1 von 9










Une femme et des ailes

La vie de Géraldine Fasnacht s’écrit en exploits. Nous avons partagé avec elle un moment d’été, dans l’auberge de son oncle et sa tante, en contrebas des Marécottes (VS).

Vol à l'aiguille du midi

Elle tourne la vie comme une pirouette, à l’instar de cette pirouette qu’elle adresse à la gravité lorsqu’elle enfile son costume d’oiseau. Un verre de sirop de rhubarbe à la main, elle s’esclaffe: «C’est trop bon! En plus, la couleur est associée à mes ongles!» Et de poursuivre, d'une foulée: «J’aime bien être féminine, du coup, je suis trop contente, depuis que j’ai une wingsuit et un parachute roses. Souvent, j’entendais: Il a fait un joli saut! Et en réalité, c’était moi. Ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on est hors circuit! Le côté girly, c’est rigolo, ça ne se prend pas au sérieux!» Géraldine Fasnacht, première au monde à s’être élancée du Cervin en wingsuit.

«

La vie, il faut la vivre au plus près de ce qu'on ressent.»

Dans l’auberge des ses oncle et tante, en contrebas des Marécottes, elle invitera à goûter le sirop de bourgeons de sapin et les framboises au gingembre. Bio. «Après un beau vol, je viens plier mon parachute ici, ou au canyon, pour me baigner. Je n’apprécie pas trop la piscine. Souvent, il y a trop de gens et j’ai trop peur de sauter du 5 m.» Vraiment. «Ce n’est pas question de vertige, mais je ne sais pas faire ça. J’ai sauté des buildings, dans des événements, mais si j’ai le choix, je saute d’une falaise. Je suis dans les éléments, ce n’est pas artificiel. S’adapter aux conditions du moment: c’est pourquoi j’aime toujours autant aller en montagne. Dans tous mes voyages, c’est la montagne qui me mène où je vais.»

Dans son quotidien, aussi. Géraldine Fasnacht dit son aversion à se lever tard et résume volontiers sa journée à se tenir «plantée devant la météo» et ses constellations de logiciels. «Souvent, j’établis mes horaires de départ par rapport au soleil qui rentre dans ma ligne de ride ou de vol.» De la vie de tous les jours, elle dira encore qu’elle adore cuisiner, mais pas pour elle seule, évoquera son chat voyageur, les petits meubles qu’elle fabrique avec «plein de vieux bois récupéré» après avoir rénové sa ferme, à Bagnes, sa voiture comme deuxième maison – encore que la grange où elle réside atténue l’idée. «J’ai réussi à poser mon camp de base.» Une réussite. Elle s’excuserait presque de ne pas être casanière.

Géraldine Fasnacht, ici à l’Auberge du Vallon de Van, près des Marécottes (VS). 

Au bout du possible, au bout des mondes, elle retient ce Be happy dans le sourire parfois édenté des Inuits. Sa mère, aussi, sa «star», qui l’asseyait derrière la planche à voile avec son boxer, pour «faire des tours». Sa mère à laquelle elle se réfère quand elle aborde ce que, de l’existence, elle ne voudrait pas manquer. «J’aimerais bien être maman. J’espère être aussi bien que la mienne, autant à l’écoute, sans jugement. La maternité? Je ne suis pas fixée complètement là-dessus, je fais confiance à la vie.»
Géraldine Fasnacht peut voler avec son corps, et elle qualifie cela d’«assez fou». Elle ne cache pas qu’elle «envie les oiseaux», pour cette capacité à laisser voler. Le gypaète plutôt que l’aigle, qui plane plus qu’il ne plonge. «Quand un gypaète nous passe à côté et nous observe, c’est magique, il semble penser: «Regarde ces clowns!» Magique. Le mot est une ritournelle. «Je ne vais pas consulter ma montre pour faire un sommet. J’ai besoin de contempler les fleurs, je ne suis pas dans la performance physique. C’est un moment magique d’être dans la nature. On en profite autant en montée qu’à la descente.» Et de déployer «le ciel, le soleil qui se réfléchit sur un glacier, un oiseau, les odeurs des animaux qui ont dormi là où on marche. La petite cueillette des fraises sauvages.»

