Gerti et Eberhard Notter dansent depuis près de dix ans ensemble. Ils adorent le cha-cha-cha (photo).

Dansez! Bon pour le corps et la tête

Santé Des études révèlent que la pratique régulière de la danse réduit le risque d’être atteint de démence, d’où le succès phénoménal des thés dansants pour seniors.

Dans l’école de danse «Tanz-Fabrik» de Niederlenz (AG), l’ambiance est à la fois détendue et effervescente. La présence du photographe n’est pas seule en cause. «C’est toujours comme ça avec nous. Nous sommes une bonne équipe!» s’exclame Eberhard Notter (75 ans), l’un des doyens du groupe. D’ailleurs, tous ont plus de 70 ans. Les couples fréquentent ce club de danse pour seniors depuis dix ans et plus.

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Qu’est-ce qui les amène à venir ici toutes les semaines? «Il faut bien faire quelque chose pour garder la mobilité du dos, des hanches et des genoux», remarque le danseur. Pointant du doigt sa tête, il ajoute: «C’est aussi bon pour le mental.» Sa femme, Gerti (73 ans) renchérit: «Il faut coordonner ses mouvements avec la musique et, pour les femmes, savoir suivre l’homme. C’est difficile et c’est un bon exercice pour le cerveau.»
Le rôle de la danse dans la santé mentale n’est pas nouveau. En 2003, des chercheurs de l’université de médecine Albert Einstein, à New York, avaient découvert que les personnes qui stimulaient souvent leur cerveau étaient beaucoup moins sujettes à la démence que le groupe témoin. Or, la danse figure parmi les activités les plus bénéfiques à cet égard. Les chercheurs sont parvenus à la conclusion que les personnes dansant régulièrement pouvaient réduire de 76% le risque d’être atteintes de démence. Jouer à des jeux de société ou d’un instrument de musique donnait des résultats similaires.
Changement de décor: la piste du Dancing Pasadena, à Volkets­wil (ZH), est bondée. Parmi les trente couples, on rencontre Walter (75 ans) et Ursula (67 ans) Schneider. La lumière est tamisée, comme il se doit pour une agréable ambiance de soirée dansante. Il n’est pourtant que 15 h. Les couples sont âgés de plus de 60 ans pour la plupart. Le groupe de musique joue des valses anglaises, des rumbas, mais surtout des cadences endiablées: jive, cha-cha-cha, rock’n’roll. Jack, musicien, explique: «Nous connaissons nos habitués, ils préfèrent les rythmes rapides.»

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Les seniors préfèrent les rythmes rapides»

Jack, musicien

Ursula et Walter Schneider ne passent pas inaperçus avec leurs costumes! Ils ne dansent pas que pour eux mais animent également des cours de danse dans deux homes.

La danse, un moyen de prévention

Walter et Ursula Schneider dansent ensemble depuis 16 ans. Tout a commencé lorsque Walter a répondu à l’annonce passée par Ursula, cherchant un «danseur de rêve». C’est ainsi que s’est formé leur couple. Depuis, ils dansent «aussi souvent que possible» et transmettent leur passion à d’autres: ils animent des activités danse pour les résidents, atteints de démence ou non, dans deux homes. «Tout le monde passe un bon moment», dit Ursula Schneider.
Ces deux passionnés s’entraînent aussi à la maison et étudient de nouvelles figures grâce à un DVD. «J’en ai besoin», affirme Walter. Il n’arrive à mémoriser les suites de pas qu’en s’exerçant avec concentration. «Ce n’est plus aussi facile qu’à 20 ans.» Ils font même parfois
appel à un professeur de danse pour des cours particuliers. «On s’entraîne alors de façon intensive pendant une heure.» Ce hobby est idéal «car on peut le pratiquer ensemble», ajoute Ursula. Tous deux sont très remarqués lors des après-midi dansants car ils portent toujours des tenues assorties. «C’est notre fantaisie et notre passion», commente Ursula en souriant.

