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Trois petites amies, mais plus de mèche, c’est ce qui attend Titeuf ado.







Zep: «Titeuf est mon identité secrète»

Adolescence Philippe Chappuis, alias Zep, prend le pari de faire grandir son personnage préféré, sans renier son âme d’enfant.

«

Jʼaime mieux ma vie aujourdʼhui quʼà 20 ans»

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer avec le personnage de Titeuf?
J’adore le dessiner. C’est comme un musicien qui a son instrument fétiche, celui dont il joue le mieux. Dans mon blog, je mets des choses plus personnelles: mes vacances, Hiroshima, les réfugiés…

Vous souhaitiez revivre votre crise d’ado?
C’est le personnage qui veut ça. On dit que les personnages de BD ne vieillissent pas, mais ce n’est pas vrai. D’album en album, ils vivent de nouvelles histoires et prennent de la maturité. Tintin, le personnage sans âge par excellence, possède au début une certaine naïveté. Titeuf avait 8 ans en 1993, il en a 12 là.

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Titeuf ado, cela ne risque-t-il pas de faire fuir le public?
Non, je ne pense pas. Le public est attaché au personnage. Si je n’ai plus de bonnes histoires sur l’enfance à raconter, il faut aller chercher ailleurs.

Qu’est-ce qu’une bonne histoire sur l’enfance?
Il faut qu’on ne l’ait pas déjà vue, et qu’elle sonne vrai dans la vie du personnage. J’ai noté beaucoup de gags dans mon carnet, que je n’ai pas gardés. Je vais encore peut-être faire un ou deux albums sur l’enfance, mais à 80 ans j’aurais envie de raconter autre chose. J’ai été enfant beaucoup moins longtemps que Titeuf. Il agit sur moi comme une identité secrète que je me réjouis de réendosser.

Qui vient dans vos séances de dédicaces?
Le public évolue. Il y a des enfants, beaucoup entre 10 et 14 ans, puis des adultes. Mais il y a un vide entre 14 et 30 ans. La semaine dernière, pour la première fois lors d’une séance de dédicaces, il y avait de jeunes adultes, qui ont grandi avec Titeuf.

Aujourd’hui, vos premiers lecteurs viennent avec leurs enfants…
Ça fiche un coup de vieux mais c’est génial (rire)! On mesure combien le temps passe. La BD est un territoire occupé par petits et grands. Titeuf en particulier.

Cela signifie-t-il que Titeuf devient de plus en plus politiquement correct?
Il devient institutionnel, sans doute mais je ne m’en plains pas. Cependant, les adultes et les enfants
ne le lisent pas pour la même chose. Cela permet d’aborder des sujets délicats en famille. Les enfants rigolent d’un gag et posent ensuite des questions sur l’avortement ou le racket.

J’use un carnet de croquis par mois

Titeuf n’est pas un enfant très moderne, il n’y a aucun écran dans sa vie…
Oui, ses parents ne sont pas très progressistes, et moi-même, ce n’est pas mon enfance. Ce que je pourrais raconter là-dessus serait fait avec une vision d’adulte.

Pourtant, vos enfants ont sûrement des smartphones!
Hélas. Ils en ont, ils les perdent, ils les cassent, ils dépensent des sommes insensées pour acheter des jeux.

Dans votre blog «What a wonderful world», vous évoquez votre famille recomposée. Comment ça se passe au quotidien?
C’est assez animé. J’adore! Quand on est tous là, on est sept (ndlr: il a trois enfants, et son épouse en a deux). Cela demande aux enfants d’être souples. Ils se déplacent beaucoup. Il faut penser en permanence à prendre leurs affaires. Cela donne des mômes qui apprennent très tôt qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Avec deux formules parentales, ils entendent des choses très différentes. Quand l’un dit blanc et l’autre dit noir, ils comprennent vite que ce n’est ni blanc ni noir. Ils développent un sens critique peut-être plus fort que quelqu’un qui n’a pas vécu cela.