Et le vol du Cervin? «Je me suis énormément préparée. Mais l’objectif est d’être en montagne, et là, c’était de gravir un sommet esthétique, d’apprécier. Une fois en haut, on a piqueniqué une heure et on a contemplé le paysage, le Mont-Rose, l’Italie. Au Mali, j’avais dû renoncer à un vol après douze heures d’ascension. C’est difficile mais important de savoir dire non. Si je ne fonctionnais pas comme ça, j’aurais peut-être décidé d’arrêter ce sport car je déteste me faire peur.»
Géraldine Fasnacht trace des lignes qui lui sont propres. «Je n’aime pas l’extrême», tient-elle à souligner. «Ça ne correspond pas à ma discipline, qui est très douce. On vole sur les éléments. L’extrême, pour moi, c’est quand on ne gère plus. Or, je pratique des sports où on doit connaître ses limites pour être bon.»

Mue par quelle motivation, par quel impératif? Les convictions fortes enroulent des silences. «Elle est belle, la vie. Elle est et restera toujours trop courte. Il faut la vivre au plus près de ce qu’on ressent et de ce qui est important.» Les mots forment des bulles d’air, sur les tragédies qu’elle éconduit d’un éclat de regard.
Plus qu’une pionnière particulière, Géraldine Fasnacht se définit comme une «amoureuse de la nature, une exploratrice. J’essaie d’être à la limite de ce qu’on peut. Quand j’étais petite, on me disait: C’est bien d’avoir des rêves, c’est mignon, mais tu n’es pas un oiseau. Aujourd’hui, je le vis. Il faut toujours se donner les moyens d’essayer.»
Une pirouette.

Portrait


Géraldine 
Fasnacht 

Née: le 18 juin 1980.

Aéronautisme: «Je voulais être pilote à l’armée, je me suis décidée un peu tard.» Brevet de parachutisme en 1998.

Formation: employée de commerce. Licence de load control.

Vols: 3000 au total.

Ses lieux: «Le Mont-Fort, sommet où on a la plus belle vue au monde. La grange où j’ai grandi. Une ferme de 1700, dans le Gros-de-Vaud.»

Théâtre: «J’adore ce qui me fait rire. Comme la tournée 120 secondes. C’est toujours basé sur des faits exacts, et c’est très fin.»

Chocolat: «Je m’achète les toutes grosses plaques, comme ça, je suis sûre de ne pas les finir!»

Palmarès: onze victoires inter-nationales en freeride – trois fois l’Xtreme de Verbier. Vol du sommet du Brévent (juillet dernier).

En amont du Cervin 

Une première mondiale

Près de 2200 m de vol. Un départ très court, sur une pente à 88% et 107 m de mur vertical. Géraldine Fasnacht signait une première mondiale en s’élançant du Cervin en wingsuit, le 7 juin dernier. «C’est la montagne mythique, la montagne de rêve que je dessine depuis toute petite. En ouvrant les Drus, en 2012, je me suis dit qu’il fallait refaire des calculs pour le Cervin quant aux angles et longueurs de pente. Et s’entraîner sur les pentes en basse montagne, facilement accessibles, où on pourrait enchaîner les mêmes départs pour visualiser l’angle de vol parfait et avoir les départs les plus efficaces, régulièrement. En wingsuit, on est desservi par une mauvaise presse qui ne parle que des accidents et jamais de cette préparation carrée. Elle est l’investissement d’une vie. Parfois, on me demande quel autre sport je pratique. Mais je n’ai pas le temps! Je m’entraîne beaucoup en soufflerie pour apprendre à connaître l’élément le mieux possible, à gérer au mieux mes positions.» Dans quelles nouvelles perspectives? «J’ai encore une évolution», élude-t-elle. «Mon rêve ultime, ce serait de faire du soaring (ndlr: vol libre) en wingsuit, comme les oiseaux, les parapentes.»

Des cakes brownies en Antarctique

Sur les traces de Shackleton, en Antarctique. C’est le projet que peaufine Géraldine Fasnacht pour octobre. «En expédition, je ne vais pas me faire un mois de nourriture déshydratée. Pour moi, la nourriture doit être un plaisir. En expédition, la dernière ville où on passe avant de partir hors des sentiers battus, on s’arrête pour acheter et conditionner de la nourriture fraîche dans des bidons. Une autre partie du ravitaillement, c’est Benoît Violier qui nous la prépare – un bon repas par personne par semaine. Si on est limité par le poids, il nous approvisionne en cakes brownies au chocolat. On l’a créé ensemble.»

Toutes les vidéos

Commentaires (2)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Thomas Andenmatten / TeroRepo
Publication:
lundi 25.08.2014, 14:30 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?