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Avant son extinction en 1914, le balbuzard pêcheur nichait partout 
en Suisse à proximité des lacs. Il sera peut-être bientôt de retour.

Le travail des bénévoles : préparer la nourriture pour les balbuzards…

Observer…

et noter scrupuleusement les observations.

L’occasion d’apprendre à reconnaître de nombreuses espèces de volatiles !

Balbuzard: histoire d’une réintroduction 

Rapace La société romande «Nos Oiseaux» réintroduit le balbuzard pêcheur, un oiseau 
disparu de Suisse depuis un siècle. Reportage exclusif à la prison de Bellechasse (FR), là où 
les jeunes oiseaux grandissent avant de prendre leur envol.

http://www.cooperation.ch/_Balbuzard_+histoire+d_une+reintroduction ​Balbuzard: histoire d’une réintroduction

Le bras tendu, une antenne à la main, Wendy Strahm attend que son émetteur lance ses «bip bip» en rafale, signal qui confirmerait la présence dans les alentours de Taurus, un des douze jeunes balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) réintroduits dans la région des Trois-Lacs fin juin. Pas de bips: «C’est bon signe, déclare la biologiste. Comme on arrive en fin de saison, ça signifie qu’il est peut-être parti en migration.»
Nous sommes au sommet du Mont-Vully, entre les lacs de Morat et Neuchâtel. Celui de Bienne n’est pas loin non plus. À quelques kilomètres dans la plaine, se trouve la prison de Bellechasse, un établissement qui fait travailler les détenus dans ses ateliers et ses champs avec pour but de les réinsérer. C’est l’une des plus grandes exploitations agricoles de Suisse. Partenaire du projet, la direction a mis à disposition plusieurs centaines d’hectares pour installer deux grandes volières. «Ce sont les détenus qui les ont fabriquées.» L’endroit est idéal: l’accès au public est strictement interdit. Les jeunes balbuzards sont donc très peu dérangés. Une situation primordiale pour que cette «greffe animale» puisse prendre. «Nous avons hésité à vous laisser venir. Vous êtes le premier journaliste à pénétrer dans cette zone. C’est exceptionnel car toute visite risque de perturber le bon déroulement du projet et la tranquillité des oiseaux.»

Observer les volières, recenser les allers-retours des oiseaux et les nourrir avec le poisson offert par des pêcheurs de la région, tel est 
le travail des bénévoles.

Dons de poisson des pêcheurs

En 2015, six poussins de balbuzards ont été réintroduits, douze en 2016, et douze cette année. «L’objectif est d’en réintroduire soixante en tout d’ici à 2020.» Les oiseaux sont donnés par trois pays où l’espèce niche encore en grand nombre: Écosse, Norvège et Allemagne. Importés, déclarés à la douane, ils sont confortablement installés dans les volières. Wendy et son équipe les nourrissent avec du poisson, préparé en morceaux pour les bébés, puis donnés entiers quand ils grandissent. Ce sont trois pêcheurs des environs qui les fournissent. «Nous leur donnons les poissons blancs pleins d’arêtes que l’on ne peut quasiment pas vendre», explique Pierre Schaer, pêcheur sur le lac de Morat. Cela ne le gêne-t-il pas qu’un oiseau pêcheur vienne s’installer près de chez lui? «Non, le balbuzard ne plonge pas en profondeur et ne peut donc pas attraper les perches ou les féras. Ce n’est pas une concurrence pour nous. On est cool avec lui.»
Avoir le soutien des pêcheurs de la région était une condition sine qua non de ce projet. «‹Jamais vous ne l’aurez›, nous avait-on dit, explique l’ornithologue passionnée. Nous avons approché les associations professionnelles et amateurs, leur avons expliqué le projet, et elles ont accepté. Nous sommes très fiers et heureux de cette collaboration.»

