Comme 70% des jeunes, la Jurassienne Cassandra Kohler (18 ans) a choisi d’entrer dans la vie professionnelle en faisant un CFC.

Apprenti: le choix des jeunes

Carrière Deux tiers des Suisses font un apprentissage. Les débouchés y sont aujourd’hui aussi importants que pour les études. De plus en plus de places ne trouvent cependant pas preneurs. Décryptage.

«Je n’ai jamais aimé l’école», lance la pétulante Cassandra Kohler, 18 ans, originaire des Pommerats (JU). Son père gendarme l’aurait bien vue factrice, mais pas elle. Indécise, elle a tenté six mois d’école de culture générale, avant de rechercher un apprentissage. Après quelques postulations, elle a effectué un stage chez Coop au Jura Centre de Bassecourt, à une demi-heure de chez elle. «Je suis passée par tous les postes. Ce que j’ai préféré, c’est la boucherie!» Manipuler de la viande ne la rebute pas: «C’est très varié comme métier. J’aime le contact avec les clients, les conseiller sur le choix des morceaux, comment bien les cuire…» Collaborer, s’épauler entre collègues lui plaît: «L’esprit d’équipe, on l’a ou on ne l’a pas. Ça ne s’apprend pas! Les autres employés du rayon m’ont plu tout de suite. C’était primordial.» Elle a donc commencé un apprentissage de gestionnaire du commerce de détail en économie carnée, collaboratrice à la boucherie pour faire court.

Pour les côtelettes, il faut manier le couperet.

La porte des études ouverte

À la sortie de l’école obligatoire, plus des deux tiers des jeunes en Suisse choisissent, comme Cassandra, d’entamer leur carrière professionnelle par un apprentissage. Un chiffre stable depuis la remise à neuf du Certificat fédéral de capacité (CFC) lancé à la fin des années 1990. Depuis lors, en plus du brevet fédéral, tous les titulaires de CFC, du maçon au laborantin en chimie, peuvent accéder à une maturité professionnelle, et s’ouvrir ainsi les portes des hautes écoles spécialisées (HES), même des universités. «Autrefois les étudiants étaient une petite minorité, rappelle le Tessinois Mauro Dell’Ambrogio, secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Il fallait être doué pour la pensée abstraite. L’apprentissage permet de développer tôt d’autres aptitudes et offre l’accès aux formations supérieures, et ainsi l’opportunité de faire carrière.» Si lui-même a fait un parcours universitaire, cinq de ses sept enfants ont fait un apprentissage, «et ils sont les mieux rémunérés de tous», poursuit-il.

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L’apprentissage permet aussi de faire carrière»

Mauro Dell’Ambrogio (63 ans), Secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation

Mauro Dell’Ambrogio (63 ans), secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation.

Mauro Dell’Ambrogio (63 ans), secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation.
Mauro Dell’Ambrogio (63 ans), secrétaire d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation.

L’avenir de Cassandra

Comme plus de 80% des apprentis, Cassandra – qui attaque sa troisième et dernière année d’apprentissage chez Coop – ne pense pas qu’elle poursuivra ses études une fois son CFC en poche. Pas son truc: elle devrait renouer avec l’école et rattraper les cours de comptabilité et d’anglais qui étaient en option. Travailler dans une petite boucherie? Reprendre un commerce? Non. «J’ai encore le temps. Je ne sais pas ce qui m’attend.» Elle a des chances que son employeur lui offre un poste fixe – Coop engage plus de 60% de ses apprentis. Si tel était le cas, elle devrait sans doute changer de lieu de travail pour se confronter à d’autres réalités, expérimenter d’autres manières de faire, rencontrer de nouveaux collègues et chefs.
Autrement, elle imagine peut-être suivre une école de management à Neuchâtel: «J’aime bien avoir une équipe autour de moi», lance-t-elle. Devenir cheffe en résumé, mais sans trop d’école…
Cassandra sait aussi que les jeunes qui se forment dans la filière de la viande ne courent pas les rues. «Ils sont difficiles à trouver», selon Annika Keller-Markoff, responsable de l’apprentissage Coop
national. La formation de base dans la branche carnée parle peu aux jeunes. Mais la jeunesse a une fausse image de cette branche.» Elle-même a suivi un apprentissage dans le commerce de détail, avant de poursuivre son ascension à l’interne: cheffe de rayon, adjointe gérante puis gérante d’un supermarché, pour arriver à sa place actuelle, formations continues à l’appui.

