Franziska et Thomas Leuenberger font carrière dans la gastronomie. Ils décompressent dans leur jardin familial à Zurich.

Une oasis dans 
le quotidien

Mixité Les jardins familiaux sont 
bien plus qu’un petit coin de nature avec des fleurs, des légumes et un cabanon. 
On y trouve des gens d’horizons de plus en plus variés.

Quand j’ai raconté à mon masseur que mon mari Thomas rêvait de posséder un jardin familial, il m’a dévoilé qu’il était le président de l’association des jardins familiaux d’Aussersihl, à Zurich, où des parcelles étaient justement disponibles», se souvient Franziska Leuen-berger (32 ans).
L’Allemande du Nord et le Zurichois (33 ans) se sont rencontrés il y a huit ans dans un restaurant où il travaillait en tant que cuisinier et elle en tant que serveuse. Très vite, ils ont emménagé ensemble et commencé à rêver de voyager plusieurs mois de la Nouvelle-Zélande aux États-Unis en traversant le Pacifique. En même temps, Thomas confie son désir de cultiver ses propres salades à Franziska, qui trouve l’idée saugrenue.

Giuseppe et Lidia Assante 
à Bümpliz à Berne. Le coiffeur 
et son épouse mettent un 
point d’honneur à être élégants en toutes situations.

De l’art de caresser les tomates

Nos tourtereaux investissent donc leur oasis de verdure dès 2012, bien plus vite qu’ils ne l’imaginaient. Pendant leur tour du monde, qui s’est conclu par un voyage de noces à Las Vegas, leurs amis se sont chargés d’entretenir la parcelle.
Désormais, le jeune couple passe la majeure partie de son temps libre dans son havre de verdure. Franziska est directrice du restaurant Limmathof et Thomas vient d’ouvrir sa propre boutique baptisée Coffee Zürich. «Heureusement, notre appartement, le jardin et le café se trouvent tous les trois dans le même quartier de Wiedikon», explique Thomas, qui travaille entre dix et douze heures par jour. «Lorsque j’étais cuisinier, j’avais déjà remarqué que je décompressais mieux en jardinant», poursuit-il en cueillant des mûres qui finiront comme décor sur un cheesecake maison. Franziska coupe de jeunes feuilles de mûrier qu’elle fait sécher pour préparer des infusions. La période des récoltes est celle qu’ils préfèrent. Le jeune homme adore s’occuper des tomates et aime les caresser, pour savoir lesquelles sont sur le point d’éclater. «C’est à ce moment précis qu’elles sont les meilleures!»
Les Leuenberger font du troc avec leurs voisins jardiniers. «Qu’on soit rédacteur en chef ou ouvrier, au jardin, nous sommes tous égaux», affirme Thomas, qui paraît malgré tout un peu plus tatoué que la moyenne.
Les blaireaux, protégés dans ce quartier de Zurich, sont de plus en plus nombreux. Ces pillards nocturnes savent très bien dénicher les fruits et légumes les plus mûrs. «Ils ont brisé une branche de notre figuier et volé tous les fruits», soupire Franziska. Le marc de café produit dans le nouvel établissement de Thomas a trouvé toute son utilité: il fait fuir les nuisibles!

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Un peu d’histoire

C’est le docteur Moritz Schreber (1808–1861) qui a eu l’idée de faire mettre la main à la pâte aux citadins, dont la santé lui tenait particulièrement à cœur. En effet, il fabriquait des appareils visant à empêcher la masturbation et voulait éduquer les jeunes en les faisant travailler dans des jardins, selon une conception très personnelle des principes pédagogiques. Quoi qu’il en soit, les premiers jardins communautaires, les Schrebergarten lui doivent leur nom.
La nostalgie du paradis perdu a gagné la Suisse dans les années 1900 suite à la révolution industrielle. Nombreux sont ceux qui ont alors quitté la campagne pour la ville afin de travailler dans les usines. Pour ne pas renoncer à faire pousser leurs propres légumes, ils ont créé des jardins à la périphérie de grandes villes. Aujourd’hui encore, les parcelles sont gérées par des associations et louées à des tarifs abordables. Fondée en 1925, la Fédération suisse des jardins familiaux compte à ce jour 24  500 membres (infographie plus bas).

Le jardin familial, un lieu idéal pour goûter gâteaux, infusions et confitures maison.

