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Malgré le manque d’eau caractéristique en cette saison, les gorges de la Poëta-Raisse, aménagées
à la fin du XIXe siècle, présentent des paysages naturels grandioses propices à la méditation.




Le Val vert: une journée de travers

Môtiers (NE) L’automne est une saison idéale pour (re)découvrir le petit village du Val-de-Travers et ses chemins de randonnées. Si l’on cherche bien, on peut y croiser la fascinante fée verte.

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Le Creux du Van et les gorges de l’Areuse font partie des randonnées incontournables du Val-
de-Travers. Pourtant, la région offre de nombreux autres sentiers pédestres tout aussi fascinants qui, à l’image de l’absinthe au temps de l’interdiction, restent encore confidentiels. Nous avons mis le cap sur Môtiers en choisissant les gorges de la Poëta-Raisse pour commencer la journée.

Cinquante nuances de vert

Cet itinéraire, accessible aux promeneurs grâce à l’aménagement par l’ancienne Société du Musée de Fleurier (NE), 1871-1874, puis totalement reconstruit en 1980 après une violente tempête, débute à Môtiers. Depuis le haut du village, prendre à droite en direction de «la Fontaine à Louis». La magie opère dès les premiers pas. Du vert, du vert et encore du vert! Les rayons d’un doux soleil d’automne s’introduisent entre les feuillages et réchauffent le chemin.
Caillouteux et couvert de feuilles mortes, ce dernier peut être glissant. Des chaussures de marche, voire des bâtons pour la descente, peuvent s’avérer utiles.
Au bout de quelques mètres, le chemin s’élève. La montée, parfois raide, dure environ une heure. Des ponts en bois, des escaliers enveloppés de mousse, de la roche, des passages étroits, une succession de cascades (et au printemps-été un ruisseau), font partie de ce superbe spectacle naturel si reposant. Sur le chemin, on peut croiser des marcheurs, mais on est loin des foules rencontrées sur les sentiers plus célèbres du Val-de-Travers. Ici, seuls les murmures du vent, de l’eau et le chant des oiseaux nous accompagnent.
Sur le chemin, comme un peu partout dans la région, on peut tomber sur une cachette renfermant une bouteille d’absinthe (voir encadré page 76). De quoi ancrer encore davantage cette randonnée dans son riche terroir. Au retour, il est possible de prolonger l’aventure en se rendant à la cascade de Môtiers, un lieu sauvage qui vaut lui aussi le détour.

La salle aménagée en bar Belle Époque retrace de manière interactive l’âge d’or de l’absinthe.

Le musée à l’architecture moderne propose des expositions permanentes et temporaires.

Maison de l’Absinthe

Après l’effort et une première mise en bouche, une visite à la Maison de l’Absinthe, située au centre du village, s’avère indispensable. Là, vous apprendrez tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette boisson énigmatique. L’ancien hôtel du district a été transformé en musée par l’atelier d’architecture neuchâtelois Manini et Pietrini en 2014. Moderne et élégant, le lieu dévoile sur deux étages l’histoire ancienne et récente de ce breuvage à la réputation sulfureuse. On y découvre des installations pédagogiques, interactives sur supports digitaux (écrans tactiles, etc.). Pendant environ une heure à une heure trente de visite (possibilité de réserver des visites guidées en sept langues), on parcourt les siècles. De ses mentions dans la Bible, en passant par ses représentations dans les arts et en s’attardant, bien sûr, sur sa longue période d’interdiction (1910 à 2005), l’absinthe a plus d’une histoire à raconter. Aujourd’hui encore, elle reste toujours aussi fascinante.
Au deuxième étage, une paroi vitrée permet d’apprécier les paysages et de comprendre, encore une fois, que l’origine de la boisson est inscrite dans ce terroir si particulier.

