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Il vole comme les oiseaux

Ancien pilote de ligne chez Swiss, le Neuchâtelois Yves Rossy a tout plaqué pour réaliser son rêve: planer comme un oiseau. Nous l’avons attrapé au retour du Japon où, ailes et fusées au dos, il a volé autour du mont Fuji.

Yves Rossy au Mont Fuji

Coopération. On vous a collé pas mal de surnoms, «Airman», «Rocketman», «Fusionman». Comment faut-il vous appeler, à la fin?
Yves Rossy. Appelez-moi Yves. C’est déjà pas mal. (Rires) Non, il est vrai que chacun y est allé de son petit nom, et ça devenait un peu pénible, alors j’ai créé un logo et j’ai déposé le nom Jetman. Voilà. Ça sonne un peu comme Batman et ça fait cartoon. Ça me plaît.

La traversée de la Manche avec votre aile à réaction, en 2008, c’était plus dangereux que le vol autour du mont Fuji?
Les conditions étaient différentes, mais ni l’un ni l’autre n’ont été dangereux. Je viens de l’aviation professionnelle et j’ai toujours un plan B. Le prototype de la Manche était moins développé, et donc moins facile à voler. Le prototype actuel est plus sûr et plus performant. Le défi en traversant la Manche était similaire à celui du vol autour du Fuji: dans les deux situations, la météo changeait très vite. Evidemment, sur la Manche, il y avait l’amerrissage qui aurait pu compliquer les choses. Ce jour-là, j’ai attendu vingt minutes dans la flotte avant que l’hélico ne me repêche. Mais je travaille avec une équipe très pro, tout est très bien préparé. Bon, après…

Quelle différence avec un autre appareil, style parapente?
Dans toutes les autres formes de vol, on commande une machine par l’intermédiaire d’un manche à balai, d’un trapèze ou de poignées. Moi, je ne voulais rien entre moi et l’air. Comme les oiseaux. Les oiseaux ne commandent rien, ils ne pilotent pas, ils volent. Mon engin ne se pilote pas: il se vole en bougeant le corps et les mains. C’est une actitivité intuitive, comme celle d’un enfant qui jouerait à l’avion.

Vous arrive-t-il d’avoir peur, par exemple avant le vol?
Un pilote professionnel se connaît bien. Il sait s’écouter et faire la différence entre la peur et la tension. La peur est un pressentiment, une intuition négative: «Quelque chose ne va pas.» Tandis que la tension nous rend alertes aux problèmes qu’il pourrait y avoir. Elle permet de rester concentré, vif, prévoyant. Un type sous tension est prêt. Un type qui a peur est paralysé. Y aller en ayant la trouille, c’est courir à la catastrophe, c’est comme partout ailleurs, en fait.

«

Là-haut je pense à ma femme, et je lui dis: oh chérie, si tu voyais ça»

Avez-vous déjà annulé un vol, comme ça au pied levé?
Oui, ça m’est arrivé aux Etats-Unis, au Grand Canyon, il y a un peu plus de deux ans La foule était là, tout était prêt. Mais il y a eu deux, trois signes et j’ai eu un nœud au ventre. Alors j’ai dit non. Je n’avais pas envie de me tuer devant toute cette équipe, télé comprise.

Qui sont les gens qui ont peur pour vous?
Mes parents. Mes proches. Ma femme, elle, beaucoup moins; elle est très confiante, elle est mon meilleur supporter. Elle est l’air sous mes ailes. Je la consulte souvent, nous parlons beaucoup.

A quoi pense-t-on, quand on est tout seul, là-haut, et qu’on file à 300 km/h?
En lâchant l’hélico, on tombe comme une pierre. La concentration est maximale, tout semble si irréel. Puis les réacteurs s’allument et ça accélère encore, puis on redresse. C’est là où commence une phase plus calme et stable, et on regarde autour de soi et on voit la
planète, ses couleurs. Ce n’est pas que la tronche est vide, vous voyez? Il se passe plein de choses dans la tête, durant cette phase… En dix minutes, on a le temps de penser! Alors souvent je pense à ma femme, et je lui dis: Oh, chérie, c’est un beau film! Je t’envoie de bonnes ondes, si tu pouvais voir ça comme je le vois… Puis au moment d’ouvrir le parachute, la concentration redevient maximale.

Vous ne voulez pas développer un prototype où vous pourriez voler à deux?
Quoi? Attendez, vous avez déjà vu des oiseaux qui volent collés l’un à l’autre, vous? (Rires) Imaginez ça! Ces oiseaux auraient un sacré problème. Ou alors, c’est qu’ils feraient des trucs un peu bizarres, là-haut…

Vous étiez pilote de ligne chez Swiss. Vous songez à reprendre les commandes?
La compagnie Swiss m’a réservé une place de commandant de bord pendant quatre ans. Mais il y a une année, j’ai dû faire un choix: recommencer, me former à nouveau, ou arrêter définitivement. J’ai suivi l’appel du cœur: j’ai arrêté. (Silence) C’est clair que renoncer à un job de commandant de bord, ça peut paraître complètement dingue. C’est le top de la profession, surtout chez Swiss. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Pour goûter à la beauté de la vie, il faut savoir prendre des risques?
Absolument. La vie nous lance toujours des défis, elle nous place devant des choix incroyables. Il ne faut pas reculer devant ces choix. Il ne faut pas avoir peur de l’échec. L’important, c’est de suivre son cœur, et de le suivre intelligemment.

Portrait

Appelez-le Jetman

Naissance. Yves «Jetman» Rossy est né le 27 août 1959 à Neuchâtel. Il est marié.

Profession. Ancien pilote militaire et commandant chez Swiss. Inventeur.

2006. Il devient le premier homme de l’histoire à voler moyennant une aile à réaction. Et il est toujours le seul. «Pour l’instant.»

Septembre 2008. Traversée de la Manche avec son aile à réaction, de Calais (F) à Douvres (GB) – un trajet de 35 km accompli en treize minutes, en ligne droite, à plus de 200 km/h.

Novembre 2013. Lâché plusieurs fois d’un hélicoptère (altitude 3600 mètres), «Jetman» effectue neuf tours du mont Fuji, grâce à son aile en fibre de carbone de 60 kilos. Ses quatre réacteurs lui ont permis d’atteindre des pointes à 300 km/h.

Il l’a dit. «Formidable, de se trouver devant le Fuji et de se sentir comme un moustique.»

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Pablo Roberto Jimenez Davila
Photo:
Keystone | SP
Publication:
lundi 25.11.2013, 16:20 heure

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