Retour espéré en 2018

Wendy et les bénévoles passent tout l’été à nourrir et à surveiller les allées et venues des balbuzards. Tous logent dans un appartement situé dans le domaine de l’établissement pénitentiaire: «Je passe tout l’été en prison», rigole la cheffe du projet. Une roulotte est installée à 300 mètres des volières. De là, l’équipe scrute à la jumelle le comportement des oiseaux. «Balbu sur le pylône n° 6», annonce Amélie, jeune Belge venue prêter main forte cet été. Les arbres, les pylônes, les haies et les nichoirs: tout a été cartographié. Chaque fois que l’un des rapaces s’y pose, on tente de l’identifier, on note son heure d’arrivée, de départ, la direction prise. Sur le toit des volières, deux webcams sont installées. Celles-ci permettent de zoomer sur les oiseaux, de voir leur bague ou un signe distinctif dans leur plumage permettant de les reconnaître.
Devenus indépendants, les balbuzards s’envolent à la fin de l’été pour l’Afrique. Si tout va bien, lorsqu’ils seront adultes, à l’âge de 4–5 ans, ils reviendront nicher dans la région où ils ont grandi. «Entretemps nous installons des plateformes au sommet d’arbres favorables pour faciliter leur installation.» Les premiers retours sont espérés à partir de l’été 2018. «Quand ils s’installeront, l’opération aura réussi», explique Wendy Strahm, les yeux pleins d’espoir, de passion et d’un peu d’inquiétude aussi. Sur les trente balbuzards relâchés depuis 2015, vingt-sept sont bien partis en migration. L’un d’eux a même été reconnu grâce à sa bague au Sénégal. Un signe de bon augure.

Espèce éteinte depuis 1914

http://www.cooperation.ch/_Balbuzard_+histoire+d_une+reintroduction ​Balbuzard: histoire d’une réintroduction

Il y a un siècle, le balbuzard nichait dans toutes les régions lacustres de Suisse et d’Europe. Considéré comme nuisible comme la plupart des rapaces, il était une cible intéressante pour certains chasseurs qui vendaient à bon prix leurs dépouilles et œufs aux collectionneurs. Le dernier couple nicheur de balbuzards a été observé en 1914 au bord du Rhin, près de Zurich.

Réintroduit comme la cigogne

Pour l’heure, seuls la cigogne blanche et le gypaète barbu ont été réintroduits avec succès en Suisse, respectivement à partir de 1950 et 1986. Wendy Strahm a bon espoir que le balbuzard se réinstalle en Suisse: «Il a déjà été réintroduit avec succès en Angleterre, Italie, Espagne et au Portugal.»
L’action a été lancée en 2012 par l’association romande d’ornithologie «Nos Oiseaux». En plus de sa coordinatrice, deux assistantes et une douzaine de bénévoles travaillent sur le projet.
La prison de Bellechasse, le musée d’histoire naturelle de Fribourg, les services forestiers, le Groupe E, des pêcheurs et diverses fondations soutiennent ce projet.

www.balbuzards.ch

Les rapaces en Suisse

La Suisse abrite une trentaine d’espèces de rapaces diurnes et nocturnes. Il y a 100 ans, les rapaces étaient considérés comme des animaux nuisibles et à ce titre pourchassés et décimés. Mais notre pays affiche aujourd’hui de nouveau une densité en rapaces qui n’a son pareil que dans quelques rares
pays européens. En automne, ils s’envolent par centaines vers le Sud. Le défilé de l’Écluse sur le Rhône, à l’ouest de Genève, le col du Gurnigel à l’ouest de Thoune et l’Ulmethöchi au sud de Bâle, offrent des conditions idéales pour les observer et apprendre à les reconnaître.

Le Projet Balbuzard cherche des personnes motivées et prêtes à s’engager pour deux semaines entre le début juillet et la mi-septembre. Qualités requises : «grande motivation et de la bonne humeur», répond Wendy Strahm.
Les bénévoles sont logés dans un grand appartement sur le site de Bellechasse. Leur travail : nourrir régulièrement les Balbuzards et veiller à leur sécurité et que personne ne les dérangent. «Cela implique aussi aller chercher le poisson chez les pêcheurs et le préparer. Quand ils sont jeunes il faut leur faire des sushis ! »
Les bénévoles travaillent de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit (avec des pauses bien sûr) et vivent en communauté, donc savoir cuisiner est un atout ! Autre tâche : suivre et noter tous les comportements des Balbuzards. « On observe aussi beaucoup d’autres oiseaux. ».

Motivé ? info@balbuzards.ch

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:

Wendy Strahm 
Publication:
lundi 30.10.2017, 13:55 heure



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