Joos Sutter en discussion avec le boulanger Ilija Bosnjak, à Bâle: «Le pain est un thème extrêmement important pour Coop.»

«La proximité est une priorité»

Joos Sutter est le patron de Coop et donc responsable de 2000 points de vente et de 75 000 collaborateurs. Il nous parle de «l’année Coop» écoulée, de son travail et de l’avenir des supermarchés. 

Coopération. Nous sommes dans l’un des magasins Coop les plus modernes, qui jouxte la gare CFF de Bâle. Portez-vous à l’instant plutôt les lunettes du client ou du chef?
Joos Sutter. En tant que chef, je me mets à la place du client. Ce qui m’intéresse d’abord, c’est de savoir si les accès menant du parking au magasin sont bien indiqués et entretenus. Dans le magasin même, je me demande toujours comment nous pouvons fasciner les clients: la marchandise a-
t-elle belle allure et est-elle présentée de manière attirante?

Et quand vous faites vos achats à titre privé?
En fin de semaine. Je ne peux évidemment pas m’empêcher de jeter un regard professionnel sur les choses mais je me laisse plutôt guider par mes envies et par ce dont nous avons besoin à la maison pour le moment.

Avez-vous un produit préféré?
Plusieurs même. Il existe par exemple un excellent risotto Slow Food. Cette année, je suis devenu un grand amateur de kakis Primagusto et j’adore le salami aux truffes Fine Food. Là, je dois même me faire violence pour ne pas tout manger en une fois! (Rires)

Les magasins ne sont qu’une partie de l’entreprise. Comment décririez-vous Coop à un étranger?
Coop peut être aussi bien un commerce de proximité qu’un hypermarché, et ce dans toute la Suisse. C’est en outre une coopérative qui existe depuis 150 ans. Nous accordons beaucoup d’importance à la fraîcheur, à un service à la clientèle compétent ainsi qu’à la durabilité des produits et à la diversité de l’assortiment. Mais les exigences de nos clients et coopérateurs sont au cœur de nos préoccupations.

Et comment décririez-vous le patron de Coop, donc vous-même?
Question difficile. Je m’intéresse à beaucoup de choses et suis capable de m’enthousiasmer pour quasiment tout. C’est aussi pour cela que je trouve presque chaque activité extrêmement passionnante. Peu importe que quelqu’un travaille à l’assurance-qualité, dans l’agriculture ou à la caisse – mon intérêt pour la personne et son activité n’est jamais feint – j’apprends tous les jours. C’est exactement ce qui rend mon travail très intéressant.

Vous avez dit à la fin de l’année dernière: «Si nous faisons bien notre travail, 2013 sera une bonne année pour Coop.» Avons-nous, avez-vous bien travaillé?
J’ai voulu dire par là que le succès est entre nos mains à tous. Et c’est bien ça: dans un environnement plutôt difficile, nous avons tous bien travaillé, raison pour laquelle nous enregistrerons aussi un bon résultat en 2013. Nous avons particulièrement progressé en Suisse romande et à Zurich.

En Suisse romande et en 2014, à quelle hauteur se chiffrent les investissements?
Ils sont de l’ordre de 130 millions.

Cette année a été celle de la marque bio Coop Naturaplan. Vous vouliez réaliser un chiffre d’affaires d’un milliard de francs avec elle en 2013. Avez-vous atteint cet objectif?
L’année n’est pas encore tout à fait achevée (sourire). Ce qui est sûr, c’est que nous avons encore consolidé notre position de leader sur ce marché. C’est principalement dû au fait que dans toute l’entreprise, nous avons une très forte identification au thème du développement durable. Et dans ce domaine, l’engagement des collaborateurs a été considérable, ce que nos clients ont d’ailleurs aussi remarqué. A cela il faut ajouter que nous avons réussi à convaincre de grandes entreprises de renom telles que Unilever, Emmi et Kambly de devenir nos partenaires et de doter des produits de marque du label Naturaplan. Pour une entreprise, la marque propre est la chose la plus importante. Et quand des entreprises permettent à Coop de faire un co-branding avec leur marque, c’est tout simplement extraordinaire. Cela montre aussi la force que la marque Naturaplan a aujourd’hui.

Joos Sutter, président de la Direction générale de Coop: «Nous enregistrons un bon résultat en 2013. Nous avons particulièrement progressé en Suisse romande et à Zurich.»

Ces dernières années ont été marquées par la bataille des prix avec les concurrents ainsi que par le tourisme d’achats à l’étranger. Le succès de la marque Naturaplan, dont les atouts fondamentaux sont la qualité et l’attirance, constitue-t-il quelque chose comme le début d’une contre-tendance?
On ne peut pas le dire ainsi. Au cours de ces dernières années, les marques propres à valeur ajoutée telles que Naturaplan, Pro Montagna ou Slow Food ont fortement progressé. Parallèlement, cependant, les clients attendent des prix bas pour d’autres produits. Cela signifie que nous devons proposer des offres attrayantes à différents niveaux.

Avec les légumes «biscornus» vendus sous l’appellation «Ünique», Coop a fait le buzz. Comment cette idée a-t-elle été accueillie par la clientèle?
Ünique est un succès total. Ce n’était de loin pas prévisible, d’ailleurs. Nous avons d’abord dû convaincre toutes les parties concernées que nous voulions faire entrer toute la récolte dans les magasins. Or le fait est que les machines agricoles sont précisément conçues pour écarter cette marchandise non conforme. Il a fallu aussi convaincre les consommateurs que la nature est créative, diverse dans les formes et que de tels aliments sont tout aussi goûteux.

