1 von 11


Marilyn Monroe, immortalisée en 1955 par Eve Arnold et son Leica.

René Burri, Magnum Photos 1

René Burri, Magnum Photos 2

René Burri, Magnum Photos 3

René Burri, Magnum Photos 4

René Burri, Magnum Photos 5

René Burri, Magnum Photos 6

René Burri, Magnum Photos 7

Award René Burri

Award René Burri

Award René Burri

Leica: cent ans et un mythe

Leica fête les cent ans du premier appareil photo petit format qui est un standard toujours actuel. L’entreprise allemande poursuit sa course à la modernité, tout en gardant un savoir-faire manuel.

Leica a permis l’essor du petit format, en photographie. Son boîtier «Leica Ur», créé en 1914, basé sur le format 24 × 36, deviendra une référence. Par la suite, la marque restera indissociable de sa gamme d’appareils photo intitulés «M», silencieux, compacts, robustes, adoptés par de nombreux photographes reporters. Et désormais disponibles en version numérique.

Stefan Daniel, directeur du département Produits chez Leica.

100 ans après avoir révolutionné la photographie, quelle est la stratégie de Leica?
Le numérique ou l’argentique (ndlr: le film) ne sont qu’un moyen d’enregistrer une photo. Le numérique a pris la majorité de nos affaires, mais qu’il s’agisse d’argentique ou de numérique, ce n’est pas une religion. Ce qui compte, c’est d’avoir une optique très performante, qu’il faut bien balancer avec les propriétés du capteur, et d’obtenir un résultat typique de Leica. Car la philosophie de créer des objectifs n’a pas beaucoup changé, depuis l’âge de l’argentique: on accorde toujours beaucoup d’attention au design, à la construction et à la fabrication, en ayant le moins d’éléments possible, afin d’éviter les barrières pour la lumière. Pour que celle-ci parvienne « la plus douce » possible au capteur ou au film.
 
Quelle part de la production reste manuelle?
Le finissage du bord des lentilles est effectué à la main. A Wetzlar, 250 personnes oeuvrent à la fabrication. Tous les postes de travail demandent un savoir-faire manuel. Il n’y a presque pas de simples opérateurs sur machines. Pour ce qui est du boîtier M, nous produisons 60 à 80 pièces par jour. Comparé à ce qui se fait en Asie, Leica est une manufacture.
 
Combien de contrôle subit une lentille asphérique?
Jusqu’à quarante, jusqu’à ce qu’elle soit montée dans l’objectif.
 
La gamme actuelle destinée aux amateurs (la gamme T), est plus large que celle des précédents compacts argentiques?
Nous avons élargi notre gamme pour nous approcher d’une clientèle plus étendue. Nous voyions qu’entre nos compacts et le boîtier M, il y avait de l’espace, au niveau du prix et de l’expertise. Une catégorie de gens qui rêvaient d’avoir un Leica n’étaient pas prêts à dépenser la somme d’un boîtier M et n’avaient pas l’expertise en photographie pour l’exploiter correctement.
 
A l’inverse, la gamme professionnelle s’est également développée – avec le M Monochrom, le M60, dépourvu d’écran au dos, ainsi que l’achat fin 2013 de la firme suisse Sinar, spécialiste en grand format.
Notre but est de s’adresser à n’importe quel photographe, quelle que soit l’application. Le rachat de Sinar s’inscrit bien dans cette approche. Il y a un marché très haut de gamme – la photographie de produits, d’architecture. Globalement, nous avons élargi la couverture des oeuvres et l’outillage photographiques.
 
Dans quel segment de marché Leica réalise le plus de bénéfices?
Au niveau du nombre de boîtiers, les gammes compacts dominent. Mais l’importance, pour Leica, c’est le système M, qui répercute la plus importante part dans nos affaires.

Le Leica Ur de 1914 a révolutionné la photographie, étant compact et très maniable.