Avec mes enfants, on colorie des marrons

Y a-t-il de la jalousie?
C’est une grande fratrie, il faut passer beaucoup de temps à démêler les conflits. On essaie aussi de consacrer un moment avec chacun tout seul. Quand on est beaucoup, on perd de vue plein de choses.

Comment vous organisez-vous quand vous êtes en promo?
J’arrange mes rendez-vous en fonction de mes enfants. Quand je suis à Paris, où vivent deux d’entre eux, ma promo s’arrête à 15 h, je vais les chercher à l’école, et je reprends à 9 h le lendemain. Je les vois beaucoup, même si cela demande de galoper de tous les côtés.

Vous approchez la cinquantaine, comment envisagez-vous ce cap?
Je ne suis pas inquiet par rapport à la vieillesse. J’aime mieux ma vie aujourd’hui qu’à 20 ans. Plus le temps passe, plus je fais ce que j’ai envie. Je trouve génial de voir grandir mes enfants. La vie continue à travers eux. Enfin, je ne vais pas mourir demain, hein, je vise 120 ans.

Cela fait encore beaucoup de BD!
J’ai plein de projets, si je veux tous les réaliser, il faut que je vive longtemps. Vous n’avez pas fini de m’entendre!

La mèche coupée de Titeuf, c’est une métaphore de son corps qui change?
Oui, c’est une métaphore inconsciente. A la relecture, ça m’a frappé, mais ce n’était pas volontaire. Sans sa mèche il a l’air tout petit. Il va tout faire pour que ça pousse… partout d’ailleurs. J’ai griffonné cette scène dans mon carnet, c’était une bonne manière de retrouver Titeuf. Après viennent toutes ses préoccupations de l’adolescence, car les filles lui disent de grandir un peu.
 
Vous avez un réservoir de blagues d’ado?
Je n’ai pas encore commencé à écrire sur le prochain album, mais ce sujet me motive.

N’avez-vous jamais eu envie de redevenir Philippe Chappuis et d’en finir avec ce pseudo Zep?
Ce n’est pas important. Je ne me sens pas une mission de faire entrer mon vrai nom dans les journaux. Quand je travaille sur des projets plus graves, comme «Histoire d’homme», ce surnom enfantin peut être étrange. Mais bon, je ne m’appelle pas «Toto» non plus. Parfois, de jeunes dessinateurs viennent vers moi, avec des pseudos affreux comme Bouboule ou foufounet. Ils trouvent cela rigolo. Je leur dis de changer s’ils veulent faire de la BD.
 
Votre blog sort en livre. C’est-à-dire qu’internet ne remplacera jamais le papier?
J’aime faire des livres, en papier. Même le blog, je le fais sur papier, puis je scanne.Le blog est un outil génial: on raconte des histoires du quotidien. Cela permet de dire des choses que l’on ne pourrait pas écrire dans un article. Quand j’ai commencé à faire de la BD, dans les années 80, les journaux utilisaient les bédéistes comme Wolinski ou Cabus pour raconter les événements. C’est de l’actu depuis ma table à dessin.
 
Vous êtes toujours entre Genève et Paris, ce n’est pas schizophrène?
De toute façon, être auteur, c’est hyper schizophrène. Quand on travaille sur un livre, on est absorbé par le personnage. Mon épouse travaille à un roman sur la dernière sorcière brûlée à Genève. Donc elle vit ce personnage de souffrance, et en devient physiquement malade. Il y a des moments où on ne peut pas se retrouver: quand je suis hilare parce que je fais péter une crotte de chien avec un pétard, et qu’elle a été torturée par l’inquisition tout l’après-midi. Mais on aime ces métiers, on est des comédiens.
 

des premières fois en 4 dates

1967 Le 15 décembre, naissance. Il grandit à Genève où il réside encore aujourd’hui.

1979 Naissance de la signature de Zep – en hommage à Led Zeppelin – dans un fanzine.

1993 En janvier, naissance du personnage de Titeuf, dont le 14e album vient de sortir aux éditions Glénat.

1997 Naissance de son premier enfant, Arthur, suivront Charles et Justine, qui vivent à Paris.



Le blog de Zep

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 28.09.2015, 14:15 heure



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