Toutes les paroles aux actes
Anne-Marie Cuttat

Rédactrice

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Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 28.09.2015, 14:00 heure

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