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Pas facile de concilier carrière, vie de famille et loisirs au quotidien…

Les jeunes adultes et leurs projets de vie

Société Concilier famille, carrière et loisirs: si l’on en croit les scientifiques, les jeunes adultes ne veulent renoncer à rien. Quatre d’entre eux témoignent.

Ils ont eu leur mot à dire dès leur plus jeune âge. Ils ont été soutenus, encouragés et préparés à un monde qui leur fait miroiter d’infinies possibilités de développement. Ils sont désormais adultes et revendiquent ce droit à la réalisation individuelle qui leur a été promis. La génération Y, jeunes nés entre 1980 et 1995, est considérée d’un œil critique par la science. Karin Schwiter, spécialiste en géographie sociale de l’Université de Zurich, a analysé les projets de vie de ces jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans dans le cadre d’une étude. Il en ressort que les femmes et les hommes d’environ 25 ans considèrent globalement leur vie comme un projet où la seule chose qui compte est de faire ce qu’ils estiment le mieux pour eux. La chercheuse note ainsi que les trajectoires de vie s’inscrivant dans des rails strictement tracés appartiennent au passé. «Cette génération part du principe que chacun est différent. Une forte exigence d’individualité est donc en œuvre ici: pour être heureux – objectif principal de ces jeunes – chacun doit découvrir ce qui lui convient.»

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2 enfants: c'est le souhait de 63% des hommes et des femmes entre 20 et 29 ans qui n'ont pas encore d'enfants.»

Le tout tout de suite

Comme l’étude le démontre, ces jeunes adultes n’entendent renoncer à rien dans l’élaboration de leur projet de vie. Ils veulent tout et, si possible, tout de suite. La réalisation des objectifs professionnels occupe une place tout aussi importante que la création d’une famille ou du temps pour ses loisirs. Selon Pasqualina Perrig-Chiello, professeure de psychologie à l’Université de Berne, cette tendance vient des États-Unis. «We want it all (ndlr: On veut tout) est la devise défendue ici. Un rêve qui ne correspond pas à la réalité… Et le réveil est difficile.»

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Ils élargissent en permanence le champ de leurs possibilités»

Karin Schwiter, sociologue

Être au top ou faire un flop

Pour le moment, les individus de la génération Y en sont au début de leur vie d’adultes. Leurs souhaits semblent encore réalisables dans leur ensemble. Différentes études font apparaître que ces jeunes adultes aspirent à donner un véritable sens à leur vie. Cela signifie que la réalisation professionnelle ne doit pas revêtir plus d’importance que le plaisir de vivre. Une notion-clé, l’harmonie entre vie professionnelle et vie privée, est résolument inscrite dans les gènes de cette génération. Faire carrière à tout prix? Très peu pour eux! Mais celui qui en déduirait que ces jeunes sont des fainéants aimant se prélasser dans le confort ferait néanmoins fausse route.
Comme l’indique Karin Schwiter, cette génération est plus que disposée à s’investir pleinement dans le travail: «Ces jeunes savent que le marché du travail ne les a pas attendus. Ils réalisent qu’ils doivent se battre pour décrocher un emploi et continuer à se former en permanence. Ils craignent d’être mis à l’écart du monde professionnel et de rester socialement sur le carreau.» «Tu es au top ou tu fais un flop!» comme l’a un jour résumé un jeune étudiant de Pasqualina Perrig-Chiello.

