Vieux habits: le trajet de leur deuxième vie

Recyclage En Suisse, nous déposons chaque année des dizaines de tonnes de vêtements dans les conteneurs. Comment sont-ils gérés une fois collectés? Visite dans l’envers du décor.

Plus de deux tonnes de vêtements par jour: c’est ce que Ferdi Korucu (38 ans), employé pour la collecte de textiles de Tell-Tex Sàrl, ramasse dans les deux demi-cantons de Bâle.
Tell-Tex est la deuxième entreprise de Suisse à s’occuper de la récupération de ce matériel. Elle collabore avec quatorze associations à but non lucratif, dont le Parrainage Coop pour les régions de montagne.

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«Les Bâlois font partie des Suisses qui jettent le plus de vêtements», confie l’employé de Tell-Tex. Un jeudi, rendez-vous est pris dans le quartier de Gundeldingen, à Bâle, devant l’un des 500 conteneurs du Parrainage répartis en Suisse. Curieux d’en savoir plus sur la récupération des textiles, nous avons déposé un sac dans ce même conteneur. S’y trouvent pêle-mêle: un polo rouge jamais porté, un maillot de bain usé, des pyjamas en coton (dont un avec une petite tache), des foulards et plusieurs chemisiers d’été.
Lorsque Ferdi Korucu ouvre la grande boîte métallique, nous découvrons une dizaine de sacs pleins de textiles, quelques jouets sans emballage et quelques déchets. Le chauffeur ne récupère que le textile. Tout le reste est placé dans un sac en plastique qui sera jeté séparément.
L’homme compte les sacs en les emportant à la main, deux par deux, dans sa camionnette.

Un vieux costume de bain, un polo jamais porté, des pyjamas… tout va dans le sac.

Cette méthode facilite le travail; ces sacs servent d’unité de mesure pour quantifier la marchandise: «Un sac représente quatre à cinq kilos», précise-t-il. À chaque conteneur vidé, le responsable signale, via GPS, la quantité de sacs et le numéro de la benne à la centrale, qui enregistre les chiffres.
Y a-t-il des vols? «Pratiquement jamais», selon l’employé. Avant les nouveaux modèles, des personnes malintentionnées réussissaient à extraire de la marchandise à travers la trappe des conteneurs; ils y envoyaient parfois même des enfants. Depuis dix ans, un plateau basculant escamotable rend le vol des vêtements impossible. 

Ferdi Korucu vide les conteneurs...

Seuls les habits utiles sont gardés

Une fois terminée la tournée quotidienne de collecte (soit cinquante prélèvements),  le contenu des bennes est transporté à Safenwil (AG), au siège de Tell-Tex. Là, Irmin Brdarevic, responsable de l’atelier de tri, examine le contenu des sacs avec son équipe, qui compte une douzaine de personnes, dont certaines handicapées, en insertion dans le monde du travail. Chaque jour, ils trient plusieurs tonnes de produits. Sur un tapis roulant, ils séparent des vêtements sales et des matériaux non textiles, tels que la ferraille et les appareils électroniques… Ces objets seront éliminés, tandis que les casques, les patins et d’autres produits non textiles seront donnés à des brocantes ou à des orphelinats.

...et charge les sacs dans son camion pour les amener à Safenwil (AG).

Pendant cette phase, les employés prélèvent les vêtements destinés aux paysans soutenus par le Parrainage Coop pour les régions de montagne et par l’Aide suisse aux montagnards.
Le tri, nous expliquent les employés, dépend de la qualité (seul le meilleur est gardé), et de la demande. Ainsi, sur toute la marchandise collectée, seuls les vêtements vraiment utiles aux paysans et aux familles de montagne sont gardés.
Dans l’entrepôt de plus de 100 m2, les vêtements sélectionnés sont rangés par type et par taille: des sous-vêtements aux chaussures, en passant par les draps et les linges, il y a un grand choix pour hommes, femmes et enfants. Dans notre sac, le polo a été sélectionné dans ce but. 

«

La majorité des habits collectés est rachetée par des tiers»

Roland Tegtmeyer, représentant de Tell-Tex

Un jouet pour les familles

À l’aide d’un formulaire téléchargeable sur le site Internet du Parrainage Coop, il est possible de demander des vêtements. Le service (qui inclut l’envoi postal) est complètement gratuit. Des contrôles empêchent les éventuels abus: seuls les paysans et les familles dans le besoin des régions suisses de montagne (régions définies sur une carte géographique par l’Office fédéral de l’agriculture) peuvent faire une demande. «Parmi les habits les plus prisés, il y a les pulls à col roulé militaires, les pantalons de travail, les vestes sportives pour femmes et les vêtements d’hiver pour enfants, explique Katharina Migliorisi, responsable de l’empaquetage. Les habits pour nouveau-nés sont les moins demandés.»
Une étagère de l’entrepôt est dédiée aux jouets remis par des privés à Safenwil. Ces jouets sont insérés dans chaque paquet destiné à une famille avec des enfants.

Irmin Brdarevic, responsable de l’atelier de tri réceptionne la marchandise.

