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L’étudiante fribourgeoise Muriel Scherwey et son professeur, le bédéiste Tom Tirabosco, lors de l’atelier illustration/corporate. 
Le mandat des élèves? La carte 
de vœux 2018 de l’État de Genève!

La porte d'entrée de la vaste salle de classe de l'ESBD, qui se trouve sous les toits de l'cfp arts Genève.

Les étutiants, Gabriel van der Linden (21 ans) et Muriel Scherwey (21 ans).








Le professeur et bédéiste Tom Tirabosco briefe les étudiants sur les prochains travaux de l'atelier Illustration/corporate, provenant de mandat d'entreprise.




Le professeur Tom Tirabosco en discussion avec l'un de ses étudiants.

Bédéistes: première école de Suisse

Art Les cours de l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration ont débuté il y a peu à Genève. Reportage dans ce fief de la création où le dessin est roi.

La dextérité d’un coup de crayon, la passion de la narration: c’est tout cela qui se dessine lorsqu’on entre dans ce centre de créativité qu’est l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration (ESBDi) de Genève. Oui, la première de Suisse, née de la motivation des auteurs de BD. À cinq minutes de la gare Cornavin, le bâtiment victorien du cfp arts Genève accueille cette école sous ses toitures depuis fin août.
L’espace est vaste, propice à l’inspiration. Les 18 étudiants de cette première volée arborent tous un CFC en communication visuelle. Et là, ils peuvent enfin dessiner, s’adonner aux multiples techniques du 9e art. Avec, de surcroît, les cadors de la BD romande comme professeurs. Allez, furetons!

Déjà des mandats professionnels

Parmi les neuf étudiantes et les neuf étudiants, une jeune femme enjouée se démarque quelque peu des autres puisque c’est la seule non-Genevoise de cette première volée. «Je suis plutôt humour, un peu girly, un peu cartoon», lance la Fribourgeoise Muriel Scherwey, qui n’y va pas par quatre chemins: son but, c’est de vivre de la BD. «Ici, on ne fait pas semblant, on dessine beaucoup. Et les cours sont directement liés aux sujets de la bande dessinée et de l’illustration. Tout comme la gestion commerciale et le droit. On sait directement pourquoi on étudie et ce que ça va nous apporter!» Progression rapide et plaisir de venir aux cours semblent d’ailleurs sortir de toutes les bouches ici. Peut-être aussi parce que ça ne chôme pas ici. Tom Tirabosco, bédéiste et professeur de l’atelier illustration/corporate est on ne peut plus limpide: «Il faut que ça crache.» Le mandat professionnel donné, les œuvres mises au concours sont remises dans le délai fixé. L’équipe créative s’affaire aujourd’hui sur les cartes de vœux 2018 commandées par l’État de Genève.
«Une telle école manquait», affirme Tom Tirabosco, aussi président de la Swiss Comics Artists Association (SCAA) à l’origine de ce cursus. «Beaucoup de jeunes ont envie de raconter des histoires avec le dessin. Il y a aussi une vraie demande du milieu économique local qui est tout à fait prêt à communiquer plus avec le dessin!»  Les étudiants baignent donc directement dans le milieu professionnel du dessin narratif et acquièrent une approche illustrative dans le champ de la communication visuelle, de la publicité et du graphisme.

«

Le fil conducteur, 
c’est vraiment 
la narration!»

Joëlle Isoz, prof et spécialiste en animation

Enfin, dessiner et encore dessiner!

Joëlle Isoz, prof et spécialiste en animation

Joëlle Isoz, prof et spécialiste en animation
http://www.cooperation.ch/_Bedeistes_+premiere+ecole+de+Suisse Joëlle Isoz, prof et spécialiste en animation

«Les professeurs ont beaucoup d’ambitions pour nous et c’est très motivant d’être ici dans un terreau tout frais» lance Gabriel van der Linden (21 ans). Le Genevois ne cache pas sa satisfaction, car il peut enfin «dessiner», alors que ces quatre ans de formation de graphiste le confinait à travailler sur ordinateur. À l’atelier d’illustration/édition, la prof Joëlle Isoz pousse ses étudiants à sortir de leurs zones de confort en essayant un maximum de moyens techniques. «On a commencé avec les crayons de couleur et on va aller jusqu’à la peinture à l’huile. C’est vraiment un cours d’expérimentations. Quand les étudiants se lanceront dans une BD, ils ne changeront alors pas de technique en cours de route pour faire divers essais graphiques!»
D’ailleurs Joëlle Isoz, qui allie à la fois expérience de l’enseignement et œuvres d’animation ou de sérigraphie, ne tarit pas d’éloges sur l’ESBDi. Selon elle, déjà en première année d’arts appliqués, beaucoup d’étudiants se plaignent de ne pas assez dessiner. Que ce soit en graphisme, en multimédia ou dans d’autres sections. «À l’heure actuelle, on dessine de moins en moins dans les arts appliqués, alors qu’ici, c’est tout le contraire!» Pas de doute, l’école de BD comble clairement une lacune. Ah, lorsque l’impulsion vient des créateurs!