Les jeunes de la génération Y ont grandi dans une période d’incertitude. Les guerres affectant la planète et les crises mondiales ont modelé leur vision du monde et leur ont appris que rien n’est jamais acquis. N’est-ce pas là une raison suffisante pour qu’ils se préoccupent en premier lieu d’eux-mêmes? Ce n’est pas non plus sans raison qu’ils ont été baptisés la génération Why («pourquoi» en anglais). Ils se plaisent en effet à remettre en question les normes et les valeurs établies. Dois-je vraiment arriver le premier et partir le dernier au bureau? Est-ce qu’un congé sabbatique m’aiderait à progresser? Dès lors, il n’est pas surprenant qu’ils refusent également les hiérarchies traditionnelles du monde du travail. L’engagement pris vis-à-vis d’une seule entreprise n’est plus aussi absolu qu’avant, ajoute Karin Schwiter. «Il se peut très bien qu’on n’ait plus besoin d’eux du jour au lendemain. Ils le savent et restent donc dès le début très attentifs à d’autres offres, meilleures pour eux. On pourrait dire qu’ils travaillent en permanence à élargir le champ de leurs possibilités.» Les jeunes adultes ont donc la capacité et la volonté nécessaires de s’adapter à un monde dont l’évolution est de plus en plus rapide. Cette lucidité sur l’avenir contraste avec une forte attirance pour le passé et les valeurs traditionnelles dans la sphère privée. Le désir d’avoir des enfants est très important. En effet, 93% des jeunes Suisses y aspirent, selon une étude de l’Office fédéral de la statistique. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne concrétisent pas ce souhait de fonder une famille: ainsi, 20% des femmes entre 50 et 59 ans n’ont pas d’enfant.

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Cette génération  peut nous réserver de bonnes surprises»

Pasqualina Perrig-Chiello, professeure de psychologie

«Des rebelles silencieux»

Contrairement à autrefois, les enfants d’aujourd’hui ne naissent pas «simplement comme ça», souligne Karin Schwiter. Il faut d’abord que leurs parents aient réussi à se faire une place dans le monde du travail et à avoir mis suffisamment d’argent de côté. «Il est particulièrement important pour les jeunes adultes de se sentir prêts à accueillir un enfant. Ils partent du principe qu’ils vont devoir renoncer à de nombreuses choses pour être à la hauteur de la tâche.» La géographe en conclut que si les conditions préalables ne sont pas réunies, la plupart des jeunes adultes préfèrent demeurer sans enfant. Cette génération est très adaptable.

«Malgré les crises mondiales et les conditions de vie difficiles, on n’observe pas chez eux d’attitudes de rébellion comme celles des soixante-huitards. Aucune protestation notable face aux exigences de leur environnement. Ces jeunes font avec.» De même, leur positionnement face aux problèmes du monde est plutôt d’ordre apolitique. Leur activisme se concentre sur l’optimisation de leur environnement personnel. Pour Pasqualina Perrig-Chiello, les individus de la génération Y sont des «rebelles silencieux». «Ils transforment notre société en s’investissant tout simplement pour atteindre leurs objectifs personnels. Ils ont des espoirs et des idées. Je pense que cette génération est capable de nous réserver de bonnes surprises!»

Après la génération Y, la génération Z

Leurs représentants sont nés entre 1995 et 2010 et sont également appelés les «natifs numériques» («digital natives») en raison du rapport naturel et décomplexé qu’ils entretiennent avec les technologies numériques (Internet, téléphone portable, etc.). Il leur est reproché leur besoin permanent de représentation vis-à-vis de l’extérieur. Contrairement à la génération Y, qui cherchait un sens à sa vie, ils recherchent plutôt des postes de cadres et souhaitent faire carrière. Ce faisant, ils visent non pas à accumuler des richesses mais à obtenir de la reconnaissance.

Moritz Schläpfer (21 ans)

Formation: étudiant à la Haute École pédagogique de Berne
Lieu de résidence: Berne

«Je suis un néo-hippie», affirme Moritz Schläpfer en riant. «Ma liberté compte énormément. Je n’arrive pas à rester longtemps au même endroit.
J’aime bien bouger, généralement en vélo.» Il a restreint ses possessions personnelles à un minimum. Il n’achète pour ainsi dire pas de vêtements. Il a longtemps résisté au téléphone portable, lequel reste parfois éteint pendant des jours. «J’aime mieux parler en direct avec mes amis. Je peux alors les écouter attentivement.» Être là pour les autres signifie beaucoup pour le jeune homme. C’est pourquoi il se consacre avec dévouement à sa mission de responsable de l’organisation pour la jeunesse Jungwacht Blauring (Jubla). «Les souvenirs que j’ai gardés de la Jubla font partie des meilleurs de ma vie – et c’est ce que je souhaite transmettre.» Il considère cette rencontre avec les enfants comme un grand enrichissement: «Ils voient le monde d’un œil neuf. Leur curiosité, leur honnêteté et leur ouverture d’esprit sont souvent très inspirantes.» Moritz Schläpfer suit une formation d’éducateur de la petite enfance. Souhaite-t-il avoir des enfants? «Je ne sais pas encore. Éventuellement, en adopter un, oui. Mais tout cela me semble encore très loin…» MAD

