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Sa soif de culture l’a aidé à fuir l’oppression politique de Roumanie en 1968: l’historien de l’art Victor Stoichita (65 ans).


Victor Stoichita: «Pour rester libre, il fallait résister»

Historien de l’art de renommée internationale, le Roumain Victor Stoichita vient de publier son premier récit «Oublier Bucarest». Rencontre.

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L’art? C’est aider les gens à mieux se connaître»

Vous vivez en Suisse depuis près de 25 ans. Que représente-t-elle pour vous?
Au début, la Suisse était à mes yeux le pays de Klee, de Jung et de Le Corbusier, mais aussi celui qui avait accueilli certains de mes célèbres compatriotes, tels Dinu Lipatti ou Clara Haskil. Maintenant, la Suisse est mon pays d’adoption. Je m’y sens très bien, j’y ai beaucoup d’amis et ma famille est très liée à ce pays qui m’a tout de suite plu, quand je suis devenu professeur à Fribourg, en 1990. J’apprécie sa tranquillité et sa culture de la vie en commun. Les gens ont un vrai respect pour l’autre. Cette civilité, tellement suisse, est rare et fondamentale pour le pays.

Vous êtes né en Roumanie, avez étudié en Italie, travaillé en Allemagne… Quelle est la patrie de votre cœur? L’Europe?
Ma patrie de cœur, c’est la république des lettres, composée de tous mes amis et de tous les partenaires de dialogue que j’ai eus dans ma carrière. Je me sens très Européen, avec ma double expérience de l’Est et de l’Ouest.

«Oublier Bucarest», qui vient de paraître, plonge dans votre enfance, raconte votre famille et la Roumanie. Quel a été le déclencheur de ce livre?
Je portais ce livre en moi. Oublier Bucarest n’est pas un simple récit autobiographique. La mémoire et l’imagination travaillent ensemble. Les personnages réels et imaginaires se rencontrent. Avec ce livre, j’ai voulu mieux me comprendre et mieux saisir le monde que j’ai traversé pour offrir une image de ce passé, dans cette partie du monde, pour les nouvelles générations. La formation intellectuelle d’un enfant, d’un jeune homme qui veut lire, savoir et connaître dans les conditions âpres d’une dictature, est peut-être le thème principal du livre.

Comment vivait-on enfant, adolescent, jeune homme dans la dictature roumaine?
Ce n’était pas facile. Certains membres de ma famille ont connu la prison politique. On luttait directement ou indirectement contre la dictature et son système d’oppression. Mais, dans mon cas, le plus important a été la quête du savoir et des valeurs de l’esprit: elle a fondamentalement aidé les gens. La bibliothèque et les livres étaient notre barricade de papier, le moyen de résister.

L’outil de travail de l’agent commercial

L’outil de travail de l’agent commercial
L’outil de travail de l’agent commercial

Vous êtes sorti du pays en 1968 avec une bourse d’études. La culture a été votre porte vers la liberté?
Oui, c’est exactement ça.

Votre départ a tenu à un fil. La police politique – Securitate – a tenté de vous prendre dans ses filets…
Oui, elle tendait des guets-apens en disant: vous voulez sortir du pays, il faudra collaborer avec nous. On résistait plus ou moins facilement. J’ai eu la volonté et la chance de ne pas accepter les avantages illusoires qu’elle me proposait. J’ai senti que pour garder ma petite liberté, je devais résister. C’était une liberté de trois fois rien, mais c’était ma petite liberté. J’étais prêt à perdre ma bourse pour l’étranger, si le prix à payer était la collaboration. Et j’ai eu de la chance. J’ai pu me glisser entre des pressions politiques et des enjeux que j’ignore encore.

Vous vous êtes consacré à l’art toute votre vie. L’art, ça apporte quoi?
L’image artistique, comme la littérature ou la philosophie, donne du sens à l’existence et au monde. Pour moi, l’art est au-delà du beau, de la ligne, de la forme et de la couleur. J’ai toujours fait des connexions culturelles pour faire émerger ce sens, pour comprendre le monde et aider les gens à mieux se connaître. C’est ça l’art, pour moi.

Un des snowboards West: «La Hache»

Un des snowboards West: «La Hache»
Un des snowboards West: «La Hache»

C’est dans cette optique que vous avez mené, au Louvre, un cycle de conférences sur l’image des «Noirs, Juifs, Musulmans et Gitans dans l’art occidental»?
Oui, il m’a semblé que le savoir de l’historien de l’art pourrait apporter une compréhension supplémentaire à l’un des phénomènes les plus brûlants auxquels se voit confronté le monde contemporain. L’Autre est issu d’une construction dans laquelle le regard et l’image jouent un rôle fondamental. Étudier la façon dont l’altérité s’était construite à l’époque de la formation de l’art occidental a été pour moi une vraie aventure spirituelle. Présentation du cycle de conférences

Si vous deviez emporter trois œuvres sur une île déserte?
Je prendrais Les Mille et Une Nuits, La Divine Comédie de Dante et Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.

Comment vous ressourcez-vous?
J’aime faire de longues promenades sur les berges de la Glâne ou de la Sarine, souvent avec mon épouse, mes enfants ou des amis. J’aime la mer. Nous avons une maison en Espagne. C’est l’endroit où je me reconstruis. Je nage beaucoup, je réfléchis, je regarde le ciel, je lis de la littérature, j’écoute de la musique. C’est une maison sans téléphone, sans Internet, c’est une forme d’isolement et d’alternative totale à l’activité soutenue demandée par la vie universitaire.

4 dates dans la vie d’un homme de passion

1949 Naissance à Bucarest. Il sort du pays en 1968 avec une bourse d’études.

1973 Licence en histoire de l’art et retour en Roumanie. Émigration définitive vers l’Allemagne en 1980.

1990 Arrive en Suisse. Est nommé professeur d’histoire de l’art à l’Université de Fribourg. Vit à Ecuvillens (FR).

2014 Le professeur publie, après de nombreuses études, ce premier récit «Oublier Bucarest» (Actes Sud).

Interprétation du film «Blow-Up» (de Michelangelo Antonioni, 1966)

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Charly Veuthey

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch | SP
Publication:
lundi 08.12.2014, 13:45 heure



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