Au menu des 18 élèves de l’école: le développement des multiples techniques du dessin.

Des possibilités multiples

«Le fil conducteur, c’est vraiment la narration, qu’elle soit en deux images, en 12 volumes ou en mouvement», déclare Joëlle Isoz. Où travailleront les étudiants de cette première volée? En fait, l’école ouvre et décuple les possibilités. La BD en indépendant, dans des grands ateliers comme ceux de Peyo, c’est d’abord ce qui vient à l’esprit. Mais l’illustration pour les livres d’enfants est aussi un marché en pleine expansion! Il sied également d’explorer des métiers inattendus, et pourtant évidents. «Dans le cinéma, beaucoup de régisseurs recherchent des gens pour travailler le storyboard à la main, dit-elle. Dans ce cursus, ils font aussi un peu de dessin animé. Il sera abordé différemment ici que dans la section multimédia. On travaillera, par exemple, le storyboard à la main et l’animation de façon plus artistique.»
Les étudiants de cette première volée iront peut-être travailler en France, en Belgique, aux États-Unis ou au Japon. Pour Tom Tirabosco, pas de doute, cette formation va leur donner beaucoup plus d’outils de manière plus rapide. Comme il aime à le dire: accélérer un talent! Et permettre à un jeune d’acquérir plus vite les moyens d’être indépendant, autonome et professionnel. De plus, l’école va aussi intégrer l’étudiant dans un réseau afin d’être déjà un peu dans le milieu.
Le bédéiste, maintes fois primé, aime en outre rappeler une évidence: «À côté de l’enseignement, tous les profs ont leur propres pratiques professionnelles et c’est un plus. Ce sont des gens qui savent ce qu’est le monde du travail, ce que veut dire l’édition et qui ont déjà publié.» Enfin, cette formation est surtout là pour ouvrir la fenêtre et faire entrer de l’air frais dans les habitudes du jeune. «Assez vite, il répète des choses qu’il sait faire et l’intéresse, mais ce qui est important, c’est de l’ouvrir à d’autres formes d’écriture et de bandes dessinées!»

Gabriel van der Linden (21 ans), l’un des étudiants, en plein travail.

Rêves et espoirs des étudiants

Dans la vaste salle de l’école de BD, chacun a déjà une idée plutôt claire du métier qu’il finira par exercer. Barnabé évoque le domaine de la narration, peut-être dans la BD. Coralie, elle, se verrait bien concevoir les designs de personnages de jeux vidéos ou de films. La bande dessinée reste la principale vocation, notamment pour David, Douglas, Lluis ou Simon. Théo, lui, adorerait être polyvalent, que ce soit dans l’illustration, la bande dessinée, la littérature, les jeux vidéos ou l’animation! Gabriel évoque les films et les BD, mais dans un style beaucoup plus abstrait. Pour Lola, l’avenir se dessinerait volontiers dans l’illustration de livres pour enfants et dans le dessin de presse. Sophie, elle, sait simplement qu’elle travaillera dans le domaine du dessin. Quant à Maryline, l’un de ses rêves est de réaliser un livre illustré qui montre aux parents ce que c’est que d’être jumelles! Et, plus outre-Atlantique, Fabian espère travailler à Los Angeles pour les studios Pixar ou Disney.
L’impression au sortir de l’ESBDi? De la créativité. Des rêves et des espoirs merveilleux!

L’enseignante Joëlle Isoz en compagnie de Sophie lors 
de l’atelier d’illustration/édition. Le thème du cours: dessiner un jardin avec plusieurs plans en y insérant un haïku, petit poème japonais.

