Tim: «Les laissés-pour-compte sont encore nombreux au Vietnam.»

Le partage donne du sens à sa vie

Le Vietnam a changé la vie d’Aline Rebeaud. Arrivée il y a vingt ans, la Genevoise y dirige aujourd’hui un véritable village à but humanitaire. Elle raconte son incroyable parcours dans un livre qui paraît ce mardi 1er octobre.

Baisser les yeux face à la misère ou se résigner par fatalisme, pas du tout le genre de Tim Aline Rebeaud. Au Vietnam, elle agit avec détermination depuis vingt ans pour donner un toit aux enfants des rues et une autonomie aux handicapés, le tout dans un esprit de chaleur humaine et d’entraide.
Le but de son action se comprend au nom de l’association créée: Maison Chance, donner une chance à ceux qui n’en ont pas eu. Aline a été baptisée Tim dans un hôpital du cœur. Elle y est restée plusieurs mois auprès de Thành, un garçon en mauvaise santé qu’elle a rencontré en visitant un centre psychiatrique et emmené à l’hôpital. Vu que cœur se dit tim en vietnamien, elle porte ce prénom.

Tim Aline Rebeaud (41 ans) à la rencontre des éléphants des hauts plateaux du Vietnam, menacés de disparition: «Je suis plus utile ici qu’en Suisse.»

«C’est une maison bleue, adossée à la colline…» La chanson de Maxime Le
Forestier colle à la peau de Tim Aline Rebeaud, passionnée de peinture depuis toute petite. Du premier foyer de la Maison Chance à Saigon aux structures
qui s’y sont développées jusqu’à devenir le Village Chance, le bleu est de mise. Tim parle de «bleu de l’espoir, pour l’immensité du ciel.» Malgré les obstacles, ses projets ont abouti. Autorisations, financements, confiance: elle s’est battue pour tout obtenir. «Je ne fais pas que rêver, je suis concrète.» Elle a dû se justifier face aux accusations d’être membre du parti communiste. D’où lui vient sa force? «On est tous doués d’une force de caractère. Si je ne suis pas arrivée à l’objectif fixé je suis prête à faire tomber toutes les barrières.»
Apporter aux autres et partager représentent sa raison de vivre. «Donner c’est recevoir.» Etonnants hasards. Enfant, son premier petit copain habitait un orphelinat. Le deuxième est devenu hémiplégique et le troisième était Vietnamien. Adulte, elle s’est mise à travailler avec des orphelins et des handicapés vietnamiens. Lors de son premier voyage – à 16 ans – en Asie du Sud-Est, pour apprendre d’autres cultures, elle a eu l’impression qu’il lui manquait quelque chose: «Je me sentais un peu vide.»

Le Centre Envol: pour l’éducation et la formation professionnelle.

Maman d’orphelins, elle est à 41 ans aussi grand-maman de soixante-trois petits-enfants! Des couples se sont formés au fil des ans à Maison Chance. Des mariages y ont eu lieu, des enfants sont nés. Souhaiterait-elle se marier elle aussi? Donner naissance à un enfant? «Ce n’est pas essentiel. Il ne manque pas d’enfants à aimer dans ce monde. Je ne suis pas religieuse, j’ai foi en l’amour et en la vie.»
A Maison Chance, les enfants qui arrivent sans rien reçoivent un toit, de la nourriture, une éducation. «Certains ne savent pas ce qui est bien ou mal, on leur apprend que c’est mal de voler ou de mentir.» Tim Aline Rebeaud estime que ce n’est pas difficile d’élever des enfants qui n’ont jamais rien eu pour eux-mêmes: «Vivre en communauté et partager, c’est comme une évidence pour eux. Ils ne se disputent pas pour un jouet, ils jouent ensemble avec. C’est moins compliqué qu’avec des enfants qui ont grandi avec tout ce qu’ils souhaitaient matériellement.»

Les sportifs se font plaisir dans la cour du Village Chance.

Afin de garantir l’indépendance de son association au Vietnam, la Suissesse a demandé la nationalité vietnamienne. Elle l’a obtenue en juin dernier, un an et neuf mois après en avoir fait la demande. Elle compte rester: «Je reviens en Suisse presque chaque année pour voir mes proches, mais je suis plus utile au Vietnam.»
Les projets continuent à fleurir dans son esprit. Une Maison Chance est en gestation dans les hauts plateaux du Vietnam.

www.maison-chance.org

Les mots de Tim Aline Rebeaud

Dans son premier livre «Maison Chance»*, Tim Aline Rebeaud revient sur ses vingt ans d’action caritative au Vietnam. Quelques extraits exclusifs.

«Pourquoi tant d’inégalités? Il y a vraiment un destin pour chacun de nous? Pourquoi ne sommes-nous pas tous nés sous une bonne étoile? Plus je comprenais la difficulté des plus délaissés de cette région du monde, plus je m’y sentais attachée. Un peu comme si cette terre avait été la mienne.»

«Mon projet avait toujours été de donner aux malchanceux auxquels je m’étais attachée des perspectives d’avenir, la possibilité de devenir des personnes à part entière, aussi autonomes que possible en dépit de leurs handicaps ou de leur mauvais départ dans la vie.»

«J’étais une étrangère de 25 ans dédiée aux plus malchanceux de la société vietnamienne, mais je n’étais encadrée par aucun organisme humanitaire connu. Notre apparition dans ce pays qui venait de rouvrir ses frontières, c’était du jamais-vu. Notre cas n’était prévu dans aucune loi.»

«Ils [les handicapés physiques] avaient l’impression d’avoir tout perdu. J’essayais de leur montrer la chance qu’ils avaient dans leur malchance; je leur expliquais qu’ils possédaient toujours l’essentiel: leur esprit.»

«Les bénéficiaires, valides et handicapés, ont pris leur envol au fil des années.
Certains sont retournés dans leur région d’origine, d’autres, lourdement handicapés, sont venus s’installer au Village Chance. La plupart se sont mariés et ont eu des enfants, qui sont devenus mes petits-enfants. Les couples de handicapés qui ne pouvaient pas en avoir en ont adopté. Je me suis retrouvée ainsi, à un peu plus de 40 ans, grand-mère de soixante-trois petits-enfants.»

«Le temps a passé, le pays où je suis arrivée s’est énormément développé, mais les services sociaux n’ont toujours pas trouvé de solution adéquate pour ceux que nous aidons. (…) Le développement économique du Vietnam a transformé le pays, mais les laissés-pour-compte sont encore nombreux. Maison Chance reste l’unique structure prenant en charge à long terme les grands paralysés.»

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Joëlle Challandes

Rédactrice

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Publication:
mardi 01.10.2013, 13:47 heure

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