L’extraordinaire Judi Dench (à gauche) et Steve Coogan, scénariste et acteur principal du film.

«Philomena», l’apologie du pardon

Adapté d’une histoire vraie, «Philomena» raconte l’odyssée poignante d’une vieille dame en quête du fils qui lui fut arraché dans un couvent irlandais. Rencontre avec Steve Coogan, scénariste et costar du film.

Bande-annonce

Coopération. Quand avez-vous découvert l’histoire de Philomena Lee?
Steve Coogan. Dans un journal anglais, il y a quatre ans. J’ai tout de suite acheté les droits d’adaptation du livre (ndlr: écrit par le journaliste Martin Sixsmith, qu’il incarne dans le film). J’ai été ému par cette histoire et je me suis dit qu’elle avait le potentiel de toucher tout le monde. Même si elle se passe en Irlande et évoque le scandale des blanchisseries Madeleine, on peut tous comprendre le lien très fort qui unit chacun d’entre nous à notre mère.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement frappé dans le récit?
Le livre se focalisait surtout sur la vie d’Anthony, le fils perdu de Philomena, mais je n’avais pas envie de raconter l’histoire de cette façon. Ce qui m’a frappé, c’est que cette vieille dame irlandaise et ce journaliste désabusé formaient un duo improbable. J’ai vu là un potentiel comique dans le contexte d’un drame. Je ne voulais pas que le film soit un calvaire pour le spectateur. Comme le sujet est assez déprimant, j’ai essayé de contrebalancer ça avec des éléments de comédie.

Etait-ce courant de séparer ces filles-mères, condamnées à travailler dans les blanchisseries d’un couvent, de leurs enfants?
En Irlande en particulier, on stigmatisait les enfants nés hors mariage. Les filles-mères étaient donc expédiées au couvent pour travailler dans des laveries. Dans ce cas particulier, les nonnes autorisaient les mères à voir leurs enfants une heure par jour. Nous n’avons rien exagéré dans le film. Philomena a pu voir son fils une heure par jour jusqu’à ses 3 ans. Ensuite, il lui a été arraché pour être livré à des parents adoptifs.

Les nonnes ont-elles réellement saboté ses tentatives de retrouver son fils?  
C’est exact. Le comportement des nonnes dans le cas de Philomena est assez révélateur de l’attitude de l’Eglise catholique en tant qu’institution. Elle préfère tirer le rideau sur une affaire, ne pas réveiller le chat qui dort, ne pas revisiter le passé. Il existe une organisation, Adoption Ireland, qui essaie de réunir ces mères avec les enfants qu’elles ont perdus. Beaucoup de gens peinent à retrouver leurs vrais parents, notamment parce que les documents d’adoption restent introuvables. On peut se dire que c’est malheureux ou alors être plus cynique et conclure que c’est délibéré.

Quelle a été la réaction de l’Eglise catholique au film?
Au début, nous avons reçu quelques lettres juridiques pour nous dissuader de faire le film, mais je ne connais pas sa réaction. Le film n’est pas une attaque contre l’Eglise catholique. Je le vois plutôt comme une conversation et j’espère qu’elle aura l’intelligence d’y participer. En réfutant toute critique, l’Eglise ne se rend pas service et ne fait qu’exacerber ses problèmes. Avec tous les scandales dans lesquels l’institution a été engouffrée récemment, ses victimes sont aussi ses fidèles qui essaient juste de mener une bonne vie chrétienne. Ils ont été trahis, en quelque sorte, par leur institution. En fait, le film fait l’apologie du pardon puisque Philomena finit par pardonner aux nonnes.

Judi Dench

En route pour l’Oscar

Judi Dench est bouleversante dans le rôle de cette vieille dame catholique irlandaise qui fait appel à un journaliste (incarné par Steve Coogan) pour retrouver le fils qui lui a été enlevé dans un couvent de la Madeleine cinquante ans plus tôt. La comédienne anglaise de 79 ans, connue notamment pour avoir incarné la cheffe du MI6 dans plusieurs James Bond, a remporté un Oscar pour «Shakespeare in Love» et pourrait bien en décrocher un 2e pour ce film.

Le scénario est tout en finesse. Avec un sujet pareil, on aurait pu tomber dans le mélodrame facile. Mais la qualité de l’écriture et l’humour caustique de Steve Coogan, comédien et scénariste anglais très apprécié outre-Manche, donnent du relief aux personnages. Captivante, l’odyssée de Philomena nous emmène d’un couvent irlandais à la Maison-Blanche.

Le film nous rappelle le scandale des «blanchisseries Madeleine», ces couvents irlandais où l’on enfermait et forçait à travailler les femmes tombées enceintes hors mariage ou au comportement jugé immoral. Plus de 10 000 femmes ont ainsi été enfermées entre 1922 et 1996.

«Philomena», en salle le 8 janvier

pathefilms.com/film/philomena

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