La star de cinéma

Grâce à son îlot de verdure, Giuseppe Assante a connu une brève mais fulgurante célébrité en 2010, quand le film Unser Garten Eden est sorti sur grand écran. Il lui est arrivé de signer des autographes sur la Place fédérale de Berne! En tant que président des jardins familiaux de Bottigenmoos dans le quartier de Bümpliz, il a tenu un rôle majeur dans ce documentaire réalisé par le Kurdo-Syrien Mano Khalil.
Alors qu’il avait prévu de faire un reportage de vingt minutes, les producteurs ont été tellement conquis qu’ils ont souhaité en faire un véritable film. «À Bruxelles, Mano a même remporté un prix du film européen», se souvient Giuseppe Assante (68 ans). Dans cette œuvre, le coiffeur aux racines italiennes a fait rire bien plus d’un spectateur en expliquant avec brio comment faire régner l’ordre au jardin. Certains de ses comparses jardiniers n’ont pas vraiment apprécié et le lui ont fait savoir.
En 2011, Giuseppe et sa femme Lidia ont démissionné de leurs fonctions de policiers de l’association. Ils n’interviennent plus quand le règlement n’est pas appliqué à la lettre par les jardiniers issus de 28 pays. «Désormais, je ne suis plus que le président des tomates», déclare en riant Giuseppe, qui vit depuis 50 ans en Suisse.
Le couple est toujours habillé très élégamment sur sa parcelle qu’il cultive depuis 17 ans. «Le salon de coiffure se trouve à proximité du jardin, nous venons directement après le travail», explique Lidia (63 ans). Leurs fidèles clients reçoivent des légumes en cadeau l’été. Dans leur cabanon, nous apprenons que Giuseppe a aussi connu son heure de gloire en tant que coiffeur. En 1978, il a en effet remporté le titre de champion de Suisse dans la catégorie Coupe homme.

À Fribourg, Jenna Neigenfind et Olivier Loquai découvrent 
les bonheurs et les promesses du jardinage.   

Jardiniers débutants

Eux, ils tâtonnent encore. Il faut dire que c’est leur deuxième saison au jardin. Olivier Loquai et Jenna Neigenfind (43 et 39 ans) habitent avec leurs deux fils (8 et 6 ans) un appartement en Basse-Ville de Fribourg «où la luminosité n’est pas suffisante pour les plantons».
Le couple connaît Baptiste et Sylvia Janon par le biais de leurs enfants qui fréquentent la même école. Au fil de la discussion, ils se découvrent un intérêt commun pour le jardinage. Les deux familles postulent alors pour un jardin familial en colocation au Stadtberg, au pied du pont de la Poya avec une vue magnifique sur la vieille ville. La réponse positive immédiate les prend par surprise et c’est ainsi qu’ils s’y sont mis l’an dernier, au bonheur la chance, avec une seule condition: de n’utiliser ni engrais chimique ni désherbant.
La parcelle qui leur a été attribuée était à l’abandon, un immense travail de réhabilitation les attendait donc, mais également quelques surprises. «Il y avait des plantes dont on ignorait le nom», sourit Jenna.
Immédiatement, le mélange de cultures les a séduits. Leurs voisins de parcelles, des Turcs et des Macédoniens, leur ont donné des plantons de leur pays, des conseils et même un barbecue! Chaque famille sème ses légumes où bon lui semble. «Le printemps est toujours un moment délicat, car on ne sait pas s’il s’agit d’une jeune pousse ou d’une mauvaise herbe, ça nous est arrivé d’arracher par mégarde les plants de l’autre», avoue Olivier. Depuis, ils déposent un petit panneau devant chaque semence.
Ambitieux, les quatre adultes entreprennent à l’automne de construire eux-mêmes une serre. Ils montent le toit et laissent le reste pour le week-end suivant, en se disant que le vent passerait à travers. À leur retour, ils trouvent la maisonnette en pièces et abandonnent le projet pour l’hiver. Leur application mobile les rappelle à l’ordre en pleine journée de ski: il est temps de penser aux semis du printemps.
Ils poursuivent donc l’expérience, plus motivés encore, même s’ils procèderont différemment: «On a planté beaucoup de topinambours mais on s’est aperçus qu’ils étaient très envahissants», racontent Olivier le Nantais et Jenna la Berlinoise. Elle a planté des melons miel dans la nouvelle serre, des légumes rares et des herbes aromatiques.
Pour motiver Maxim et Charlie, leurs fils, Jenna a planté aussi du cola végétal et construit une cabane avec des plants de haricots. «Mais ce qui leur plaît le plus, c’est de creuser un trou, le remplir d’eau, puis s’asperger de boue», grimace-t-elle. Cet été, les Loquai et les Janon se sont mis d’accord pour décaler leurs vacances, afin que la parcelle ne soit pas laissée à l’abandon. Et la liste des travaux à réaliser pour aménager complètement le terrain ne finit pas de s’allonger.