Leica peut-elle se passer de marketing, au vu de son image?
La marque est très connue parmi les gens qui sont dans la photographie, où le taux est presque de 100%. En dehors, moins. Pour l’instant, la croissance de l’entreprise correspond bien aux capacités de production. Il n’a pas été nécessaire d’investir dans le marketing et la publicité. Nous opérons un marketing très sélectif, par les images: par l’entremise des galeries Leica autour du monde et des magasins Leica, qui nous offrent une bonne visibilité. Dans le futur proche, nous n’avons pas de plans d’investir fortement dans la publicité TV et écrite. Le fait que la marque soit connue par des connaisseurs, mais pas par Monsieur tout le monde, est aussi un argument d’achat.
 
Comment se différencier, dans le monde numérique?
La qualité des images ne suffira plus à se démarquer assez. Il faut tenir compte d’autres facteurs, qui sont devenus très importants et qui déterminent le choix pour ou contre un Leica: la facilité de l’opération, le design, la joie de vouloir opérer ou toucher un produit.
 
Comment conserver la tradition?
La qualité ne vient pas uniquement de l’image, mais aussi de l’instrument. Nous misons sur l’héritage du design, la fiabilité, la simplicité. L’édition créée pour le soixantième anniversaire du système M, par exemple, ne comporte que quatre éléments d’opération sur le boîtier: le diaphragme, la mise au point, la vitesse, le réglage de la sensibilité. C’est tout. Si vous savez prendre une photographie, le boîtier Leica est le plus facile au monde. On cherche davantage à simplifier qu’à ajouter d’autres fonctions.
 
Le Leica, comme la montre, est aussi un objet.
Bien sûr. Nous sommes aussi très heureux que ce soit un bel objet, mais celui qui le possède à cette seule fin va rater quelque chose: la joie de l’utiliser. Sans doute qu’un certain pourcentage de notre clientèle acquiert un Leica parce qu’il est agréable à tenir et à regarder. Mais notre but est de faire des produits pour qu’il soient utilisés.
 
Mais Leica produit aussi des éditions spéciales – avec Hermès, et tout récemment, le label de mode Moncler?
Oui, de temps en temps. Le but premier est néanmoins attaché à la photographie.
 
Quels sont aujourd'hui les défis, pour Leica?
Actuellement, la technologie numérique est mature – il est très difficile de trouver un mauvais appareil photo. Le défi est peut-être d’identifier sa place dans un marché qui est mature. Avec le numérique, l’augmentation de notre chiffre d’affaires (réd.: 130 millions d'euros en 2009), nous a permis de réinvestir les bénéfices dans de nouvelles technologies. A Wetzlar, cent vingt ingénieurs sont affectés au développement.

4 dates: une entreprise qui a marqué la photo

1914 Conception du Leica Ur, qui utilise du film cinéma. En faisant défiler la pellicule horizontalement, l’inventeur, Oskar Barnack, crée le format 24 × 36 (petit format). Un tournant dans la photographie.

1953 Création du boîtier M, utilisé par des reporters célèbres, dont René Burri.

2005 Leica frôle la faillite. En 2006, l’Autrichien Andreas Kaufmann rachète et repositionne Leica.
En passant au numérique tout en gardant la tradition – et notamment en s’alliant à Panasonic, Leica fournissant les objectifs. En créant un réseau de magasins propres à la marque (185 aujourd’hui). Les marchés les plus importants sont les USA et l’Asie.

2014 Inauguration du nouveau siège central de Leica et de sa nouvelle usine principale à Wetzlar, en Allemagne, son lieu de naissance.

Exposition «100 ans de photographie Leica», jusqu’au 11 janvier 2015, à Hambourg.

Leica: une marque et quatre sociétés

Des produits spécifiques

Le nom «Leica» est partagé par quatre sociétés indépendantes: Leica Camera AG produit des appareils photographiques (les appareils Panasonic Lumix possèdent un objectif Leica) et des optiques (des objectifs); Leica Geosystems AG, basée dans le canton de Saint-Gall, est spécialisée dans les appareils de mesure utilisés entre autres pour réaliser des cartes et des plans (dont les télémètres laser); Leica Microsystems GmbH, dans les microscopes notamment; Leica Biosystems, dans le matériel de laboratoire destiné à mieux ­diagnostiquer des cancers.

Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Eve Arnold / SP / René Burri
Publication:
lundi 27.10.2014, 12:45 heure