Genève, cœur de 
la bd romande

Le canton de Genève est considéré comme l’un des pôles suisses de la bande dessinée pour diverses raisons. Voici un petit florilège du bédéiste Tom Tirabosco. «D’abord, il y a une grande concentration d’auteurs dans ce canton. Deuxièmement, on a une tradition qui remonte à Rodolphe Töpffer (1799–1846, autoportrait ci-dessus), considéré comme le père de la bande dessinée moderne. Au début du XIXe siècle, il met en place les bases de l’écriture séquencée et de la narration moderne en bande dessinée.»
À partir des années 1970, une pépinière d’auteurs et de bédéistes genevois commence à publier comme Daniel Ceppi, Poussin, ou Exem. Suit ensuite la «nouvelle génération» avec Zep, Frederik Peeters, Pierre Wazem et Tom Tirabosco. Mais le fief n’est pas uniquement masculin, puisque des femmes telles qu’Isabelle Pralong, Nadia Raviscioni ou Peggy Adam se font aussi un nom dans la BD. «Tous ces auteurs sont aidés également par la ville de Genève ou le canton, raconte Tom Tirabosco. Il y a une politique du livre qui est aussi dirigée vers la bande dessinée. Avec, par exemple, la bourse d’aide à la création de 12 000 francs remise chaque année à Genève (ndlr: née sur l’impulsion de la Swiss Comics Artists Association).»
Genève compte en outre plusieurs prix récompensant la bande dessinée. Le prix Bd Zoom récompense une bédé genevoise. «Des centaines de lycéens (600) vont lire une sélection de bandes dessinées genevoises et désigner la lauréate», explique Tom Tirabosco, qui a été primé en 2016 avec «Wonderland». Il y a aussi les prix Töpffer en fin d’année, récompensant un auteur international, un auteur confirmé (Tom Tirabosco est deux fois lauréat) et un jeune bédéiste. La cité de Calvin comprend également la galerie «Papier gras» sur la place de l’Île, où de très belles expos sont organisées. Bref, «tout cela fait qu’il y a une certaine effervescence de la bande dessinée sur Genève!»

Top 5 des bd vendues en Romandie en 2016

«Blake et Mortimer –  Le Testament de William S.», de Y. Sente et A. Juillard. 14 500 exemplaires vendus.

«Thorgal – Le feu écarlate», de G. Rosinski et X. Dorison. 7000 exemplaires vendus.

« XIII – L’Héritage de Jason Mac Lane», de I.Jigounov et Y. Sente. 6850 exemplaires vendus.

«Lucky Luke – La Terre promise», de Achdé & Jul d’après Morris. 6800 exemplaires vendus.

«Boule & Bill – Bill est un gros rapporteur», de Cazenove & Bastide d’après Roba. 5000 exemplaires vendus.

Source: Dargaud

Interview d'Enrico Marini, bédéiste qui vient de publier le nouveau Batman
École supérieure de bande dessinée et d'illustration (ESBDi)
Swiss Comics Artists Association
Site de Tom Tirabosco
Site de Joëlle Isoz

«Une bande dessinée
 prête à être éditée!»

Patrick Fuchs (51 ans), doyen du cfp arts Genève et de l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration (ESBDi), nous éclaire sur la fameuse formation.

http://www.cooperation.ch/_Bedeistes_+premiere+ecole+de+Suisse ​Bédéistes: première école de Suisse

Quand le projet de l’école de BD a-t-il débuté?
En 2013, quand nous avons créé la Swiss Comics Artists Association (SCAA) qui a porté le projet et dont font notamment partie Tom Tirabosco, Zep et Cosey.

Quels cours suivent les 18 étudiants?
Il y a des ateliers professionnels où sont enseignées les différentes pratiques du dessin et de la narration: BD donné par Tom Tirabosco, Isabelle Pralong et Nadia Raviscioni, illustration/édition donné par Joëlle Isoz, et enfin illustration/corporate où l’on travaille sur des mandats professionnels (affiches illustrées, dessin de presse, carte de vœux de l’État de Genève, etc.). S’y ajoutent encore des ateliers d’animation, de scénario/écriture, de dessin de figures et de croquis.

Et à côté de ces ateliers pratiques?
Il y a toute la partie des cours théoriques: gestion et communication, droits d’auteur, histoire culturelle de la BD et, bien sûr, l’anglais afin que nos diplômés puissent évoluer sur la scène internationale.

Avec quel papier sortiront-ils en 2019?
Un diplôme de designer d’École supérieure en communication visuelle. Le travail de diplôme durera six mois pendant lesquels les étudiants réaliseront une BD prête à être éditée!

Les enseignants viennent-ils tous de Suisse?
Oui, ce sont principalement des enseignants genevois. Mais nous proposons un workshop par semestre avec des artistes reconnus internationalement tels que Zep (le «parrain» de l’école) et Cosey (grand prix d’Angoulême 2017), qui seront invités. Le premier workshop aura lieu avec Alfred, Fauve d’or d’Angoulême 2014.

Et que réserve 2018 côté workshop de premier plan?
Nous allons collaborer avec le Festival international des droits humains, dont Guy Delisle sera l’invité d’honneur. C’est l’une des grandes stars de la bande dessinée/reportage (Chroniques de Jérusalem, Chroniques birmanes, Pyongyang, S’enfuir, etc.). Entre janvier et mars, nos étudiants travailleront avec lui durant deux semaines en résidence de création à Meyrin.

Pourquoi l’école a-t-elle été créée à Genève?
Rodolphe Töpffer, le «père de la bande dessinée», est né à Genève et la BD genevoise est inscrite au patrimoine culturel immatériel de la Suisse. Il semblait par conséquent évident de proposer cette formation unique en Suisse à Genève!

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Alain Wey

Rédacteur

Photo:
Patrick Lopreno
Publication:
lundi 13.11.2017, 14:00 heure





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