«

Il y a très peu de boissons qui ont une histoire aussi riche»

Yves Kübler (50 ans), distillateur d’absinthe à Môtiers

Yves Kübler (50 ans), distillateur d’absinthe à Môtiers

Le goût de l’interdit

La Maison de l’Absinthe fait partie des institutions incontournables qui font vivre la Route de l’Absinthe, un projet touristique franco-suisse, reliant Pontarlier à Noiraigue (NE), créé en 2010. Les touristes y affluent de toute la Suisse (50% d’Alémaniques, 30% de Romands) mais aussi de l’étranger. «Depuis que le New York Times a écrit un article sur ce musée, nous accueillons beaucoup d’Américains», se réjouit Yann Klauser, directeur de l’établissement. Celui-ci veut continuer à dynamiser ce lieu en proposant notamment des expositions temporaires, comme en ce moment «Absinthe, astuces et détournements» qui illustre les multiples stratagèmes, souvent amusants, que la population avait imaginés pour continuer à boire et à produire en cachette le breuvage interdit.
«Boire un lait», «acheter des lapins» ou «faire la lessive» étaient autant de formules utilisées pour parler de celle dont on ne devait pas dire le nom.
Outre des expositions, le musée fait office de seul bureau de poste du village, depuis que la poste a fermé ses portes... Enfin, cette maison aux casquettes multiples propose des cours de cuisine (avec l’apéritif mais aussi avec la plante d’absinthe, bien sûr). Parmi les recettes préférées des participants figure le «soufflé glacé Mitterrand», rendu célèbre en 1983, lorsque l’ancien président français avait dégusté cette spécialité régionale, en toute illégalité, à l’Hôtel du Peyrou de Neuchâtel et qui valut au chef du restaurant un procès de plusieurs années!

«

Mon ADN est imbibé d’absinthe»

Yann Klauser (44 ans), directeur de la Maison de l’Absinthe

Yann Klauser (44 ans), directeur de la Maison de l’Absinthe

Absinthe Week

Parmi les projets futurs du musée figure l’«Absinthe Week» qui s’inspire de la fameuse «Fashion Week». Des conférences, dégustations à l’aveugle ouvertes au grand public, soirées cocktails et innovations culinaires feront partie de ce menu ambitieux.
Un bar moderne proposant 26 absinthes différentes permet de déguster ce produit dilué avec de l’eau en ouvrant un robinet de la fontaine à absinthe.
Pour parler plus longuement de ce produit régional et découvrir sa fabrication, il est possible de prendre rendez-vous avec l’un des producteurs de la région dont Yves Kübler de Môtiers parmi les plus célèbres. Il représente la cinquième génération à distiller la fée verte.

www.maison-absinthe.ch

Fontaines froides: secret à garder

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Cachette à absinthe
Durant son interdiction, de 1910 à 2005, les bouteilles d’absinthe étaient cachées dans les forêts du Val-de-Travers. Les racines des arbres figuraient parmi les abris préférés.
Aujourd’hui, les nostalgiques de cette période continuent à perpétuer la tradition en plaçant des bouteilles et des gobelets dans de petites maisonnettes en bois, dans les forêts du Val-de-Travers. Et pour rendre l’aventure plus attrayante, l’emplacement des maisonnettes n’est pas dévoilé! Un seul indice peut-être: elles se trouvent à proximité des «fontaines froides» afin de «troubler» cette spécialité locale.

Tout en un

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Le forfait journalier Pass’Temps Val-de-Travers ou le forfait sur deux jours, avec une nuitée, permet de découvrir une multitude d’activités du Val-de-Travers. Transports en commun, entrées aux musées, dégustation de produits régionaux et accès à de nombreuses activités font partie de l’offre. On crée ainsi son programme «à la carte».
Le prix pour une journée est de 44 fr. pour un adulte, 29 fr. pour les enfants de 6 à 16 ans. Deux journées consécutives valent 74 fr. pour un adulte et 50 fr. par enfant. Le forfait avec nuitée dans un hôtel «budget» s’élève à 114 fr. pour un adulte.

www.myvaldetravers.ch

Où manger à Môtiers?

Cuisine de saison et du terroir, au menu du restaurant des Six-Communes de Môtiers.

Cuisine de saison et du terroir, au menu du restaurant des Six-Communes de Môtiers.
http://www.cooperation.ch/_Le+Val+vert_+une+journee+de+travers Cuisine de saison et du terroir, au menu du restaurant des Six-Communes de Môtiers.

Restaurant des Six-Communes
Si l’on n’a pas prévu un pique-nique, les possibilités de se restaurer manquent cruellement à Môtiers. Mais parfois un seul établissement suffit, s’il propose une cuisine de qualité. Le restaurant des Six-Communes avec aux fourneaux Marianne Rohrer répond à ce critère, comme l’a relevé le «Gault&Millau 2017» en lui attribuant une place dans le guide.

www.sixcommunes.ch
Jasmina Slacanin

Rédacteur

Photo:
Xavier Voirol
Publication:
lundi 24.10.2016, 14:20 heure