Irene Bopp-Kistler, médecin-cheffe de la clinique de la mémoire à l’hôpital Waid de Zurich, confirme que la danse peut être considérée comme un moyen de prévention contre la démence. Elle explique que la mémoire de la musique se situe dans une zone du cerveau qui est aussi responsable de mouvements complexes. «La musique et le mouvement stimulent fortement la mémoire», précise-t-elle. Cela concorde avec l’observation faite que les patients atteints par la maladie d’Alzheimer aiment bouger au rythme de la musique, mais aussi que les capacités motrices complexes restent longtemps intactes chez les personnes touchées par la démence. Il importe toutefois de garder à l’esprit que même les meilleurs moyens préventifs n’évitent pas l’apparition de la démence mais, au mieux, la retardent. «Cela constitue déjà un grand succès», explique la spécialiste en gériatrie.
C’est précisément l’expérience faite par Elisabeth Roeder (79 ans), secrétaire à la retraite ayant grandi à Zurich. Elle se rend deux à trois fois par semaine aux thés dansants, un hobby qu’elle pratiquait encore avec son mari il y a dix ans, jusqu’à ce que celui-ci décède à l’âge de 91 ans, atteint par la maladie d’Alzheimer. La démence s’était déclarée lorsqu’il avait 85 ans, mais ils fréquentaient encore régulièrement les bals et soirées dansantes jusqu’à quelques mois avant sa disparition. «Je suis sûre que la maladie se serait manifestée bien plus tôt si nous n’avions pas dansé aussi assidûment ensemble», affirme-t-elle.

Des contacts sociaux bénéfiques

Les couples qui apprennent ce jour-là une nouvelle figure de cha-cha-cha à l’école de danse de Niederlenz se connaissent depuis de nombreuses années. Markus Fischer, directeur de l’établissement, nous explique qu’ils ont commencé la danse grâce à un cours de Pro Senectute puis, s’améliorant sans perdre une once de plaisir, sont restés à l’école de danse. Il a alors créé un cours pour seniors. Pour ces couples passionnés, ce rendez-vous du mercredi après-midi est une activité physique mais également sociale. On se retrouve, on bavarde.
En Suisse romande aussi, les cours de danse et autres thés dansants proposés par Pro Senectute remportent un franc succès. «Nous avons surtout des participantes âgées entre 60 et 85 ans. En 2015, 8000 personnes ont suivi nos cours de danse. C’est un mouvement doux qui peut être exécuté plus longtemps que par exemple la gymnastique», indique Judith Bucher, responsable médias de Pro Senectute Suisse. «La danse joue un rôle important dans notre campagne pour la prévention des chutes. Elle entraîne l’équilibre, l’endurance, la mémoire, l’orientation ainsi que la force musculaire.»

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Mouvement et musique stimulent la mémoire»

Irene Bopp-Kistler (60 ans), médecin-cheffe de la clinique de la mémoire à l’hôpital Waid de Zurich.

Coordination du mouvement et écoute de la musique: la danse représente une bonne prophylaxie contre la démence.

La mémoire, ça s’entraîne

La danse permet aussi de se rencontrer et de passer un bon moment entre amis ou en couple. Cet aspect social joue un rôle important dans la prévention de la démence, relève Irene Bopp-Kistler. En rencontrant des amis, en étant actif et en pratiquant une activité concrète, on entraîne sa mémoire sans le savoir.
Il s’agit d’un élément aussi utile dans la prévention qu’un mode de vie actif et sain. C’est ce que l’étude dite «des nonnes» a démontré: elle a permis d’observer dans les coupes de cerveaux de moniales décédées des modifications graves typiques d’Alzheimer, bien que les sœurs aient eu toute leur tête jusqu’au bout. «Elles parvenaient à compenser cela par un mode de vie actif, sans même suivre d’entraînement ciblé», souligne la doctoresse.
Une étude finlandaise corrobore cette idée, ayant démontré que l’association d’une alimentation appropriée, d’une activité physique, d’un entraînement de la mémoire et d’un contrôle médical des vaisseaux pouvait augmenter de plus de 25% la performance cérébrale.
Selon la spécialiste, la combinaison des différents éléments compte car l’entraînement de la mémoire ne donne des résultats que dans la mesure où on le poursuit: «Dès que l’on arrête l’exercice, son effet prend fin.»
Oublier un mot arrive à tout le monde, rassure Irene Bopp-Kistler. «Et on sait combien c’est agaçant.» C’est encore pire lorsqu’on nous le fait remarquer. Or, les personnes atteintes de démence vivent cela en permanence. Il est donc préférable de faire avec elles des choses qu’elles connaissent. D’où l’intérêt de la danse, mais également de la musicothérapie, de l’art-thérapie ou du théâtre. «Ces activités peuvent quasiment être considérées comme un moyen secondaire de prévention: car elles permettent d’éviter que la personne atteinte devienne dépressive ou cesse de parler.»

«Avec l’âge, il faut faire quelque chose de nouveau»

Jürgen Hänggi, docteur en neuropsychologie à l’Institut de psychologie de l’Université de Zurich.

Jürgen Hänggi, docteur en neuropsychologie à l’Institut de psychologie de l’Université de Zurich.
http://www.cooperation.ch/_Dansez_+Bon+pour+le+corps+et+la+tete Jürgen Hänggi, docteur en neuropsychologie à l’Institut de psychologie de l’Université de Zurich.

