L’activiste pacifique Rajagopal P. V.

«Agis, mais sans violence»

L’activiste pacifique Rajagopal P. V. est un défenseur de longue date des droits des pauvres et des sans-terre en Inde. Il suit l’enseignement du Mahatma Gandhi: sa lutte est sans violence.

Coopération. En quoi le film documentaire retraçant la marche sur Delhi est-il particulier?
Rajagopal. Il contient de nombreux messages. Tout d’abord, le fait que 100 000 personnes aient marché sur Delhi et réclamé pacifiquement leur droit à la terre est historique. Ce qui est nouveau, c’est que des gens vivant dans la pauvreté prennent conscience de la force qu’ils représentent et qu’ils peuvent amener un ministre à signer un accord. Ça a modifié la façon de penser des dirigeants. Le film montre aussi le soutien apporté par la classe moyenne à ce mouvement.

Comment se fait-il qu’autant d’habitants n’aient pas de terre en Inde et en quoi sommes-nous concernés?
Nous vivons dans un monde globalisé. Comme ailleurs, l’Inde ouvre ses portes aux investisseurs. Mais les investissements requièrent des ressources: des terres, de l’eau, de l’énergie, que l’Inde est prête à mettre à disposition.

Par quels moyens?
Pour avoir des terres, le gouvernement déplace des paysans. Pour accéder à l’eau, il chasse les pêcheurs. Pour construire des barrages et produire du courant, il déloge les adivasi, des aborigènes sans terre. En Inde, 40 millions de personnes ne possèdent pas de terres. Les expropriés viennent encore grossir ce chiffre.

«

Les pauvres prennent conscience de la force qu'ils représentent»

Les expropriations sont-elles assorties de dédommagements ou de compensations?
Oui, si le paysan a des titres de propriété, ce qui est rarement le cas. Quant aux adivasi, ils ont généralement un droit d’usage de terres qui appartiennent à l’Etat. Ils n’ont aucun justificatif, et ces terres peuvent leur être retirées sans la moindre contrepartie. De plus, les richesses naturelles n’appartiennent pas aux propriétaires des terrains, mais à l’Etat qui, pour
les exploiter, peut les exproprier.

Avec votre organisation, vous aidez ces paysans à se battre pour leurs terres…
Le message est le suivant: N’attends pas le messie, agis, mais agis sans violence. C’est ainsi que tu changeras ta situation.

En octobre 2012, le ministre de l’Agriculture a signé un accord avec les paysans sans terre. Qu’est-ce qui a changé?
Ce n’était pas le premier accord. En 2007 déjà, 25 000 personnes avaient marché sur Delhi. Le gouvernement a fait des concessions. Certains ont reçu des terres, mais de loin pas tous. C’est pourquoi nous avons organisé une nouvelle marche, bien plus importante. La prochaine fois, ce sera un million de personnes qui se rassembleront.

Difficile de convaincre les gens d’opter pour la résistance non-violente?
Oui. Mais c’est essentiel, car tous doivent se remettre en question. Il n’y a pas que les hommes qui doivent apprendre à se battre sans violence, il y a aussi l’Etat. L’Etat doit apprendre à dialoguer avec sa population au lieu de lâcher ses forces de police sur elle.

Un expert de la protestation pacifique

Rajagopal, un des héros du film, anime des ateliers sur la résistance non-violente.

Ekta Parishad», le mouvement de résistance indien, est l’organisateur de la marche qui fait l’objet du film documentaire Millions can walk. A la tête de cette organisation et du combat des sans-terre, il y Rajagopal P. V. (65 ans). Il n’utilise que son prénom, car son nom de famille fait référence à la caste à laquelle il appartenait. Et Rajagopal rejette le système des castes. Aujourd’hui, il fait le tour du monde afin d’organiser des ateliers pour la résistance et la résolution de conflits non-violentes. Même la police indienne a fait appel à ses services: Rajagopal a expliqué comment rassembler et guider 100 000 personnes de façon disciplinée. «Il m’a fallu quarante ans de travail pour parvenir à ces résultats.» Cet activiste indien a commencé son activité dans les années 1970. Depuis, à petits pas, il a avancé. Aujourd’hui, il est devenu une icône de la résistance non-violente en Inde et bien au-delà. Il a récemment séjourné brièvement en Suisse. Nous avons saisi l’occasion de le rencontrer et de l’interviewer.

Naturaline

Par respect pour les hommes et pour la nature

Outre son activité de président de l’organisation de résistance «Ekta Parishad», Rajagopal est membre du conseil d’administration de l’entreprise de coton bio bioRe India. Cette société, qui a une réputation d’entreprise modèle, fournit le coton pour la marque Naturaline de Coop. Un distributeur que Rajagopal connaît bien… L’activiste pacifique déclare ne pas combattren uniquement la violence entre
les hommes, mais aussi entre l’homme et la nature: «Pendant trop longtemps, nous avons été violents avec elle.» Or, un engagement comme celui de bioRe en Inde correspond à la philosophie de Gandhi. «L’objectif n’est pas simplement de maximiser les profits, mais de se soucier des gens. C’est ce qui me rapproche de bioRe et de Coop.»

Thomas Compagno

Rédacteur

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Photo:
Christoph Kaminski
Publication:
lundi 27.01.2014, 00:00 heure