Coop construit le futur

Commerce de détail Le client est roi. Une règle d’or pour Joos Sutter, le chef de Coop, davantage encore lorsque la conjoncture se montre difficile. Interview.

L’ année 2015 a débuté par un coup dur pour l’économie suisse, avec la décision de la Banque nationale (BNS) de renoncer au taux plancher de l’euro à 1 fr. 20. Dans le commerce de détail, cette forte appréciation du franc a provoqué de nombreuses discussions sur les prix et les achats à l’étranger. Malgré ces circonstances défavorables, Joos Sutter porte un regard positif sur l’exercice qui s’achève.

L’économie suisse a connu une année difficile. L’industrie d’exportation et le commerce de détail ont souffert. Comment Coop a traversé ces douze derniers mois?
Nous pouvons être satisfaits. Les clients nous sont restés fidèles, nous avons même enregistré une hausse de la fréquentation dans nos supermarchés de 2% par rapport à l’année précédente.
Ce qui est particulièrement réjouissant, c’est que nous avons gagné des parts de marché dans les produits frais, c’est-à-dire les produits laitiers, le pain, la viande, le poisson, les fruits et légumes ainsi que les produits finis. Nos efforts pour une qualité et une fraîcheur irréprochables ont été ici récompensés. Nous avons également gagné des parts de marché dans le non-alimentaire. Toutefois, malgré ces progressions, nous n’atteindrons pas les chiffres d’affaires de l’année passée, le marché du commerce de détail se réduit et la levée du taux plancher par la BNS a engendré un contexte difficile.

Sur le moment, comment avez-vous réagi à la décision de la BNS?
J’ai regardé mon téléphone et me suis dit, ce n’est pas possible, c’est une fausse nouvelle! Puis j’ai réalisé que nous allions perdre plus de 10% de compétitivité face à l’étranger d’un seul coup. Ça a été dur à accepter. D’autant plus que nous nous battions depuis longtemps pour proposer des prix comparables à ceux de l’étranger. Pour y parvenir, nous avions investi plus de 1,8 milliards de francs dans les baisses de prix ces dix dernières années. Pourtant, peu après l’annonce de la décision, nous avons immédiatement procédé à un premier ajustement des prix – et répondu ainsi à l’attente des clients.

Joos Sutter aime se rendre sur le terrain, ici à Jegenstorf (BE), sur le chantier de la centrale logistique d’Interdiscount.

Quand l’industrie d’exportation est touchée, les médias mentionnent les pertes d’emploi. Quand il s’agit du commerce de détail, on parle des différences de prix avec l’étranger. C’est énervant, non?
La plupart du temps, on montre effectivement une image unilatérale. On a souvent tendance à oublier qu’en Suisse, un franc sur huit de valeur ajoutée directe et indirecte provient du commerce de détail. Par ailleurs, la branche représente le premier employeur du secteur privé, une personne sur quatorze et un apprenti sur huit travaillent dans le commerce de détail. Si la branche va mal, l’économie du pays en ressent les conséquences.

Sur le terrain, les collaborateurs ressentent eux aussi la pression accrue de la concurrence. Vous vous rendez régulièrement dans les magasins. Comment percevez-vous la situation, en particulier dans les régions frontalières?
Les exigences imposées aux collaborateurs de vente ont toujours été élevées. On y travaille dur au quotidien, et ce depuis longtemps. Bien sûr, cette année a été encore plus difficile. Les réactions des collaborateurs sont pourtant très positives. Ils sont motivés et veulent aller de l’avant, s’améliorer encore et offrir un meilleur service aux clients. Je remarque tous les jours que nous pouvons compter sur des collaborateurs fantastiques, qui développent beaucoup de bonnes idées.

Coop a rejoint l’alliance d’achat européenne Alidis. Quel en sera le bénéfice pour les clients?
Nous voulons obtenir de meilleures conditions pour eux. Avec un chiffre d’affaires global de 140 milliards d’euros, Alidis est la plus ancienne et la principale alliance internationale d’Europe en matière d’approvisionnement. Notre participation en tant que membre nous permet de négocier d’égal à égal avec d’importants fournisseurs.

Au Ghana, chez les producteurs d’ananas Fairtrade.

Coop s’engage depuis des années en faveur du développement durable. La concurrence le fait désormais aussi de façon intensive. Ce combat en vaut-il encore la peine?
Le développement durable demeure essentiel pour Coop, quoi que fasse la concurrence. La demande pour des produits écologiques, équitables et respectueux des animaux augmente, même dans les années difficiles. Le client nous fait confiance. Cela tient au fait que nous avons toujours agi de façon très conséquente, fidèle à notre ligne.

Mais si tout le monde fait dans le bio et le développement durable, les clients sont-ils encore prêts à débourser plus pour ces produits?
Tout n’est pas toujours une question de prix. De plus en plus de critères entrent en ligne de compte. Les clients sont nettement mieux informés qu’on pourrait le croire. Ils connaissent la signification des différents labels.
Avec Bio Suisse et le Bourgeon, Max Havelaar et le commerce équitable, ainsi que notre collaboration avec la Protection suisse des animaux, nous avons toujours misé sur les standards les plus élevés. Ces partenariats se révèlent payants. En outre, les marchés ont gagné en transparence et des marges exagérées ne sont pas tolérées. En général, la rentabilité des produits Prix Garantie ou bio est identique. Au final, notre gain est d’environ 1 fr. 70 pour 100 fr. vendus. Nous essayons également avec les importations parallèles ou les retraits de produits de l’assortiment, de faire pression sur les fournisseurs pour qu’ils réduisent leurs prix en Suisse.

