Le gardien Yann Sommer (27 ans) ne doit pas seulement avoir l’œil sur le ballon, mais sur l’ensemble du jeu.

Vu des buts

Interview Yann Sommer sera dans les buts demain contre YB et le 6 septembre contre le Portugal. Rencontre à Mönchengladbach (D) pour parler foot, enfance, argent, cuisine, musique.

En temps normal, il dit avoir suffisamment de temps libre pour lui. Yann Sommer (27 ans) s’entraîne une fois par jour, ce qui lui laisse une demi-journée pour faire autre chose. Mais lors du rendez-vous que nous avons avec le gardien de la Nati, son emploi du temps est chronométré et très organisé. D’autres obligations l’attendent: visite médicale, briefing des arbitres, rassemblement de l’équipe.

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C’est mon job de gérer le jeu»

Yann Sommer (27 ans)

Yann Sommer, vous êtes un perfectionniste?
Dans certaines choses oui, pourquoi?

Lorsqu’un attaquant commet une faute, il a «raté de peu». Mais si le gardien se trompe, il y a but. Votre responsabilité est donc bien supérieure.
C’est vrai. Personne n’est parfait. Mais quand il est question de mon job, j’aspire à un certain perfectionnisme. Je fais beaucoup pour produire une bonne performance – ne serait-ce que par ma manière de m’entraîner et de me préparer.

Vous êtes l’un des meilleurs gardiens de but et vous avez même été élu le meilleur d’Allemagne pendant votre première saison avec un taux d’arrêts de 84%. Que disent de tels chiffres?
Les statistiques m’importent peu. Évidemment, c’est plutôt agréable que de tels chiffres me valent un retour positif et des avis favorables. Mais ces quotas dépendent aussi beaucoup de la performance collective. On l’aura vu la saison dernière. Nous avions alors adopté un autre style de jeu en laissant davantage d’espace à l’adversaire et mes taux d’arrêts étaient en conséquence inférieurs. Voilà pour les statistiques. On les consulte et on se réjouit quand elles sont bonnes.

Quand vous êtes-vous pour la première fois retrouvé entre les poteaux d’un but en tant que gardien?
Quand j’avais 4 ans ou un peu plus.

Depuis quand n’avez-vous plus eu peur que le ballon vous arrive au visage?
Je n’ai jamais eu peur, vraiment pas. J’ai toujours voulu être gardien de but, rien n’y a changé.

Vous n’avez jamais été joueur de champ?
Bien sûr, de temps en temps, en tant que junior. On assiste régulièrement à des situations où les gardiens s’impliquent dans l’offensive pour offrir le cas échéant le but décisif à leur équipe.

Vous aimez y parvenir?
Aimer n’est pas le bon terme. En effet, cela signifie toujours que l’équipe a un retard à rattraper et urgemment besoin d’un but. Le gardien n’y est guère habitué. Il s’agit davantage d’irriter l’adversaire ou de créer un surnombre dans le camp adverse.

Des experts comme l’ancienne star des gardiens de but allemands Oliver Kahn s’extasient sur votre détente. Suivez-vous un entraînement spécial ou est-ce un talent inné?
Je m’entraîne régulièrement pour cela. Mais, parmi les gardiens de but, je ne fais pas partie des plus grands en taille. Il est donc d’autant plus important pour moi d’avoir une forte détente et d’être explosif. Le fait de devoir courir parfois davantage derrière un ballon pour le récupérer fait partie de mon style de jeu.

Vous êtes considéré par les journalistes comme particulièrement sympathique, ce qui est exceptionnel dans votre domaine. Les gardiens de but ont plus l’habitude d’être un peu fous.
C’est une idée reçue, à mes yeux totalement dépassée et aucun gardien de but ne me vient à l’esprit qui collerait à cette étiquette.

Vous parlez aussi d’argent entre collègues, et de salaire?
Non.

Même pas des remarques du genre: «Pour deux millions de salaire annuel, tu aurais dû l’arrêter…»?
Non. On ne sait pas ce que gagnent les autres joueurs.