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Augmentation des places vacantes

Malgré les opportunités qu’offre la formation dite duale – pratique et théorique – de nombreuses places d’apprentissage restent sur le carreau. Il y en avait 3000 en 2007, 8500 en 2015. Comment l’expliquer? La baisse démographique touchant de nombreux cantons suisses fait que moins de jeunes entrent en formation. Dans le canton du Jura, 900 places sont encore ouvertes: «Les pires années sont à venir, prévient Jean-Luc Portmann, chef adjoint du service de la formation du canton. Les enfants nés alors que la courbe de natalité était au plus bas ne sont pas encore entrés en formation. Et seule l’immigration pourra compenser le vide.»
Autre cause, cette mentalité encore persistante que si on a les notes, il faut faire des études. À cause d’elle, l’apprentissage reste pour beaucoup un second choix. «Cela va changer, commente Séverin Bez, directeur de l’enseignement postobligatoire du canton de Vaud. Les jeunes ayant bénéficié des nouvelles opportunités de l’apprentissage ne sont pas encore parents. Ils en parleront différemment à leurs enfants.» Dans son canton, qui pourtant ne connaît pas de crise démographique, 420 places d’apprentissage restaient vacantes début août, des cuisiniers, ferblantiers, employés de commerce, électriciens, horticulteurs…
Mais tous les corps de métier ne peinent pas à trouver des apprentis. Loin de là. Dans le domaine des soins, par exemple, la concurrence est rude pour décrocher un contrat. Plus que d’autres, les métiers réputés pénibles ou peu glamour ne parviennent pas à compléter leurs effectifs. Les métiers de bouche (boulangers, pâtissiers, bouchers, etc.), le bâtiment, l’hôtellerie, la gastronomie et l’agriculture sont les secteurs les plus touchés. «Certaines entreprises dans le bâtiment ne reçoivent aucune postulation à leurs offres», illustre Jean-Luc Portmann du canton du Jura. «On ne vit pas dans une dictature. On ne peut pas imposer un apprentissage à un jeune», ajoute Séverin Bez du canton de Vaud.
Avec 1171 nouveaux apprentis en 2016, Coop a embauché autant de jeunes que les années précédentes et se dit satisfaite. L’entreprise avait projeté d’ouvrir 250 nouvelles places d’apprentissage supplémentaires, sans toutefois parvenir à les attribuer. Les régions périphériques et les régions touristiques peinent à trouver des candidats.

Philippe Jonot (47 ans) apprend à Cassandra comment désosser une épaule.

Artisanat en péril

Exemple connu de longue date, celui des bouchers. Au début du mois d’août, encore 150 places d’apprentissage étaient disponibles en Suisse. Un pic jamais atteint selon Markus Roten, responsable de la relève de l’Union professionnelle suisse de la viande, qui n’hésite pas à parler de situation dramatique: «Une vingtaine de boucheries cherchent des successeurs pour reprendre le commerce. Elles vont devoir fermer.»
Marcel Trummer, président de l’association des maîtres bouchers de l’Arc jurassien complète: «C’est dommage car la clientèle revient vers l’artisanat et recherche le petit boucher régional. Les banques aussi devraient jouer le jeu et prêter de l’argent aux jeunes pour qu’ils puissent reprendre un commerce, en les coachant si nécessaire. Les PME, c’est cela qui fait tourner le pays.» Comment allons-nous combler le vide? «Pour les métiers que les indigènes ne voudront plus exercer, on ira recruter des adultes à l’étranger», commente Mauro Dell’Ambrogio.
Si pour Cassandra et les six autres apprentis du Jura Centre les cours ont recommencé à la mi-août, il est généralement possible de débuter un apprentissage jusque vers la fin septembre.
Des places, il y en a encore!

Passer les commandes, une des responsabilités confiées à Cassandra.

Quatre des sept apprentis du Jura Centre de Bassecourt (JU). De g. à dr.: Jonathan (19), Cassandra (18), Alémina (17) et Johanne (16).

L’apprentissage chez Coop

Réussite optimale
Avec plus de 1150 nouveaux apprentis chaque année, Coop est le deuxième plus grand formateur de Suisse. Le taux de réussite aux examens finaux a atteint les 99% lors de la dernière volée. Trente conseillers en apprentissage suivent les jeunes dans leur formation.
Coop propose 31 formations, principalement dans le commerce de détail. Tous les postes sont visibles sur notre site Internet et les jeunes peuvent transmettre leur dossier de candidature online.

Maturité professionnelle
Si les résultats scolaires des postulants sont bons, Coop leur propose à l’entretien d’embauche de réaliser une maturité professionnelle. Cette opportunité n’est cependant pas disponible pour toutes les formations. La matu professionnelle donne accès aux hautes écoles spécialisées et, avec un examen, à l’université.

Servir et conseiller les clients, un aspect de son travail que Cassandra aime particulièrement.

«Waouh, il fait un apprentissage!»

Chef du groupe Bell, Lorenz Wyss a commencé sa carrière par un apprentissage de boucher. Aujourd’hui, iI est également détenteur d’un MBA et vient d’être élu CEO de l’année par l’hebdomadaire alémanique «Handelszeitung».

Tout est possible, même pour un apprenti?
C’est l’un de mes principes, jusqu’au point où vous réalisez avoir atteint vos limites, et qu’il vous faut des connaissances supplémentaires pour aller plus loin. Aujourd’hui, les nombreuses possibilités de se perfectionner font qu’à partir d’un apprentissage, vous pouvez vous ouvrir beaucoup de portes. L’important est d’avoir envie, et d’essayer.