«

Les vêtements d’hiver pour enfants font partie des habits les plus prisés»

Katharina Migliorisi, responsable de l’empaquetage des vêtements chez Tell-Tex

Des employés handicapés vident les sacs.

Ce qui est inutilisable est brûlé

Du contenu de notre sac, neuf pièces sur dix seront vendues à l’étranger. «La majeure partie des habits collectés est rachetée par des tiers. La Belgique, l’Italie et les pays de l’Est sont les principaux marchés. Nos clients sont des entreprises qui continuent le processus de sélection et de revente», relève le représentant de Tell-Tex, Roland Tegtmeyer.
Entre 90 et 95% des vêtements récupérés sont revendus par son entreprise, dont 65% en seconde main (habits et chaussures). Près de 20% sont recyclés pour fabriquer des chiffons et 10% sont transformés en matériau brut utilisé dans les isolations ou le domaine industriel, par exemple pour les intérieurs de voitures. Le reste considéré comme déchet est incinéré de manière durable.

Le tri de la marchandise.

Quelles que soient les recettes des ventes, chaque association caritative qui collabore avec Tell-Tex reçoit un montant en centimes par kilo de matériel collecté. Pour le Parrainage Coop pour les régions de montagne, cela représente 20 centimes.
En 2015, l’entreprise argovienne a récupéré 16 800 tonnes de vêtements usagés, dont près de 3000 tonnes provenaient des conteneurs pour le Parrainage Coop.
Sur le total des recettes, 2,8 millions de francs ont été distribués à des œuvres caritatives; 597 000 fr. ont été versés au Parrainage Coop pour les régionss de montagne (soit environ 160 000 fr. de plus qu’en 2014). Le don fait au Parrainage ne subit pas de déductions: «Coop se charge de nos coûts d’administration et de personnel. Chaque franc sert donc entièrement à soutenir nos projets de soutien», indique Béatrice Rohr, directrice de l’organisation. Concrètement, cela concerne des rénovations d’habitations, d’étables et d’alpages, l’approvisionnement en électricité et en eau et l’amélioration de voies d’accès.

Katharina Migliorisi dans l’entrepôt des habits destinés aux paysans de montagne.

S. S. (nom connu de la rédaction) vit à Klosters (GR) avec son mari et ses deux enfants. Depuis deux ans, elle demande des habits pour sa famille. «Il a fallu surmonter ma gêne. Je l’ai ensuite conseillé à plusieurs amies dans la même situation. En quatre commandes, je n’ai reçu qu’une fois un vêtement qui ne correspondait pas à nos besoins. Au début, je ne pensais pas recevoir des choses encore quasi neuves. Je suis très reconnaissante.»

Le polo neuf a été sélectionné, il sera envoyé par la Poste à une famille qui en aura fait la demande.

Déchets ou dons? Pourquoi jeter?

Récolte organisée. Les autorités considèrent les habits usagés comme des déchets recyclables, dont le sort est réglementé.

En moyenne, en Suisse, nous jetons six kilos de matières textiles par année et par habitant, selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).
Pourquoi les jeter dans les conteneurs? «Pour faire de la place dans l’armoire», «Pour ne pas les jeter avec la poubelle, c’est une perte et ça coûte», «Je veux m’en débarrasser tout en faisant une bonne œuvre», «Parce que le conteneur est placé à un endroit pratique pour moi», «Pour aider les gens dans le besoin». Voici quelques réactions recueillies dans la rue et au sein de la rédaction.
Ainsi, il y a d’un côté ceux qui sont contents de pouvoir jeter leurs vieux habits sans se préoccuper des coûts (surtout dans les communes qui appliquent la taxe au sac poubelle), et de l’autre ceux qui déposent du matériel par conviction que tout peut encore être utile. «Voilà pourquoi il est important d’être transparent et d’expliquer clairement ce qui se passe avec les vieux vêtements», relève Béatrice Rohr, la directrice du Parrainage Coop pour les régions de montagne.
Les autorités suisses considèrent les habits usagés comme des déchets recyclables. Deux organismes s’occupent de les collecter sur le territoire public: Texaid (dont fait partie Contex) s’en occupe à hauteur de 65%, et Tell-Tex Sàrl se charge du reste.

Permis de ramasser

Les deux entreprises utilisent des méthodes similaires de collecte, de tri et de vente de matériel. La récolte est effectuée de deux manières: via les conteneurs d’habits et par le ramassage de sacs d’habits à domicile que les gens déposent dans la rue. Le bureau de coordination des collectes de textiles en Suisse est chargé de coordonner la récolte des habits, de l’annoncer et d’établir un calendrier de ramassage des sacs. Les textiles usagés appartiennent à une catégorie de déchets pour laquelle il n’est pas nécessaire d’obtenir une autorisation pour son exportation.
Selon l’OFEV, un label de qualité pour la récolte des habits n’est pas prévu. En revanche, les associations caritatives, comme le Parrainage Coop pour les régions de montagne, doivent garantir la transparence et l’honnêteté, grâce à des labels de qualité tels que Zewo.

www.zewo.ch
Parrainage

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texte:
Giorgia von Niederhäusern
Photo:
Pino Covino
Publication:
lundi 11.04.2016, 14:30 heure



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