Vous valez actuellement dix millions de francs. Que pense un sportif de tels chiffres?
Ce ne sont que des chiffres et des jeux de calcul. Au final, c’est toujours le club qui fixe la valeur marchande d’un joueur.

Ça vous met la pression de valoir dix millions de francs?
Non. J’essaie chaque année de faire mon job au mieux et de faire gagner l’équipe. La valeur sur le marché n’est que la conséquence de ces efforts.

En juillet 2015, vous valiez encore douze millions. Vous êtes devenu deux millions «meilleur marché», malgré une hausse du coût de la vie d’environ 0,5% par an? Que s’est-il passé?
C’est sans doute lié à notre dernière saison moins réussie. En tant que gardien j’ai eu moi aussi plus de mal à me distinguer. C’est ce qui a fait apparemment baisser ma valeur.

«

Je joue de la guitare électrique et du piano. Plusieurs styles de musique me plaisent»

Yann Sommer

Le Français Paul Pogba a récemment été transféré de la Juventus de Turin à Manchester United pour la somme record de 135 millions de francs. Que vous inspirent de telles sommes?
C’est bien sûr beaucoup d’argent mais aussi lié à l’évolution du football. C’est un business et, dans un sens, je profite évidemment aussi de ce système.

Quel est le rôle du gardien dans une équipe à part de devoir éviter des buts?
Essentiel. J’ai tout le jeu devant moi et je dois le gérer. Les défenseurs ne voient pas toujours ce qui se passe dans leur dos et c’est alors à moi de les diriger.

Vous sentez-vous bien à Mönchengladbach?
Je vis moi-même à Düsseldorf, à une vingtaine de minutes de là. La ville est formidable avec une riche offre culturelle et de bons restaurants. Je me sens aussi très bien par rapport au football. C’est très particulier de jouer pour Borussia Mönchengladbach. L’ambiance est énorme. Toute la ville vit pour le football.
On a évoqué votre nom au printemps pour avoir été contacté par d’autres clubs en dehors de l’Allemagne.
Vous êtes resté à Mönchen-gladbach. N’êtes-vous pas tenté par trois ou quatre saisons en Italie? La mer, une excellente cuisine, beaucoup de soleil, l’italianità…
Je n’y pense même pas. Bien sûr qu’il y a de nombreuses belles villes et des lieux charmants. Mais je suis très heureux à Gladbach. Je commettrais une erreur en me posant ce genre de questions.

La bonne cuisine italienne ne vous attire visiblement guère puisque vous cuisinez vous-même très bien et vous passionnez pour l’art culinaire. D’où vient cette passion?
De la maison familiale. Mes parents tenaient beaucoup aux bons repas partagés en famille. Nous nous retrouvions chaque soir autour de la table pour manger ensemble. Nous avions aussi une maison de vacances dans le sud de la France. C’est là que je suis entré en contact avec les marchés et leurs aliments frais. Huile d’olive fraîchement pressée, tournesols, lavande, jambon frais, truffes – voilà des impressions qui restent gravées dans mon esprit et qui m’ont sans doute profondément marqué.

À quoi ressemble votre cuisine?
Je ne suis qu’un cuisinier amateur qui aime préparer des plats à base d’ingrédients frais. C’est lié à mon métier, mais je vis actuellement plutôt sainement. Cela limite évidemment la marge de manœuvre en cuisine mais j’essaie plein de choses: diverses variantes de légumes qui sont très importants pour moi, mais aussi du poisson et de la viande.

Quelles limites vous impose votre métier?
J’essaie d’éviter autant que possible le sucre. En outre, depuis mon enfance, je n’aime pas les produits laitiers. Depuis quelques mois, je me nourris sans gluten. Je n’ai alors plus que le choix de choisir des produits frais. Je me sens très bien sans ou avec un minimum de gluten.

