Depuis le XIIe siècle, la place du Marché accueille des commerçants. En été, les jeudis, ils donnent vie à toute la ville.

La cité des bons vivants

Pour visiter le chef-lieu de la Gruyère, mieux vaut venir à jeun. Car à chaque coin de rue, ou entre deux monuments historiques, des spécialités régionales éveillent notre appétit et notre soif.

http://www.cooperation.ch/_La+cite+des+bons+vivants ​La cité des bons vivants

Ce matin de mars, Bulle m’accueille dans un épais manteau blanc. Une généreuse couche de neige recouvre ses rues et ruelles. Je marche dans le centre-ville où une boulangerie, une boucherie, une fromagerie et quelques petits commerces côtoient les grandes chaînes internationales. De nombreux bistrots et restaurants m’encerclent. Pour me réchauffer et prendre mon deuxième café de la journée, je choisis Le 43, un bar à la décoration épurée, moderne, où des rires résonnent créant une atmosphère chaleureuse.

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Ce que j’aime avant tout à Bulle, c’est sa convivialité»

Jean-Philippe Ghillani, organisateur du festival Les Francomanias

Jean-Philippe Ghillani, organisateur du festival Les Francomanias

Jean-Philippe Ghillani, organisateur du festival Les Francomanias
http://www.cooperation.ch/_La+cite+des+bons+vivants Jean-Philippe Ghillani, organisateur du festival Les Francomanias

Assis au fond de la salle, j’aperçois Jean-Philippe Ghillani, l’organisateur des Francomanias, le célèbre festival de musique qui rythme la ville chaque été. Ce Bullois de 51 ans, apprécie avant tout «la convivialité» de cette cité à taille humaine. «Les artistes qui viennent ici pour le festival me parlent tous de l’accueil sympathique des habitants de la ville», confie-t-il.
Après avoir parcouru le monde, Jean-Philippe Ghillani choisit de revenir à Bulle et de s’y installer car il y trouve l’essentiel. «C’est au centre de tout. Des montagnes, des villes, du lac… C’est idéal pour des activités de loisirs et le sport. En plus, ici il n’y a pas de stress!»

La Grand’Rue en 1907. On y voit le fameux tilleul à droite.

Histoire et modernité

Pourtant, ce visage humain aurait pu s’éteindre avec une croissance démographique record (l’une des plus fortes de Suisse). Pour rappel, dans les années 1980, la ville ne comptait que quelque 10  000 habitants contre presque 23  000 aujourd’hui! Mais cette croissance extraordinaire n’a en rien contaminé l’esprit de la ville, «son âme gruérienne», comme le formule Jean-Philippe Ghillani. Par âme gruérienne, il faut comprendre «alpages», «produits du terroir».
La tradition, ou plutôt, les traditions continuent de jouer un rôle central dans l’identité de Bulle, mais en parallèle, la ville se rajeunit et se renouvelle. Cette modernité se manifeste à différents niveaux, aussi bien dans son offre gastronomique ouverte sur le monde que sa riche vie culturelle comme en témoigne, notamment, la programmation du centre culturel Ebullition et le festival Altitudes. En 2014, le Musée gruérien, en collaboration avec l’Office du tourisme, a mis en place des visites guidées du centre historique et du musée qui fête cette année son 100e anniversaire.
En 1 h-1 h 30, on découvre les principaux lieux qui ont marqué l’histoire de Bulle. Le château, tout d’abord, datant de la fin du XIIIe siècle, reste encore aujourd’hui le monument phare de la cité. «Depuis sa construction, il a toujours été habité par les autorités de la ville», souligne Christophe Mauron, conservateur au musée et guide de la ville. Aujourd’hui, ce château qui n’a jamais été détruit par des guerres, abrite la préfecture de la Gruyère. Malheureusement, pour le moment, il reste fermé au public.
Sur la place du marché qui se colore tous les jeudis matin, les habitants se rencontrent, discutent en faisant leurs achats. Jusqu’ici rien de bien surprenant dirait-on. Mais saviez-vous que cette place a toujours accueilli un marché depuis le XIIe siècle? Ce fait plutôt rare prouve, encore une fois, l’attachement des habitants à leurs racines et leur histoire. Une histoire principalement commerçante comme le démontre la suite de la visite avec une halte aux Halles.

