«Faire du cinéma? C’est physique»

Ses films sont primés et font partout salle comble. La réalisatrice Ursula Meier est cette semaine l’invitée du Centre culturel suisse de Paris.

Coopération. Franco-suisse ou Suisso-française, Ursula Meier?
Ursula Meier. Je suis née à Besançon, d’un père suisse allemand et d’une mère française, mais j’ai passé l’essentiel de mon enfance et de mon adolescence dans la région de Genève, côté France voisine. Pendant des années, Genève a été ma capitale culturelle. C’est là que je sortais, au concert à l’Usine ou au cinéma du Grütli…

Et aujourd’hui?
Je suis beaucoup à Lausanne où j’ai fondé une société de production, Bande à part Films, avec mes amis Lionel Baier, Jean-Stéphane Bron et Frédéric Mermoud. Et où je travaille avec mon précieux scénariste, Antoine Jaccoud. Mais désormais, ma ville, c’est Bruxelles. Je m’y suis installée durant mes études en 1994 et je m’y sens à ma place. C’est un coin de francophonie un peu décalé.

D’où vous vient votre fibre de cinéaste?
Je suis le fruit d’un parcours et d’une ambiance familiale. Celle sans qui je ne ferais pas de cinéma, c’est ma sœur de sept ans plus âgée que moi, Sabine, qui est photographe. Elle étudiait aux Beaux-Arts à Paris et j’allais chez elle dès que j’avais trois jours de libre pour faire des orgies de cinéma. Je voyais trois à quatre films par jour: Bergman, Godard, Tarkovski, Bresson… Un jour, elle a réalisé un film de façon très artisanale dans lequel je tenais le rôle principal. On faisait tout, costumes, déco, on a même repeint une salle des fêtes… Son regard est très proche du mien, on est faites du même bois.

Duquel? Quelle est sa caractéristique?
Le goût du cadrage inhabituel, on le tient de notre père. Chaque année, il réalisait un album qui racontait, en suisse allemand, plus tard en français, l’histoire intime de notre famille mêlée à l’histoire en général (silence). Notre famille était très vivante. Je me souviens qu’on pouvait discuter toute la journée autour de la table du petit-déjeuner. Etant la plus jeune, j’écoutais beaucoup. Et je regardais autour de moi d’une manière décalée.

C’est-à-dire?
Si on m’avait demandé de décrire une table, je l’aurais décrite de dessous! Ce qui m’a sauvée dans mon cursus scolaire, ce sont les maths. Ils m’offraient une liberté que je ne trouvais pas dans les autres matières. J’étais beaucoup dans mon monde, je me racontais des histoires. Je ne suis pas venue au cinéma par la littérature. Mais par la pensée et l’imaginaire. Et aussi par le corps. Jusqu’à 14 ans, j’ai fait beaucoup d’athlétisme et c’est ma passion pour le cinéma qui m’a fait arrêter. Faire du cinéma est quelque chose de physique pour moi.

Quelle était la place du cinéma dans votre vie d’enfant?
Je n’y allais pas souvent. Mes parents étaient cinéphiles pourtant. Je me souviens qu’un soir, ils s’étaient opposés à ce que je regarde la télévision parce qu’ils voulaient que je dorme. Et qu’ils étaient venus me réveiller ensuite pour venir voir Mon Oncle de Tati qui passait à la télévision! Mon premier film au cinéma, j’avais environ 8 ans, m’a laissé une empreinte très profonde. La mère d’un copain nous avait emmenés voir un film genre La Boum mais elle s’était trompée de salle. On s’est retrouvés devant Voyage au bout de l’enfer de Cimino, un film interdit aux moins de 16 ans et je n’ai jamais voulu sortir!

Quand avez-vous décidé que vous feriez du cinéma?
L’émotion cinématographique qui m’a fait comprendre que le cinéma était une écriture avec des images, des corps, une bande-son, un montage, c’est L’Argent de Robert Bresson. Le film réalisé par ma sœur a compté aussi. Puis j’ai réalisé mon propre film. J’avais travaillé comme caissière à Genève et avec l’argent gagné, je me suis acheté une caméra vidéo. J’ai tourné un long métrage où j’ai fait jouer toute ma famille. Enfin, un jour, j’ai téléphoné à Alain Tanner. Au culot. Il a accepté de me rencontrer dans un café et m’a encouragée à faire une école de cinéma.

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas?
Je suis très prise par mon métier. Je viens de vivre une année de folie après le succès de L’Enfant d’en haut. Il m’est arrivé d’accumuler quatre jetlags en un mois.

Quels sont vos projets?
En ce moment, j’ai deux longs métrages sur le feu! L’un se passera entre la France et la Suisse. Pour le second, j’aimerais travailler avec des acteurs anglo-saxons. J’ai été contactée par des producteurs et agents américains. Je ne sais pas encore si je vais tenter l’Amérique.

Parcours

Ursula Meier, réalisatrice prodige

1971. Naissance d’Ursula qui a donc 42 ans. Pour le cinéma, elle est née en 1994 avec un premier court métrage, «Le Songe d’Isaac», primé dans de nombreux festivals dont Locarno.

2008. Sortie de «Home», avec Isabelle Huppert, sélectionné à Cannes, vendu dans 45 pays, qui a fait 100 000 entrées en Suisse. Trois Prix du cinéma suisse et trois nominations aux Césars.

2012. Sortie de «L’Enfant d’en haut», avec Kacey Mottet Klein et Léa Seydoux, qui a obtenu l’Ours d’argent à la Berlinale. Le film s’est retrouvé dans la short list des nominables aux Oscars. Trois Prix du cinéma suisse dont celui
du Meilleur Film et nominé aux Césars.

2013. Du mardi 5 au vendredi 8 novembre, le Centre culturel suisse de Paris offre quatre soirées «carte blanche» à Ursula Meier qui va rassembler les personnalités de sa famille artistique: son coscénariste Antoine Jaccoud dont les monologues vont être lus par Mathieu Amalric, sa sœur Sabine Meier qui présente une série de photographies, le musicien John Parish, compositeur de la musique de «L’Enfant d’en haut» qui va donner deux concerts, ainsi que de la danse, du cinéma…

Centre culturel suisse de Paris

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Keystone
videos:
www.youtube.com
Publication:
lundi 04.11.2013, 10:02 heure

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