Quelques instants avant un direct sur l’île du Giglio, un an après le naufrage du Costa Concordia.

«Je suis amoureuse de l’Italie»

Correspondante à Rome pour les télévisions suisse romande et belge, Valérie Dupont nous propose son regard sur l’Italie et les Italiens. Entretien hors antenne.

Coopération. Comment êtes-vous arrivée en Italie?
Valérie Dupont. J’ai eu le coup de foudre pour l’Italie à 19 ans, lors d’un voyage à Florence, mais c’est en 2005 que j’ai pris la décision de m’y installer. A cette époque-là, je travaillais comme cheffe d’édition à la Radio Télévision Belge (ndlr: RTBF). J’avais réussi à convaincre la rédaction de l’importance de couvrir ce qui allait probablement être la dernière célébration pascale de Jean-Paul II, qui était très malade. J’étais sur place au moment du décès du pape et c’est cet événement qui m’a fait prendre conscience de la nécessité d’ouvrir un bureau de correspondant à Rome.

C’est aussi à ce moment-là que vous avez réalisé vos premiers reportages pour la RTS?
Oui. J’ai eu la chance de rencontrer Hubert Gay-Couttet, qui était chef de la rubrique «politique étrangère». Je le considère comme une personne de grande qualité, aussi bien journalistiquement qu’humainement. Il m’a fait confiance et a décidé, avec l’appui de la RTBF, de créer un poste de correspondante freelance à Rome pour la Suisse et la Belgique. Ce projet de vie professionnelle se doublait d’un projet de vie privée puisque j’avais rencontré en Italie celui qui allait devenir mon mari.

Votre regard sur l’Italie d’aujourd’hui?
C’est un pays qui a été béni des dieux. Il a tout reçu: la situation géographique, le climat, la beauté, la culture… Malheureusement, depuis une vingtaine d’années, il a parfois tendance à vivre sur cet héritage, à ne plus le faire fructifier. Si beaucoup d’Italiens défendent encore les qualités qui ont fait de l’Italie une grande nation, le pays vit assez mal cette période de crise économique. Il a de la peine à se reprojeter dans l’avenir. Pour l’instant, un certain désarroi traverse l’Italie.

«

Même s’ils sont très fiers de leur pays, les Italiens sont capables d’autocritique»

Si vous deviez décrire les Italiens en quelques mots…
Les Italiens ont cette grande qualité de ne pas être orgueilleux. Même s’ils sont très fiers de leur pays, ils sont aussi capables d’autocritique. Et surtout, d’après mon expérience personnelle, ils sont extrêmement accueillants. C’est pour cette raison que je me sens blessée quand on nous fait voir une Italie raciste et pas forcément accueillante.

C’est l’image qu’en donnent les médias par rapport aux immigrés clandestins…
Comme presque partout en Europe, on assiste en ce moment en Italie à une espèce de repli sur soi qui génère une peur de ces arrivées d’immigrés venus d’Afrique, d’Asie ou d’autres régions du monde. C’est vrai qu’ils sont parfois entassés dans des centres d’accueil en attendant d’être acceptés ou refoulés. Mais je crois qu’il faut faire la différence entre les politiques d’accueil des Etats et le caractère de leurs habitants.
Ce n’est pas évident pour les Italiens de penser qu’en pleine crise économique, où le travail manque, des personnes viennent chez eux dans l’espoir d’un avenir meilleur. Face à ce problème, ils ont l’impression d’être lâchés par les autres pays européens. Cela dit, je trouve courageux de la part du Gouvernement italien d’avoir choisi une ministre issue de l’immigration (ndlr: Cécile Kyenge, ministre de l’Intégration).

Par quel aspect vous sentez-vous Italienne?
Par le café! (rires) En fait je me sens Italienne pour un tas d’autres raisons, même si certaines choses m’agacent en Italie. Quand je dois demander un document à l’administration communale, par exemple, je rêve d’être Suissesse. A part ça, j’admire chez les Italiens cette capacité de prendre encore le temps. Un café, en Italie, c’est bien plus qu’un simple café. C’est un moyen de se rencontrer, de parler, d’échanger.

«

Quand je demande un document à l’administration, je rêve d’être Suissesse»

A part le café, qu’est-ce qui vous plaît dans ce pays?
Tout d’abord, j’aime les Italiens. Si vous vous asseyez à une terrasse et que vous les observez, vous vous apercevrez qu’il y a toujours quelque chose à raconter. Que ce soit à Naples ou à Venise. J’aime ce côté inattendu de l’Italie, ce côté exubérant, contrasté… Oui, on peut le dire: je suis amoureuse de l’Italie.

Et au contraire qu’est-ce qui vous déplaît?
Le fait qu’ils négligent de préserver les grandes richesses qu’ils ont reçues en héritage. Autrement, il n’y a pas grand chose qui me déplaît sinon qu’ils parlent parfois un peu trop et n’agissent pas assez.

Si l’Italie était un lieu?
Une promenade au crépuscule sur la voie des forums impériaux. Dans ce décor, observer les nuées d’oiseaux qui traversent le ciel de septembre a quel-que chose de magique.

Si l’Italie était une saveur?
Une saveur? (elle réfléchit) Un morceau de pizza à Naples. Je reconnais que ce n’est pas très original (rires) mais c’est surtout pour l’alliance des couleurs et des saveurs. En revanche, aux Suisses qui projettent de venir en vacances en Sicile, je conseille vivement le couscous de poisson. C’est un plat de la région de Trapani (ndlr: ouest de l’île) et c’est délicieux.

Portrait

Journaliste dans l’âme

Carte d’identité. Valérie Dupont est née à Liège (Belgique) le 16 décembre 1968. Mariée avec un Italien, Paolo, elle a deux enfants d’un précédent mariage: Fédora, 19 ans, et Tanguy, 16 ans.

Vocation. C’est à l’époque du collège que naît en elle la passion du journalisme. Elle commence à écrire dans le journal local «La Meuse» avant de partir une année aux Etats-Unis, à 18 ans.

Parcours. De retour en Belgique, elle s’inscrit à l’école de journalisme de Mons, transférée par la suite à Bruxelles. Elle obtient sa licence après quatre ans d’études, puis travaille comme assistante pour des correspondants étrangers à Bruxelles ainsi que pour une chaîne britannique, «British Satellite News». Après quelques années, elle passe l’examen d’entrée à la télévision publique belge. Elle y reste de 1996 à 2005 avant de devenir correspondante à Rome pour la RTS, la RTBF (télévision et radio) ainsi que pour le journal «La Libre Belgique».

Hobbies. La lecture et le sport.

www.rts.ch

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Jean Pinesi

Rédacteur

Photo:
Paolo Dorliguzzo
Publication:
lundi 09.09.2013, 15:29 heure

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