Coop investit beaucoup en ce moment, avec des projets d’envergure, comme à Schafisheim (AG), Jegenstorf (BE) ou Pratteln (BL)…  
Il faut toujours avoir les yeux rivés sur l’avenir. Et les investissements réalisés justement dans des périodes moins favorables sont cruciaux. Les seules mesures à court terme ne sont pas rentables sur la durée. Nous avions jusqu’à présent beaucoup investi dans nos magasins. Le bon moment est alors venu d’investir dans l’infrastructure et la logistique. Nous voulons en effet gagner en rapidité, professionnaliser davantage encore nos boulangeries et centres de production et réaliser à terme un bilan CO2 neutre.

«

Près de 75% des postes de cadres sont repourvus à l’interne»

Et quels sont les investissements romands?
Nous misons beaucoup sur Aclens (VD), qui va devenir notre nouveau siège régional, en lieu et place de Renens. Nous allons en outre y construire un bâtiment supplémentaire pour la logistique. Au-delà de ses activités de futur siège régional, Aclens est un centre capital pour la logistique en Suisse romande. L’agrandissement du centre de Bulle Le Câro en hypermarché représente également un investissement d’envergure. Il contiendra plusieurs éléments de notre nouveau concept de magasin du futur pour lequel nous nous inspirons beaucoup de ce qui se passe en Suisse romande. L’ouverture est prévue fin 2016. Nous comptons aussi, une fois que nous aurons trouvé les bons emplacements, lancer en Suisse romande notre concept «Coop to go».

À Fully (VS), vous avez inauguré le premier magasin vert de Suisse…  
Ces magasins vont devenir un benchmark pour l’avenir. Fully est l’une des rares constructions du pays à avoir obtenu le certificat du «Standard de construction durable suisse» (SNBS). Ces surfaces de vente sont d’un point de vue écologique totalement précurseurs et vont nettement plus loin que les normes minergie, avec une économie d’énergie considérable et une réduction significative des rejets de CO2. D’autres supermarchés vont suivre en 2016.

Une étude révèle que dans le commerce de détail, un magasin sur trois sera menacé à l’avenir. La forte densité de magasins Coop – en particulier dans les régions périphériques – pourra-t-elle être maintenue?
Je pars du principe que la densité de magasins sera toujours élevée dans cinq ans. Les magasins existeront toujours, même s’ils subiront des changements à terme. Ainsi, davantage de fonctions logistiques seront à la disposition des clients, notamment des points de retrait pour les achats en ligne. Nous mettons tout en œuvre pour relier de façon optimale nos shops et services en ligne avec nos magasins. Le client doit pouvoir librement choisir s’il veut faire ses achats en ligne ou en magasin, et s’il se fait livrer la marchandise ou va la chercher lui-même.

Les salaires du commerce de détail sont, en comparaison avec le secteur bancaire ou pharmaceutique, plutôt bas. Comment Coop reste-t-elle malgré tout attractive?
Les jeunes qui choisissent leur première place d’apprentissage uniquement en fonction du salaire ont peu de chances de réussir. La question essentielle à se poser, c’est: qu’est-ce que j’aime faire?
Lorsqu’un jeune connaît la réponse, il trouve chez Coop de nombreuses possibilités avec un réel potentiel. De plus, nous encourageons la relève: plus de 75% des postes de cadres vacants sont occupés par nos propres collaborateurs. Il est ainsi possible de prendre rapidement des responsabilités, de faire carrière, d’augmenter sa satisfaction au travail et son salaire.

Chez Coop City.

Quelles sont les futures grandes tendances qui marqueront le commerce de détail?
Outre le digital, le développement durable et les plats cuisinés (convenience food), l’individualisation s’annonce comme une tendance sur le long terme. Les gens sont toujours en quête de quelque chose de spécial. Le besoin d’individualité est considérable, en particulier chez les jeunes. C’est pourquoi la diversité en magasin est essentielle.
La communauté sera une autre grande tendance. Chacun évolue dans une communauté différente. Vous trouvez des communautés sur des thèmes liés à la santé, tels que les allergies, ou relatifs à la consommation, comme le bio ou le vin.
Au final, il existe une communauté pour chaque sujet. Cette tendance doit être prise très au sérieux. Comme troisième tendance, je désignerais la «simplification». Elle signifie que nous devons fournir la meilleure orientation possible au client, en attirant par exemple son attention sur les marques ou le concept du magasin. Chez nous, le client doit pouvoir s’orienter facilement et, bien entendu, se sentir à l’aise.

Et que ferez-vous à la fin de l’année?
Je vais passer quelques jours dans les Grisons, consacrer du temps à ma famille, rencontrer des amis et bien sûr, profiter de la poudreuse!

Bio Express: Joos Sutter

Marié et père de trois garçons, Joos Sutter est né le 13 avril 1964. Il grandit à Thusis, dans les Grisons. Licencié en sciences économiques de l’Université de Saint-Gall (1990), il intègre le groupe Coop en travaillant pour Import Parfumerie en 1996. Il est nommé chef d’Interdiscount en 2005 puis accède à la direction de Coop en 2010, en prenant la tête de la division Trading. Il est CEO du groupe depuis septembre 2011. Côté temps libre, outre passer le plus de temps possible avec sa famille, c’est un amateur de pêche à la ligne, de cueillette de champignons et de randonnées, mais aussi de sa vieille Moto Guzzi Le Mans de 1979 et de Kurt Cobain/Nirvana.

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Photo:
Fabian Unternährer, Heiner H. Schmitt, Remo Nägeli
Publication:
dimanche 27.12.2015, 14:20 heure



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