Bulle renaît de ses cendres

Ce bâtiment construit en 1787 était un important lieu de stockage des grains. A cette époque, la ville servait de véritable grenier du Pays-d’Enhaut, vaudois et fribourgeois. Rien d’étonnant alors que cette bâtisse fut la première à être reconstruite après le terrible incendie de 1805 qui dévasta la ville dans sa totalité ou presque. Le 2 avril 1805, la cité brûle dans un incendie déclenché par un accident domestique (les foyers ouverts étant très répandus à l’époque). En quelques heures seulement, le vent aidant, le feu se propage et anéantit tout sur son passage. La reconstruction dure un demi-siècle. Parmi les miraculés, citons le vieux tilleul planté entre 1720 et 1742, devant lequel se tenaient des discussions importantes. Il est remplacé en 2004 par un nouveau.

La culture bulloise ne surfe plus (uniquement) sur les traditions. Un vent nouveau souffle sur cette ville jeune et festive. Ebullition fait partie des salles qui bougent et innovent. 

Une ville de bistrots et restaurants

Jean-Marc Berset, Boulanger, ex-champion de handbike

Jean-Marc Berset, Boulanger, ex-champion de handbike
http://www.cooperation.ch/_La+cite+des+bons+vivants Jean-Marc Berset, Boulanger, ex-champion de handbike

Après la visite guidée riche en anecdotes intéressantes, il est temps de se plonger dans une autre tradition vivante: l’apéro. On me conseille la brasserie du Moderne qui ne manque pas d’histoires. Ce somptueux palace Belle Epoque, construit en 1906, censé accueillir une clientèle aisée, fait faillite un an après son ouverture car ce type de clientèle préfère se rendre dans des villes comme Lausanne ou Montreux. L’hôtel abrite alors, entre autres, une salle de spectacle, un café et durant de nombreuses années le Musée gruérien (1923 à 1978), désormais installé dans un nouveau bâtiment à quelques pas de là.  Actuellement, on trouve dans cet ancien hôtel à la façade imposante – qui détonne légèrement dans le paysage bullois – des bureaux, des appartements et une brasserie entièrement rénovée respectant le style de l’époque. J’y aperçois Jean-Marc Berset (58 ans), boulanger, ex-champion de handbike et médaillé paralympique. Ce sportif de haut niveau, qui a récemment revendu la boulangerie familiale située dans la même rue, s’entraîne à plein régime pour les Jeux de Tokyo en 2020. Marié, père de deux enfants, il apprécie sa vie à Bulle essentiellement pour sa proximité «avec tout» et pour ses habitants qu’il connaît tous, ou presque.
Pour prendre mon train, je quitte un peu à contrecœur ma bulle joyeuse et souriante où tout le monde se tutoie et se dit bonjour. J’ai déjà hâte de revenir à la belle saison pour participer à l’un des nombreux événements festifs pour prendre un bain de foule et de convivialité.

«

A Bulle, nous sommes vraiment près de tout»

Jean-Marc Berset, Boulanger, ex-champion de handbike

Agenda 2018

Evénements bullois

  • 5 mai au 9 septembre: Musée gruérien. «La vie en ville». 9e exposition suisse de papiers découpés.
  • 7 juin: Fête de la musique
  • Tous les jeudis de juillet et août. Marché folklorique qui se déroule dans une ambiance festive avec animations musicales.
  • 29 août au 1er septembre: Les Francomanias.
  • 8 et 9 septembre: La Bénichon.
  • 31 octobre au 4 novembre: le Salon suisse des goûts et terroirs.
  • 10 novembre: La nuit des musées en Gruyère.
www.la-gruyere.ch
Jasmina Slacanin

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo, Charles Morel Musée gruérien Bulle, Sam Mendes, La Gruyère Tourisme, carte: Rich weber
Publication:
lundi 12.03.2018, 13:40 heure