Marrons chauds: de l’arbre 
à l’estomac

Val Bregaglia La plus grande forêt de châtaigniers d’Europe se trouve dans les Grisons. Nous sommes allés sur place pour voir comment on y travaille.

Des bandes nuageuses accrochées aux rochers rendent l’atmosphère à la fois romantique et sauvage. De Maloja, dans les Grisons, on emprunte une route qui serpente en direction de l’Italie, traversant de charmants villages avec, par endroits, de périlleux virages. Des châtaigniers poussent dans la vallée, sur les pentes et dans des forêts éloignées de tout et visitées parfois par des ours et des loups.
À Castasegna, petit village du val Bregaglia, les habitants n’ont pas oublié les traditions qui leur permettaient jadis de subsister. Et parmi les plus importantes figure l’entretien des châtaigniers. La plus grande châtaigneraie d’Europe se trouve ici. Le domaine porte le nom de Brentan. Si une soixantaine de familles se partagent près de 500 arbres, nombreux sont les châtaigneraies qui n’ont plus de propriétaires ou ne sont plus exploitées. «En effet, la cueillette est un travail difficile», explique Ivana Engler-Picenoni. Elle a grandi avec ces arbres, et ses parents exploitent eux aussi de nombreuses châtaigneraies.
C’est grâce aux Romains si la vallée abrite de nombreux châtaigniers. Ils se sont installés dans la région et ont apporté leurs arbres. Andreas Engler aide sa femme. Tout renfort est le bienvenu. «Les arbres ne sont pas un simple passe-temps, ils sont notre passion», ajoute Ivana Engler-Picenoni. Les habitants de la vallée donnent un coup de main. Mais les châtaignes ne sont financièrement pas rentables: la récolte est particulièrement difficile cette année.

Ivana Engler-Picenoni (55 ans) a grandi entourée de châtaigniers. Avec son mari Andreas (50 ans), elle en récolte les fruits.

Petit calibre plus goûteux

Tout commence en octobre: «D’abord, ce sont les grosses châtaignes qui tombent de l’arbre, puis vient le tour des bogues avec des châtaignes plus petites, et pour finir les feuilles.»
La famille récolte les premiers gros fruits tous les deux ou trois jours, puis les vend. «Les plus petites châtaignes ont un goût beaucoup plus prononcé, mais les grosses se vendent mieux», remarque-t-elle.
Les fruits doivent parfois être extraits de leur bogue épineuse, ce qui peut provoquer des piqûres vives. Il est donc préférable de porter des gants afin de se protéger les mains. Ivana Engler-Picenoni n’en porte pas systématiquement. Grâce à sa longue expérience, elle sait comment manipuler les bogues sans trop se piquer…

On brûle les feuilles mortes et les bogues au sol à la fin de la récolte.

Un régal sucré dans les cendres

Une fois la plus grande partie des châtaignes récoltées, on râtelle feuilles et bogues, puis on les brûle directement sur le sol de la châtaigneraie. Andreas Engler en profite pour retirer des cendres les petits fruits restants et les mange avec délectation. Les châtaignes sont sucrées et à peine farineuses. Un vrai régal!
Le travail est loin d’être terminé. Les châtaignes ne se conservant pas longtemps, il faut en faire sécher. Cette tâche est réalisée dans ce que l’on appelle des cascine, sortes de séchoirs historiques. Celle d’Andreas et Ivana se trouve à Bondo. Épargnée par les éboulements et les coulées de boue de cet été, elle est toujours accessible. La maison de leurs parents est elle aussi encore debout. Mais ces derniers ont dû se réfugier pendant plusieurs semaines chez leur fille car la route qui menait à leur maison était impraticable.
Aujourd’hui, la cascina des Picenoni fume à nouveau, grâce à l’intervention de militaires. Les troupes de nettoyage de Bondo ignoraient tout de ces petites cabanes de séchage. Ils voulaient éteindre le feu couvant qui s’y trouvait! Andreas Engler a donc décidé de noter quelques explications sur un carton accroché à la petite maison afin de renseigner les gens de passage.

«

Nous faisons tout pour entretenir les châtaigniers»

Ivana Engler-Picenoni (55 ans), 
passionnée de châtaignes

La châtaigne n’a plus de secrets pour Ivana. Elle confectionne des gâteaux avec sa farine.

De la farine pour pâtisser

On allume le feu des cascine au mois de novembre, pour faire sécher les châtaignes plusieurs semaines. On les mettra alors dans des sacs et on les frappera contre une matière solide afin de libérer les châtaignes de leurs coques. Départ ensuite pour le moulin, où elles seront transformées en farine. Avec celle-ci, Ivana prépare de délicieux gâteaux.
On a fêté les marrons chauds dans le val Bregaglia du 1er au 22 octobre dernier, lors du 13e festival de la châtaigne. S’il peut avoir lieu, c’est notamment grâce à l’association des cultivatrices de châtaignes, qui existe depuis dix ans.
Membre du comité, Ivana Engler-Picenoni organise en outre la vente et la distribution des châtaignes: «Notre objectif est de pouvoir entretenir les arbres. Nous souhaitons qu’ils gagnent à nouveau leurs lettres de noblesse.»
Les châtaigniers ont longtemps assuré  la subsistance de la population de la vallée. Un arbre est à même de nourrir une personne durant un an. La châtaigne a longtemps été considérée comme le pain des pauvres. Mais au XIXe siècle, elle a été évincée au profit de la pomme de terre, du maïs et des haricots. Elle a la cote à nouveau. Dès les premiers frimas, on se réjouit de retrouver son marchand de marrons chauds préféré!

Dans la «cascina», un feu couvant brûle jour et nuit
 afin de faire sécher les châtaignes qui seront transformées 
en farine. On vient le contrôler matin et soir.

Châtaignes crues: les valeurs nutritives

Source: base de données suisse des valeurs nutritives; infographie Caroline Koella

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Katalin Vereb
Photo:
Claudio Bader
Publication:
lundi 13.11.2017, 13:30 heure





Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?