Cette année, Coop a aussi pris deux décisions importantes pour l’avenir et adapté les structures administratives et de distribution. Qu’avez-vous fait concrètement et pourquoi?
Nous voulions clarifier les choses. Au niveau de l’organisation, nous disposons d’un domaine séparé pour le commerce de détail et d’un autre pour le commerce en gros et la production. D’autre part, nous avons décidé de regrouper les centrales des régions de vente Zurich/Suisse centrale et nord-ouest de la Suisse. Cela se concrétisera en 2014, d’abord au niveau directorial, puis localement dès la fin de 2016 à
Schafisheim (AG).

La plus grande boulangerie du pays devrait, paraît-il, aussi voir le jour à Schafis-heim…
Le pain est un thème extrêmement important pour Coop. Nous voulons, d’une part, installer davantage de boulangeries maison dans les magasins et, d’autre part, cuire plus de produits de boulangerie dans les points de vente. Le but étant de proposer encore plus de pain tout juste sorti du four à notre clientèle.
Parallèlement, il faut aussi offrir des grands pains savoureux mais avantageux. Pour ce faire, nous produirons les pâtons à cuire dans notre nouvelle boulangerie moderne de Schafisheim.

Les consommateurs percevront-ils ces changements dans les magasins?
La majorité de ces changements concernera la répartition des marchandises. Sans Schafisheim et l’accès direct au rail, nous ne pourrions cependant pas réaliser l’ambitieuse vision CO2 de Coop*. Les clients remarqueront quelque chose principalement en ce qui concerne les produits de boulangerie. Une technologie moderne et performante nous permettra d’accroître encore la qualité et la fraîcheur du pain.

Joos Sutter scanne un salami aux truffes Fine Food à l’une des caisses d’autoscannage. Des caisses qui conviennent très bien aux petits achats et permettent de payer rapidement.

Qu’est-ce qui différencie les magasins Coop d’aujourd’hui de ceux d’il y a vingt ans?
A vrai dire, pas grand-chose: le commerce de détail reste ce qu’il est. Il en va de la fraîcheur et de l’artisanat, de la diversité et d’un service aimable à la clientèle. Mais aujourd’hui, nous misons encore plus systématiquement sur les produits frais. Qui plus est, le travail manuel devient de nouveau plus visible. Boulangers et bouchers travaillent leurs produits devant la clientèle.

Nous assistons cependant aussi à l’autoscannage avec «passabene» ou même à une caisse libre-service: cela remplacera-t-il bientôt la caissière?
Cela ne remplacera certainement jamais la personne à la caisse car les systèmes d’autoscannage doivent aussi être assistés. Nous aimerions simplement rendre les achats aussi agréables que possible à nos clients; nous constatons que ces systèmes sont extrêmement bien accueillis. Ils contribuent, particulièrement durant les heures de pointe, à délester les caisses conventionnelles. Nous développerons encore davantage cette innovation en 2014.

Et comment le commerce en ligne se développe-t-il chez Coop?
Il grandit énormément – aussi bien Coop@home que Microspot.ch. Nous avons pour presque chaque format non alimentaire spécialisé un magasin en ligne maison. Et nous entendons bien faire aussi partie du peloton de tête sur Internet.

A Zurich, Coop a mis en place un projet pilote avec des images qui représentent des produits, qu’on peut scanner au lieu d’aller dans un magasin. Y a-t-il d’autres projets de ce type en vue?
Il s’agit là d’une innovation passionnante de Coop@home et nous avons aussi reçu quelques commandes grâce à cela sur le supermarché en ligne. Ce n’est toutefois qu’une des nombreuses nouveautés, comme passabene via iPhone ou la station pick up pour les achats en ligne. Nous suivons cela de près, faisons des expériences et apprenons pour pouvoir aussi répondre aux besoins de nos clients à l’avenir.

Projetons-nous dans vingt ans: à quoi ressemblera un supermarché selon vous?
Les défis seront sans doute similaires mais les magasins, un peu différents. La partie service à la clientèle prendra plus d’importance. Deux domaines émergeront: de bons produits convenience pour une cuisine rapide et des produits pour une culture du bien manger à savourer en fin de semaine.

Et qu’est-ce que les clients pourront attendre de Coop déjà l’année prochaine?
L’année prochaine, l’ancrage régional de Coop – c’est-à-dire la proximité entre produits et clients – jouera un grand rôle. Nous disposons aujourd’hui du réseau de points de vente le plus dense avec plus de 800 supermarchés, dont environ 500 petits magasins. Vous trouvez par conséquent aussi des points de vente Coop dans de
très petits villages. En nous focalisant sur le régionalisme, nous revenons à nos racines, à la proximité qui nous a rendus forts.
 
* Coop, en tant qu’entreprise, veut être neutre en CO2 d’ici fin 2023.

En bref: Joos Sutter

Naissance. Le 13 avril 1964 à Thusis, dans les Grisons.

Côté famille. Joos Sutter est marié avec Daniela et père de trois enfants: Jan, Elia, Noa.

Formation. A obtenu en 1990 sa licence en sciences économiques à l’Université de Saint-Gall (lic. oec. HSG), complétée par un ­diplôme d’expert-comptable.

Fonction actuelle. Depuis 2011, Joos Sutter est président de la Direction générale de Coop.

Loisirs. Joos Sutter aime la vie de famille. Il apprécie particulièrement la marche, la cueillette des champignons, la pêche à la mouche, ainsi que le ski et le snowboard.

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Interview: Christian Degen, Daniele Pini, Jean-Dominique Humbert

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 30.12.2013, 00:00 heure


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