Fines lames: symbole de la fiabilité suisse

En coulisse Victorinox produit depuis plus de 
125 ans le célèbre «Swiss Army Knife». Mais comment 
ce couteau culte est-il fabriqué?

Le patron Carl Elsener 
est fier de ses couteaux. Malgré le succès, 
il est resté modeste.

Il fait partie de l’équipement standard des astronautes de la NASA. MacGyver, héros de la série éponyme, loue sa fiabilité. Les médias américains le comparent à Roger Federer. Et bien entendu, chaque recrue suisse en reçoit un au début de son service militaire: le Swiss Army Knife, un couteau de poche de Victorinox.
À la fin du XIXe siècle, rien ne laissait pourtant présager que cet outil multifonction devienne légendaire. «Lorsque mon arrière-grand-père, Karl Elsener, a commencé à fabriquer des couteaux à Ibach (SZ), la situation économique en Suisse n’était pas vraiment rose», raconte Carl Elsener (59 ans), aujourd’hui patron de l’entreprise. La famine sévissait un peu partout dans le pays, beaucoup n’avaient pas de travail et vivaient dans la précarité. Autrement dit, un environnement peu favorable à la création d’une coutellerie.
Malgré les revers, le jeune fondateur d’alors ne s’est pas laissé décourager. Sa mère, Viktoria, l’a constamment soutenu financièrement. «C’est à elle que nous devons d’exister encore aujourd’hui, rappelle l’actuel patron sexagénaire. Elle a permis à Karl de persévérer.»
Après de longues et nombreuses démarches, l’arrière-grand-père a finalement obtenu ce qui était alors son plus grand objectif: «En 1891, l’armée suisse ne commanda plus le couteau de poche à la firme allemande Solingen mais à nous», déclare fièrement Carl Elsener. Cela a été le détonateur pour l’entreprise.
Aujourd’hui, quelque 60  000 couteaux de poche de toutes les grandeurs et diverses fonctions sortent quotidiennement des ateliers de l’usine. Leur destination: la Suisse et le vaste monde. Le Victorinox-Tool a des fans dans la majorité des pays. «Il est compact, pratique, fonctionne toujours et trouve place dans toutes les poches de pantalons, résume Carl Elsener. Entre-temps, notre couteau de poche est synonyme de qualité et de fiabilité suisse dans le monde entier.»

De grosses machines estampent les lames de couteau dans des bandes d’acier. Les chutes sont recyclées à l’interne.

Les lames de couteau passent 20 minutes 
dans le four de trempe chauffé à environ 1060 °C, ce qui leur fait perdre leur fragilité.

Made in Switzerland à 100%

De grosses machines emboutissent toutes les lames dans des bandes d’acier de qualité d’environ 10 cm de large. Tous les autres outils tels que décapsuleur, ciseaux, tire-bouchon, lime ou tournevis sont également fabriqués sur place. «Nous utilisons plus de 800 machines ici, explique Carl Elsener. Deux tiers de celles-ci ont été développées ou construites par nos propres soins ou adaptées individuellement à nos exigences.» Ce qui explique que l’on ne puisse pas prendre des photos partout dans l’usine. «De par notre longue expérience, nous avons une nette avance qualitative sur notre concurrence, surtout d’Extrême-Orient, confie-t-il. Et nous ne voudrions pas la céder à qui que ce soit.» Toutes les pièces métalliques restent maintenant pendant quelques heures dans la «machine à laver», une grosse cuve remplie de morceaux de wcéramique et de plastique qui gomment les irrégularités et les arêtes. Après quoi, lames et outils passent par l’atelier de trempe. Afin qu’ils aient exactement la dureté voulue et qu’ils ne se coincent pas dans le couteau, ils sont ensuite aplanis par des machines. Et ce avec une tolérance de seulement 0,01 mm! Pour finir, toutes les pièces passent par divers travaux de précision, par exemple la courbure d’un repoussoir (pour les ongles), l’estampage de certaines lames ou l’impression du nom Victorinox.