La Suisse, un pays où l’on a la main verte: les jardins familiaux se multiplient

Source Fédération suisse des jardins familiaux; infographie Caroline Koella

Bon à savoir à l’avance

Chaque association dispose de son propre règlement: surface cultivable maximale, répartition des différentes superficies entre les légumes, les fruits, les fleurs ou le gazon, etc. La proximité avec la nature étant privilégiée, certains jardins peuvent imposer que les cultures soient uniquement biologiques.

Le règlement peut également exiger de protéger les parcelles du regard curieux des passants. Des brise-vue, sous forme de haie, buissons… sont alors recommandés.

Pour lʼéclairage de la terrasse le soir lors de barbecue, ou lʼutilisation dʼune cafetière, un raccordement électrique (si lʼassociation en dispose) ou des panneaux solaires sont nécessaires.
Il existe également des règles imposant le calme à des heures précises de lʼaprès-midi et de la nuit. En effet, tout le monde nʼa pas la même conception de la fête et du volume sonore.

En été, si vous nʼêtes pas en mesure dʼarroser tous les jours, vous devez choisir des plantes rustiques ou opter pour un système dʼarrosage automatique. Un collecteur dʼeau de pluie peut être utile, car lʼutilisation dʼun tuyau dʼarrosage est parfois proscrite. La con-sommation dʼeau peut être rationnée.

Enfin, pour trouver une parcelle dans un jardin familial, adressez-vous à une association proche de chez vous: www.jardins-familiaux.ch

Ils vivent presque au jardin

Le cabanon des Müller est parfaitement aménagé, il y a même un téléviseur, alimenté par énergie solaire.

Dans le jardin familial de Lettenmatt à Oberwil (Bâle-Campagne), le chalet de Ruth et Markus Müller est une véritable petite maison. Comme dans la plupart des jardins, il est interdit d'y habiter officiellement… mais pas d’y passer la nuit. Les Müller ne s'en privent pas en été lorsqu'il se fait tard après un bon barbecue. Les lieux sont parfaitement aménagés. Au pire, l'électricité photovoltaïque qu'ils produisent eux-mêmes vient à manquer, en général pile pendant leur émission de télé préférée. La cuisinière et le réfrigérateur sont alimentés par des bouteilles de gaz, le chauffage fonctionne au pétrole. Le couple a acquis cette maisonnette bâtie en 1939 il y a six ans seulement. Avec sa superficie de 40 m2, elle est un peu plus grande que le maximum autorisé. Ils s'acquittent donc chaque année d'une pénalité de 200 francs, en plus de leur bail normal. Ils ont souhaité acquérir une parcelle lorsqu'ils ont vendu leur maison familiale avec jardin pour emménager dans un appartement à Therwil. Ruth, en particulier, ne pouvait pas s'imaginer vivre sans son propre espace vert. Cette Emmentaloise de 49 ans a grandi dans une ferme. À Lettenmatt, Markus, ancien ingénieur, s'est installé un atelier où il a notamment construit les claustras et les plates-bandes surélevées. «En plus des aspects techniques, il s'occupe de faire bouillir la marmite», ajoute Ruth. Elle qui n'a jamais aimé cuisiner préfère se consacrer à la culture de son jardin. Aujourd'hui, ses plantes aquatiques l’occupent: elle souhaite débarrasser l'étang du jardin de ses feuilles de nénuphar jaunes et brunes. Pour cela, elle a enfilé ses bottes de caoutchouc et s'est armée d'une épuisette avant de s'avancer dans l'eau. «Cette plante est vraiment dégoûtante», lance depuis la rive son petit-fils Kilian (4 ans). Les Müller adorent passer du temps dans leur paradis de Lettenmatt où presque tous les jardiniers sont Suisses. Ils aiment se prélasser sur une chaise longue, jouer avec leur chien Micki ou regarder le feu. D'ailleurs, en parlant de feu, le brasero en cuivre bricolé par Markus a d'abord été une machine à laver dans une autre vie.

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texte:
Eva Nydegger, Mélanie Haab
Photo:
Kostas Maros, Peter Mosimann, Charly Rappo 
Publication:
lundi 21.08.2017, 14:00 heure



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