Considéré comme «l’un des meilleurs gardiens de la Bundesliga voire du monde», Yann Sommer est aussi un passionné de cuisine et joue de la musique (quasi) tous les jours.

Comment vous imaginez-vous dans quinze ou vingt ans?
Je ne sais pas, c’est pour moi trop loin. Je préfère laisser l’horizon ouvert.

Et professionnellement, à la fin de votre carrière?
J’ai un diplôme de sportif professionnel. Ça sonne un peu bizarre, mais c’est ainsi. Je suis en train de rassembler des idées pour savoir quelles formations je souhaiterais suivre. Je ne peux pour l’instant pas vous en dire plus que je n’en sais moi-même.

Vous avez une autre passion: vous jouez de la guitare. Pratiquez-vous la musique intensément?
Aussi intensément que possible, en principe chaque jour. C’est aussi pour moi une compensation bienvenue dans ma vie quotidienne. Là encore, je tente de nouveaux trucs – chanter, jouer d’autres instruments.

Du rock ou des rythmes plus doux?
Je suis ouvert aux deux. Je joue un peu de guitare électrique et du piano. J’aime toutes sortes de styles.

Votre carrière n’a pas suivi une ligne droite. À 18 ans, vous n’avez pas réussi à vous imposer à Bâle et avez été transféré à Vaduz avant de retourner à Bâle après un petit détour par Grasshopper (GC). Quelle était l’importance de ce détour?
Très grande. J’ai acquis beaucoup d’expérience positive à Vaduz. La montée en division supérieure a été essentielle puisqu’elle m’a offert l’occasion de rejoindre GC avant de revenir à Bâle. Vu sous cet angle, je suis très content d’avoir fréquenté ces clubs et tous les individus que j’ai rencontrés grâce à ce détour.

En équipe nationale, vous étiez souvent dans l’ombre de Diego Benaglio et ne lui avez succédé comme gardien titulaire qu’après sa retraite. Avez-vous beaucoup souffert sur le banc des remplaçants?
Ce n’était pas du tout grave. C’était un autre état d’esprit en équipe nationale. J’étais très heureux d’en faire partie. Diego a alors accompli un travail formidable. Il était incontestablement numéro un.

Quelles sont les chances de la Suisse pour les éliminatoires de la Coupe du monde contre le récent champion d’Europe portugais?
Bonnes. Évidemment, le champion d’Europe en titre est une grande nation du football, mais nous avons un bon esprit d’équipe et sommes confiants pour aborder cette première étape vers la
Russie.

Yann Sommer

Une vie de gardien

Dans l’album de famille du futur gardien: le petit Yann a déjà l’œil très vif…

Dans l’album de famille du futur gardien: le petit Yann a déjà l’œil très vif…
Dans l’album de famille du futur gardien: le petit Yann a déjà l’œil très vif…
  • En 1992, Yann Sommer a 4 ans et il se trouve pour la première fois entre les poteaux d’un but.
  • Son premier club de football est le FC Herrliberg (de 1996 à 1997).
    À 9 ans, Yann Sommer rejoint Concordia Basel avant d’intégrer le groupe des jeunes du FC Bâle où il a signé en 2005 son premier contrat professionnel en tant que gardien titulaire de l’équipe M 21 (1re Ligue).
  • Entre 2010 et 2014, Yann Sommer (en 2010 encore en tant que remplaçant) devient quatre fois de suite champion suisse avec le FC Bâle et a réussi des parcours remarquables avec l’équipe en Champions League.
  • Le 30 mai 2012, Yann Sommer débute comme titulaire de la Nati lors d’une rencontre amicale contre la Roumanie. Depuis la retraite de Diego Benaglio en août 2014, il est le gardien de but titulaire de l’équipe nationale suisse.
  • Lors du mercato de la saison 2014/15, Yann Sommer est transféré en Bundesliga à Borussia Mönchen-gladbach où il a signé un contrat valable jusqu’au 30 juin 2019. 

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Getty Images, Sascha Steinbach, DR
Publication:
lundi 22.08.2016, 14:25 heure



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