Les ébauches sont dotées des coques rouges en plastique réalisées dans un atelier de l’usine. Lors du contrôle de qualité, des collaboratrices vérifient chaque fonction du couteau.

Un clic qui demeure secret

L’élément central de l’ouvrage est le ressort, spécificité déterminante du couteau de poche Victorinox. «Nous plions le ressort de telle manière qu’à chaque fois qu’une lame ouverte s’encliquette de nouveau, un clic retentit», explique Carl Elsener. La tension perdure une vie entière et ne faiblit pas. La manière dont Victorinox réussit ce tour de force reste un secret. La concurrence désespère car elle ne réussit pas à reproduire cette caractéristique typique.
Les outils sont maintenant empilés sur deux bandelettes métalliques et séparés à chaque fois par une plaquette. Une machine rivette ensuite les bandelettes et deux coques en plastique rouges sont plaquées dessus. Le couteau de poche est terminé et peut être emballé.
Victorinox fabrique des couteaux très particuliers avec 80 fonctions. «Ces couteaux d’environ 25 cm d’épaisseur ne peuvent toutefois plus être glissés dans la poche d’un pantalon; ils font généralement le bonheur de collectionneurs», reconnaît en souriant Carl Elsener.
En ce qui concerne les fonctions potentielles, il n’y a pour ainsi dire pas de limite à l’imagination. «Nous recevons des propositions du monde entier», révèle l’entrepreneur. Qu’il s’agisse d’un éplucheur, d’un taille-crayon, d’un mètre extensible, d’une fourchette ou d’un coupe-verre, les spécialistes de Victorinox cherchent constamment à concrétiser ces idées. «La plupart du temps, cependant, elles restent à l’état de prototype. Décapsuleurs, tire-bouchons, ciseaux et différentes lames restent les classiques.»

En chiffres

75
Les trois quarts de la production sont exportés. Seuls 25% des couteaux restent en Suisse.

120 000
C’est le nombre de couteaux que fabrique quotidiennement Victorinox, une moitié étant des couteaux de poche, l’autre moitié des couteaux de ménage.

500 000 000
Impressionnant: début juillet, Victorinox a fêté la production du 500 millionième couteau de poche de son histoire.

80
C’est le nombre de fonctions qu’offre le plus grand couteau de Victorinox. C’est une pièce de collection large de plus de 20 cm et par conséquent rarement utilisée en tant qu’objet du quotidien.

Victorinox: les jalons

1884 Après un apprentissage à Paris et en Allemagne, Karl Elsener crée à Ibach (SZ) une entreprise de fabrication de couteaux et d’instruments chirurgicaux.

1891 Première grosse livraison du couteau d’officier à l’armée suisse.

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1909 À la mort de sa mère, Viktoria (photo), Karl Elsener crée le nom de marque «Victoria». Il en fait protéger l’emblème: une croix dans un écusson.

1921 Invention de l’acier inoxydable, dont la désignation internationale est «Inox». Le nom de l’entreprise résulte ainsi de la combinaison de «Victoria» et «Inox».

1931 Premier atelier de trempage totalement électrique (photo de droite).

1945 Le couteau de poche suisse arrive aux États-Unis par le truchement de soldats américains.

1984 Au total, 810 collaborateurs génèrent un chiffre d’affaires de plus de 80 millions de francs.

2001 Après le 11 septembre, les canifs sont interdits dans les avions: le marché s’effondre de 30%. Victorinox étoffe ses marchés parallèles (bagages, couteaux de ménage, montres).

2005 Rachat de la fabrique de couteaux et de montres Wenger à Delémont.

2007 Carl Elsener, arrière-petit-fils du fondateur, reprend la direction.

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Markus Kohler
Photo:
Monique Wittwer, DR
Publication:
lundi 23.10.2017, 13:13 heure



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