Sindy Meyer (24 ans)

Profession: infirmière
Lieu de résidence: Bâle-Ville

«Ma famille signifie tout pour moi. Nous avons des liens très étroits bien que mes parents aient divorcé.» Sindy Meyer a grandi dans une famille recomposée dans laquelle elle s’est toujours sentie protégée. Elle n’arrive pas à s’imaginer une vie sans enfants. «J’aimerais bien être une jeune maman et avoir de préférence mon premier enfant avant la trentaine.»
Ce vœu deviendra-t-il bientôt réalité? La jeune Bâloise qui a un faible pour la mode est à nouveau célibataire depuis peu, et vit seule dans son appartement aménagé avec soin. Deux adorables chatons lui tiennent compagnie. «J’adore les animaux. Quand j’étais enfant, je voulais devenir vétérinaire. Avec le temps, mon intérêt médical s’est déplacé vers les gens», poursuit-elle en riant. Sindy Meyer a achevé sa formation d’infirmière il y a un an. Son métier n’est pas toujours rose: «Il arrive que le destin malheureux d’un patient m’attriste. Alors je fais du sport ou je sors avec des amis pour me changer les idées.» Bien qu’elle savoure son indépendance, l’idée de fonder sa propre petite famille ne la quitte pas. «Parfois, j’ai peur que le temps me rattrape. Lorsque j’aurai trouvé le bon partenaire, j’aimerais naturellement profiter de notre vie à deux, parcourir le monde. Jusqu’à ce que nous soyons tous les deux prêts à accueillir un enfant. J’aurai alors peut-être plus de 30 ans. Par ailleurs, j’aimerais aussi évoluer professionnellement.» Réaliser ses rêves est très important pour la jeune femme. «Je ne veux renoncer à rien, la vie est beaucoup trop courte!» MAD

Giovanni Allegranza (19 ans)

Profession: agriculteur
Lieu de résidence: Olivone (TI)

«Être agriculteur, c’est comme être prêtre: c’est une vocation! Je ne me vois pas faire autre chose. Ce choix de vie n’est pas sans sacrifices, mais il est très satisfaisant. Mon travail requiert un grand sens du devoir parce qu’on prépare des denrées alimentaires et qu’on est responsable d’animaux», explique Giovanni Allegranza. Il est passionné de moteurs et d’«histoire, d’anti-histoire et d’occultisme», précise-t-il. «J’aime aussi les piercings et les tatouages.» Pour l’agriculteur, aîné de quatre enfants, la famille est fondamentale. «C’est un soutien, un lieu de confrontation. Tout n’est pas toujours rose, mais nous avons grandi en nous respectant et en discutant de manière constructive. J’aimerais fonder une famille. J’espère trouver une compagne consciente du fait que mon métier prévaut parfois sur ma vie privée. Quand je l’aurai trouvée, j’aurai déjà fait la moitié du travail!» Giovanni gère, avec son père, une exploitation de montagne avec 85 vaches à lait. «Les outils informatiques pour le bureau et l’installation de traite me suffisent amplement. En privé, l’ordinateur est mon ennemi juré. Je préfère aller jouer au billard et retrouver des amis, c’est plus convivial. Pour ce qui est du smartphone, je n’utilise que la fonction de téléphone et Whatsapp.» NF

Clara Liekmeier (24 ans)

Formation: École hôtelière de Lausanne
Profession: «Programme Trainee» aux CFF
Lieu de résidence: Orbe (VD)