Vous avez étudié les structures cérébrales de danseuses classiques. Qu’avez-vous découvert?
Nous avons voulu vérifier si un entraînement intensif sur des années engendrait des modifications au niveau de la matière cérébrale, et ce dans les régions nécessaires à la pratique d’un sport en particulier. On a alors constaté que certaines zones du cerveau présentaient davantage de matière grise, ce qui va de pair avec une meilleure performance.

Qu’a-t-on observé de très prononcé chez ces ballerines?
Chez elles, les parties du cerveau commandant les pieds sont marquées alors que chez les handballeuses, ce sont celles des mains qui ressortent. Mais la danse implique aussi le contrôle des bras, de tout le corps, ainsi que de la vue, car on danse avec un groupe ou un partenaire, et les mouvements se font au rythme de la musique, etc.

Pourtant, les handballeuses pratiquent elles aussi un sport d’équipe.
C’est juste, le système visuel est également sollicité chez elles. Ce qui est frappant ici, c’est que les différences entre une main forte, généralement la droite, et une main plus faible sont nettement moins visibles que chez les non- sportifs qui, par exemple, n’entraînent que leur main forte lorsqu’ils écrivent.

La danse est souvent recommandée à titre préventif ou thérapeutique pour les patients atteints de démence. Vos recherches étayent-elles cela?
Elles vont dans ce sens.
Le principal, c’est de faire quelque chose de nouveau quand on prend de l’âge. Pour une ballerine ayant dansé pendant quarante ans, cette activité n’est pas d’un grand bénéfice. Il serait préférable qu’elle se mette à jouer aux échecs, par exemple.
Avec l’âge, le cerveau est soumis à un processus constant de dégradation, et c’est le cas pour tout le monde, que l’on soit atteint de démence ou non. Ainsi, lorsque des personnes n’ayant jamais dansé se mettent à pratiquer cette activité une fois à la retraite, elles activent soudain des zones cérébrales qui n’étaient jusqu’alors que faiblement utilisées. Cela stimule énormément le cerveau. l

Mémoire: avec de l’exercice, on peut retarder sa détérioration

Source «demenz.», Irene Bopp-Kistler; infographie Caroline Koella

Des symptômes très différents

Docteure Andrea Guevara Brioschi, neuropsychologue FSP au Centre Leenaards de la mémoire du CHUV, à Lausanne.

Docteure Andrea Guevara Brioschi, neuropsychologue FSP au Centre Leenaards de la mémoire du CHUV, à Lausanne.
http://www.cooperation.ch/_Dansez_+Bon+pour+le+corps+et+la+tete Docteure Andrea Guevara Brioschi, neuropsychologue FSP au Centre Leenaards de la mémoire du CHUV, à Lausanne.

Comment remarque-t-on qu’une personne est atteinte de démence?
Les symptômes sont très différents selon le type de démence. Elles ont en commun d’avoir un impact dans les activités quotidiennes: capacité à gérer ses finances ou à préparer les repas. Dans certaines démences les patients présenteront des difficultés à se souvenir de ce qu’ils ont fait récemment, dans d’autres ils auront plus de peine à se souvenir d’événements anciens. Parfois, c’est le sens des mots qui manquera. On peut se poser la question d’une démence lorsqu’une personne présente un changement insidieux et progressif par rapport à son fonctionnement antérieur.

Que doit-on faire si on commence à perdre la mémoire? Quels traitements sont proposés au Centre de la mémoire du CHUV?
L’impression de perdre la mémoire est très subjective d’une personne à l’autre: certains se feront du souci rapidement, d’autres ont tendance à relativiser. Dès qu’on commence à perdre la mémoire, il est important d’en parler avec son médecin traitant, qui peut émettre un jugement ou aiguiller vers des Centres Mémoire. Ils permettent de répondre à un souci, d’éventuellement poser un dia-gnostic et de rassurer. Une prise en charge, médicamenteuse ou non est proposée.
Les interventions non médicamenteuses visent à maintenir le patient autonome le plus longtemps possible pour augmenter sa qualité de vie et celle de ses proches.

Utilisez-vous la danse comme outil thérapeutique? Si oui, de quelle manière?
Non, mais nous recommandons toutefois de l’activité physique en musique, via la rythmique pour seniors selon la méthode JaquesDalcroze. Cette activité est prometteuse: elle permet aux patients de faire de l’exercice physique tout en utilisant plusieurs systèmes de mémoire, tout cela en musique. Cette stimulation physique et cognitive (mémoire, langage, etc.) s’associe à une stimulation sociale. La combinaison des trois a un effet bénéfique sur le vieillissement du cerveau.

www.centrememoire.ch

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Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Lucian Hunziker, DR
Publication:
lundi 21.11.2016, 14:30 heure



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