Pourquoi avoir choisi, à la fin des années 1970, cet apprentissage de boucher?
Personne n’était boucher dans la famille, mais la tradition voulait que nous travaillions pendant les vacances, mes frères et moi, pour gagner notre argent de poche. Dans le village, deux personnes avaient une voiture, le curé et le boucher, c’était la classe! (rires) Ma mère était déçue, elle aurait bien vu son cadet dans la banque. Mais moi, ça m’a tout de suite plu.

Qu’est-ce qui vous plaisait?
Il y avait une excellente ambiance, un super travail d’équipe. Cela fut déterminant. Et le job en lui-même avait un sens; la belle boucherie, c’est tout un art, avec un produit fini. Mon chef m’a en outre donné très tôt des responsabilités et une certaine indépendance. Il était exigeant mais ça me motivait beaucoup.

Le referiez-vous aujourd’hui?
Oui, pour autant que l’environnement me plaise. J’aime toujours cette profession, même si elle est difficile. Et je rêve d’ouvrir une boucherie à l’ancienne à ma retraite!

Qu’est-ce qui était le plus dur?
Les journées aux abattoirs. Imaginez une température ambiante de 30 degrés, avec 80% d’humidité, le corps de l’animal à 37 degrés et vous bossez dix heures par jour. Les conditions de travail se sont à présent nettement améliorées, mais elles restent exigeantes.

Le nombre de places d’apprentissage vacantes augmente, que faire selon vous pour y remédier?
Améliorer leur image, donner envie aux jeunes, valoriser cette formation. «Waouh, il fait un apprentissage!» C’est beau d’apprendre un métier, c’est un art, c’est de l’or pour la société. Si vous le faites bien, vous avez un avenir. Et si vous avez l’esprit entrepreneur, vous pouvez diriger votre propre entreprise.

Cette tendance vous inquiète-t-elle?
Bien sûr. Dans certaines régions, on ne trouve plus de cuisiniers, l’artisanat se perd. Si seuls ceux qui ne peuvent pas étudier se dirigent vers l’apprentissage, c’est la fin du système. Au final, c’est une question d’adéquation entre l’offre et la demande. Un boucher en début de carrière, après son apprentissage, gagne chez nous 4300 francs au minimum. Mais pour gagner ce salaire, vous travaillez dur et rentrez fatigué le soir. Cela fait peur à beaucoup de jeunes. Je suis cependant persuadé que l’apprentissage est une formation imbattable.

En 1977, le CEO de Bell Lorenz Wyss (57 ans) était apprenti boucher à Arlesheim, Bâle-Campagne.

Source SEFRI 2016; * chiffres de 2014. Données stables depuis dix ans;
** infos indicatives obtenues à partir du comparateur Salarium (moyenne suisse).
Ces valeurs peuvent varier suivant la région, la branche économique et le sexe.
*** salaires minimaux chez Coop.

Toutes les informations sur l’apprentissage

www.formationprofessionnelleplus.ch

Bourse des places d’apprentissage

Les places d’apprentissage pour la rentrée 2017 seront mises en ligne, petit à petit, par les cantons à partir de mi-août et seront continuellement actualisées.
À partir du 12 août: BE
À partir du 15 août: JU
À partir du 1er septembre: FR, NE, VD
À partir du 15 septembre: VS

Site de la bourse des places d'apprentissage

Apprentissage chez Coop

Liste des places

Les salons cantonaux des métiers en Suisse romande, par date

Neuchâtel

Capa’cité, du 8 au 14 septembre, à La Chaux-de-Fonds
Renseignements: M. Laurent Feuz
Service des formations postobligatoires et de l'orientation,
SFPO, Espacité, 2300 La Chaux-de-Fonds
info@sfpo.ch
www.capacite.ch

Vaud

Salon des Métiers et de la Formation Lausanne, du 29 – 04 décembre 2016
Renseignements : MCH Beaulieu Lausanne
M. Nathanael Ha-Vinh
Av. des Bergières 10, CP 89, 1000 Lausanne 22
Tél. 021 / 643 22 32
nathanael.ha-vinh@metiersformation.ch
www.metiersformation.ch

Fribourg

Start – Forum des métiers, 31 – 05 février 2017
Renseignements : M. Fabien Clément, Chambre de commerce et d'industrie
Fribourg
Route du Jura 37, CP 304, 1701 Fribourg
Tél. 026 / 347 12 23 - fax 026 / 347 12 39
fclement@ccif.ch
www.start-fr.ch

Valais

Your challenge, du 20 au 25 février 2018
Renseignements : Service de la formation professionnelle
M. Claude Pottier
Planta 1, 1950 Sion
Tél. 027 / 606 42 55
info@yourchallenge.ch
www.yourchallenge.ch/fr/

Jura

Salon interjurassien de la formation (Jura et Berne francophone), avril 2018
Renseignements : Mme Alessia Aprile, Section francophone de l’Office de
l’enseignement secondaire du 2e degré et de la formation
professionnelle
Ch. des Lovières 13, 2720 Tramelan
Tél. 032 / 486 08 19
info@salon-formation.ch
www.salon-formation.ch

Genève

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Heiner H. Schmitt, Keystone, Christian Flier/13Photo, DR
Publication:
lundi 29.08.2016, 14:30 heure



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