La consultation populaire «Point de Suisse» invite les habitants à se prononcer sur 25 sujets.

Valeurs suisses en questions

Grâce au Festival de la Cité, cinquante ans après le scandale de l’«affaire Gulliver» lors de l’Exposition nationale de 1964 à Lausanne, une nouvelle consultation populaire sur l’identité du pays est lancée.

Peut-on être un «bon Suisse» si l’on ne fait pas son service militaire? Ou si l’on ne va jamais voter? C’est à ce type de questions que le plus grand nombre possible de Suisses répondent jusqu’à la fin du mois. Johannes M. Hedinger et Marcus Gossolt, un duo d’artistes connu sous le nom de Com&Com, ont mis sur pied l’enquête nationale Point de Suisse pour le compte du Festival de la Cité. Ils reprennent une idée déjà mise en œuvre lors de l’Exposition nationale de 1964 à Lausanne.
Aujourd’hui, de telles interrogations font sourire, mais il y a cinquante ans, le Conseil fédéral ne les avait pas trouvées drôles du tout. Il en avait d’abord censuré certaines, puis avait fini par interdire complètement la publication des résultats. L’état d’esprit de l’époque ainsi exprimé lui semblait être un dossier trop sensible. Cette censure était parvenue aux oreilles de la presse, qui avait révélé ce qui est connu sous le nom d’affaire Gulliver.
Le professeur de sociologie René Levy assure l’encadrement scientifique de l’enquête nationale Point de Suisse. Il promet que, cette fois, les résultats ne seront pas détruits!

René Levy, professeur de sociologie à l’Université de Lausanne

René Levy, professeur de sociologie à l’Université de Lausanne
René Levy, professeur de sociologie à l’Université de Lausanne

Coopération. Quel est, de manière générale, le but de cette enquête nationale?
René Levy. Il s’agit avant tout d’un projet artistique qui, cinquante ans plus tard, entend réaliser l’enquête prévue dans le cadre du projet Gulliver. Il sera intéressant de voir à quoi ressemble la Suisse un demi-siècle après.

Les résultats d’un premier sondage représentatif ont déjà été publiés. Les réponses correspondent-elles à celles d’il y a cinquante ans, ou vivons-nous dans une Suisse plus libérale?
La Suisse est aujourd’hui clairement plus libre en ce qui concerne les débats politiques et la liberté d’expression. Il ne faut pas oublier qu’en 1964, nous étions en pleine guerre froide. Les opinions qui choquaient les esprits conservateurs sont dépassées, même si la plupart des thèmes suscitent toujours la controverse.

Qu’est-ce qui vous a étonné ou choqué?
Lorsque, comme moi, on fait de la recherche depuis longtemps, on devrait ne plus être étonné des résultats de telles enquêtes… Toutefois, plusieurs points méritent d’être soulignés. Par exemple, une proportion étonnamment élevée de Suisses ont des grands-parents immigrés. La Suisse est devenue un pays d’immigration au même titre que les Etats-Unis. En outre, cette enquête met clairement en évidence le fait que presque la moitié des habitants ne se sentent pas systématiquement représentés par un parti. Cela ne les empêche pas de s’intéresser à la politique, mais à travers des thèmes concrets. Et enfin, ce qui frappe, c’est l’acceptation élevée de l’aide au suicide, de l’avortement et du modèle de retraite flexible.

Au total, 86% des hommes ne se sentent jamais désavantagés du fait de leur sexe, tandis que 35% des femmes se sentent au moins «parfois» défavorisées.
Seulement un tiers des femmes? Il est étonnant que le nombre de femmes qui se sentent désavantagées ne soit pas plus conséquent et le nombre d’hommes encore moins élevé. Le chiffre est peut-être moins faux chez les hommes que chez les femmes. Néanmoins, les deux sexes sont désavantagés par les stéréotypes liés au genre. En tant qu’homme, par exemple, cela peut se traduire par l’impossibilité de négocier une réduction de son temps de travail lorsqu’on est devenu père.

En tout, 76% des Suisses se disent très ou en tout cas plutôt heureux, toutes catégories confondues. Est-ce lié à notre prospérité?
Il faut rester prudent. Cette proportion élevée ne correspond pas à mon expérience. Elle est plus basse dans de nombreux autres pays. Il faut être conscient que beaucoup de gens ne reconnaissent pas si facilement qu’ils ne sont pas heureux. C’est une chose qu’on ne dit pas volontiers, même à des amis ou à un médecin. Et, à plus forte raison, à un enquêteur anonyme. J’ai de sérieux doutes quant à cette valeur élevée.

Dans les résultats d’aujourd’hui, qu’est-ce qui diffère d’il y a cinquante ans?
Seule la question de savoir à quelles conditions on peut être un bon Suisse a été reprise directement. Si la répartition des réponses apparaît quelque peu plus libérale qu’avant, les différences ne sont pas incroyables. Beaucoup de questions jadis controversées le sont encore et restent donc d’actualité.

Qu’attend la communauté scientifique de cette nouvelle consultation populaire?
De nombreux thèmes importants traités dans cette enquête sont abordés dans d’autres études. Normal: il serait plutôt étrange que, tout à coup, des aspects totalement nouveaux émergent. Cette enquête est un instrument d’animation. L’intention du questionnaire Gulliver était déjà d’amener les gens à réfléchir, et non d’obtenir des résultats scientifiques. C’est exactement ce dont il s’agit ici.

Point de Suisse

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Un millier d’habitants de toutes les régions de Suisse ont déjà répondu aux 25 interrogations de la consultation populaire «Point de Suisse» sur l’état d’esprit actuel en Suisse. Les résultats sont visibles sur Internet. Jusqu’à fin juillet, toute la population est invitée à y participer. Des scientifiques analyseront les réponses. Elles seront publiées sur Internet à partir d’août et feront l’objet d’un débat public fin septembre à Lausanne.

www.pointdesuisse.ch

Festival de la Cité

De l’inédit, gratuit

Pour sa 43e édition, le Festival de la Cité investit plusieurs coins de Lausanne, dont le centre-ville, le parc de Mon-Repos ou la place de la Navigation. Théâtre, concerts, danse, performances ou installations vivantes: de nombreux rendez-vous artistiques, dont des inédits, attendent gratuitement les spectateurs jusqu’à ce dimanche. Pratique: une navette est mise en place chaque soir (dès 20 h 30) entre la place de l’Europe et la friche du Vallon.

www.festivalcite.ch

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Blick/Toini Lindroos, Keystone, Prisma
Publication:
lundi 07.07.2014, 08:30 heure



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