Clara Liekmeier vit une relation à distance avec Mehdi (26 ans), étudiant à Bruxelles. «Nous nous voyons toutes les trois semaines le week-end, en Belgique ou en Suisse. Heureusement, les billets d’avion ne sont pas trop chers! À la fin de ses études, il est censé venir ici. On envisage de se marier et de fonder une famille. Je dis toujours quatre enfants, mais ça fait beaucoup! (rire)» Pour cette binationale Suisse et Allemande, «la famille, c’est hyper-important! Ils sont toujours là pour moi. Il y a un amour inconditionnel.»
La dynamique Vaudoise suit un Graduate Programme de 18 mois aux CFF. «C’est passionnant! C’est une grande entreprise, tu peux découvrir plein de métiers dans les différents départements. Les six premiers mois, je vais travailler pour le trafic régional et m’occuper des événements spéciaux comme les matches de foot et de hockey.» La jeune diplômée de l’École hôtelière de Lausanne a toujours pris le train, notamment pour rendre visite à son père qui vit en Allemagne: «C’est aussi un métier de service et d’accueil comme l’hôtellerie. Un de mes buts est d’améliorer la satisfaction des clients, moins bonne en Suisse romande.» Privilégiera-t-elle le travail ou la famille? «Je veux tout! J’ai envie de faire carrière sans pour autant sacrifier ma vie de famille. Jusqu’à un certain point c’est possible de concilier les deux. À mes yeux, le plus important restent la famille et les relations humaines. Ça compte plus que l’argent!» BWE

Interview de Dunvel Even, responsable du Centre de carrière de l’Université de Neuchâtel

Responsable du Centre de carrière de l’Université de Neuchâtel, Dunvel Even conseille les étudiants et les met en relation avec des employeurs: «Le but est de les préparer à entrer sur le marché du travail, aussi vite que possible tout en tenant compte de leurs aspirations.»
Des ateliers pour préparer postulations et entretiens d’embauche sont notamment proposés. «Ces exercices n’ont de sens que si leur projet professionnel est déjà construit et qu’ils sont au clair sur leurs compétences. Nous proposons donc aussi des ateliers allant dans ce sens.»

Les étudiants sont-ils en règle générale satisfaits de leur formation académique?
C’est souvent avec le recul et dans la pratique que les étudiants prennent conscience de la qualité et de la richesse de leur formation, mais aussi des compétences transversales qu’ils ont développées durant leurs années d’études. Les nombreux témoignages d’alumni vont toujours dans ce sens.

Quelles sont les principales difficultés qu’ils rencontrent dans leur recherche d’emploi?
La recherche d’emploi est difficile lorsqu’ils ne sont pas au clair sur la diversité des débouchés qu’offrent leur formation, ou lorsqu’ils n’ont pas un projet professionnel plus ou moins défini. Conscient de cette situation, le Centre de carrière propose aux étudiants des prestations pour les accompagner dans leur réflexion, par exemple: des témoignages d’alumni ou l’atelier «Construire son projet professionnel».

Est-ce que les étudiants vous parlent de leur difficulté à concilier vie de famille et études? Non jamais. Les étudiants qui viennent au Centre de carrière ou participent à ses activités sont toujours focalisés sur la recherche d’emploi et la question des débouchés professionnels. Cependant, l’UniNE offre à tous les étudiants l’opportunité de suivre des études à temps partiel pour différentes raisons: sport, besoin de travailler pour financer les études ou encore raisons familiales.

Les étudiants doivent-ils souvent passer par un stage non rémunéré pour entrer dans le monde professionnel ?
Nous n’avons pas de données chiffrées concernant les diplômés qui sont dans cette situation. Par rapport aux étudiants, il leur arrive effectivement très souvent de passer par un stage non rémunéré, mais plutôt dans le cas de stage de très courte durée (1 à 4 semaines) ayant pour objectif d’aller observer un milieu professionnel, et de voir si celui-ci correspond à leurs aspirations. L’UniNE est cependant très attentive à cette problématique. Nous pensons que dans des cas précis et limités, il peut s’agit d’opportunités (expérience professionnelle, réseau, découverte d’un milieu). En ce qui la concerne, l’UniNE participe à une réflexion globale sur la rémunération équitable du travail, ne serait-ce qu’en son sein. Les stages compris dans les formations universitaires sont généralement rétribués et font l’objet d’un contrat entre étudiant, entreprise et Université.

 
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texte:
Masa Diethelm, Basile Weber
Photo:
Heiner H. Schmitt, Patrick Gilliéron Lopreno, Nicola Demaldi, SP
Publication:
lundi 28.09.2015, 15:00 heure



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